Le 29 août 2026, une mutinerie à Niamey a ébranlé la Confédération des États du Sahel (AES), tandis que le Mali, à Belgrade, tentait de faire reconnaître l'alliance comme un acteur légitime de la scène internationale. Deux événements qui illustrent les tensions entre quête de souveraineté et fragilités internes. Alors que l'AES célèbre son deuxième anniversaire, ces secousses interrogent sa capacité à incarner une alternative crédible dans la région.

Infographie — AES · Géopolitique monétaire

La mutinerie survenue dans la nuit du 28 au 29 août à Niamey a été qualifiée d'« entreprise de déstabilisation » par la Confédération des États du Sahel (AES). Selon le communiqué signé par le porte-parole du gouvernement burkinabè, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, un groupe de soldats a attaqué la base aérienne 101 et d'autres sites sensibles avant d'être neutralisé. Cette version diffère de celle du ministère nigérien de la Défense, qui évoque un « mouvement d'humeur » de militaires « en rupture avec le règlement militaire ». Ces récits divergents, relayés dans un contexte de désinformation, illustrent la difficulté pour l'AES de contrôler son propre récit, un enjeu crucial pour sa crédibilité.

Cet épisode survient alors que le Mali, porte-voix de l'AES, tente de consolider la légitimité internationale de la Confédération. Le 1er septembre, à Belgrade, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a appelé les 120 nations présentes à la commémoration du 65e anniversaire du mouvement des non-alignés à soutenir l'AES. En invoquant l'héritage de la conférence de 1961, où le Mali figurait parmi les pays fondateurs, Diop inscrit l'alliance dans une lignée historique prestigieuse. Cette démarche vise à contrebalancer l'isolement diplomatique imposé par la CEDEAO et les partenaires occidentaux, tout en cherchant des appuis dans les pays du Sud.

Le choix de Belgrade n'est pas anodin. La capitale serbe symbolise la résistance à la bipolarité de la Guerre froide, un parallèle explicite avec le refus de l'AES de se soumettre aux puissances dominantes. Abdoulaye Diop a établi un lien direct entre les défis sécuritaires actuels du Sahel et les interventions externes, citant notamment l'OTAN en Libye en 2011. Cette analyse, partagée par les Nations unies, met en lumière une réalité que les médias occidentaux peinent à reconnaître : la déstabilisation du Sahel est aussi le résultat de choix géopolitiques extérieurs. En se positionnant comme victime de ces ingérences, l'AES cherche à légitimer sa rupture avec l'ordre régional.

Mais la quête de reconnaissance internationale se heurte aux fragilités internes. La mutinerie de Niamey, sept mois après une première alerte, révèle des tensions au sein des forces armées nigériennes. Le général Salifou Mody, ministre de la Défense, a minimisé l'incident, mais des tirs nourris ont été rapportés jusque dans la matinée. Cette instabilité sécuritaire interne contraste avec l'image d'unité que l'AES tente de projeter sur la scène internationale. Elle souligne également les difficultés économiques et sociales persistantes dans les trois pays membres, où la croissance reste fragile et où les populations attendent des résultats concrets.

Sur le plan économique, l'AES doit composer avec un environnement monétaire contraint. La décision de quitter la CEDEAO n'a pas été suivie d'une rupture immédiate avec la BCEAO, mais les discussions sur une monnaie commune ou un retour au franc CFA restent sensibles. Les taux d'intérêt élevés et l'inflation modérée dans l'UEMOA créent un contexte difficile pour financer les besoins de développement. L'or, ressource clé pour le Burkina Faso et le Mali, offre des revenus, mais leur gestion et leur répartition restent des défis. La recherche de financements alternatifs, notamment auprès de partenaires comme la Russie ou la Chine, s'intensifie, mais elle ne compense pas encore les pertes liées à la suspension de l'aide occidentale.

La double dynamique de Belgrade et de Niamey illustre les contradictions de l'AES. D'un côté, une diplomatie active visant à fédérer les soutiens du Sud et à s'affirmer comme un pôle de souveraineté. De l'autre, des fragilités internes qui menacent la cohésion de la Confédération. La reconnaissance internationale, si elle venait, pourrait renforcer la position de l'AES, mais elle ne résoudra pas les problèmes structurels. La question de la légitimité interne, fondée sur la sécurité et le développement économique, demeure centrale.

L'épisode de Niamey n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une série de défis sécuritaires auxquels l'AES est confrontée depuis sa création en 2024. Les attaques jihadistes persistent, malgré les opérations conjointes. Les tensions communautaires et les accusations de violations des droits de l'homme ternissent l'image des régimes militaires. La capacité de l'AES à surmonter ces épreuves déterminera sa crédibilité, tant au niveau régional qu'international.

Enfin, la démarche de Belgrade révèle une stratégie à long terme : se positionner en leader du panafricanisme et du non-alignement. En s'appuyant sur l'histoire et en cherchant des alliances avec des puissances émergentes, l'AES tente de redéfinir les termes du débat sur la souveraineté en Afrique de l'Ouest. Mais cette ambition se heurte à la réalité des rapports de force. La reconnaissance de l'AES par les nations non-alignées pourrait ouvrir de nouvelles opportunités diplomatiques, mais elle ne garantit pas la stabilité interne. L'avenir de la Confédération dépendra de sa capacité à conjuguer affirmation souverainiste et gouvernance effective, une équation complexe dans un contexte régional marqué par l'incertitude.

Alors que l'AES cherche à s'imposer comme un acteur incontournable, la mutinerie de Niamey et la quête de légitimité à Belgrade dessinent les contours d'une alliance en construction. Entre héritage historique et réalités contemporaines, la Confédération devra prouver sa capacité à offrir une alternative durable, tant sur le plan sécuritaire qu'économique. L'évolution de la situation au cours des prochains mois sera déterminante pour l'avenir de l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest.