Les gouverneurs de la Banque confédérale d’investissement et de développement de l’AES (BCID-AES) ont tenu leur deuxième session ordinaire le 8 juin 2026 à Bamako. Au menu : validation budgétaire, politique de recrutement et stratégies de levée de fonds, autant de jalons qui rapprochent l'institution de son opérationnalisation. Alors que le divorce avec la CEDEAO est acté depuis janvier 2025, ce bras financier pourrait à terme poser les premiers jalons d'une union monétaire sahélienne.

Infographie — AES · Géopolitique monétaire

Un pas décisif vers l'opérationnalisation

La réunion des gouverneurs de la BCID-AES, qui s'est tenue le 8 juin 2026 à Bamako, marque un tournant dans la concrétisation de l'ambition économique de l'Alliance des États du Sahel (AES). Sous la présidence d'Alousseni Sanou, ministre malien de l'Économie et des Finances, les discussions ont porté sur les mécanismes concrets pour rendre l'institution pleinement fonctionnelle. L'architecture du dispositif de mobilisation et d'appel du capital a été au cœur des débats, rappelant que le capital initial de 500 milliards FCFA (annoncé fin 2025) doit être transformé en un levier d'emprunt et d'intervention crédible sur les marchés internationaux.

Cette étape intervient dans un contexte où l'AES cherche à donner une traduction tangible à sa souveraineté retrouvée. Depuis le retrait officiel des trois pays de la CEDEAO en janvier 2025, la construction d'institutions financières autonomes est devenue une priorité. La BCID-AES n'est pas seulement une banque de développement ; elle est le symbole d'une volonté de rompre avec la dépendance aux mécanismes ouest-africains traditionnels, notamment la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Les défis de la crédibilité et du capital humain

Pour s'imposer sur l'échiquier financier, la BCID-AES doit d'abord prouver sa solidité. Les gouverneurs ont donc examiné avec attention la politique de rémunération du personnel, avec un double objectif : attirer les meilleurs experts et cadres tout en maîtrisant les coûts. Le capital humain est jugé crucial pour doter l'institution de la compétence nécessaire à sa crédibilité. Parallèlement, la stratégie de levée de fonds doit convaincre les partenaires internationaux et les marchés que la banque est un intermédiaire fiable, capable de gérer des projets d'envergure dans un contexte sécuritaire et politique fragile.

Les défis sont immenses. L'AES doit faire face à des besoins de financement colossaux dans les secteurs de l'énergie, des infrastructures et de la sécurité. Or, la capacité de la banque à lever des ressources dépendra en grande partie de la notation souveraine de ses membres et de la stabilité perçue de la région. Les précédentes tentatives d'intégration financière en Afrique de l'Ouest ont montré que la confiance des investisseurs ne se décrète pas.

Vers une monnaie commune ? Les signaux qui s'accumulent

Au-delà de son mandat d'investissement, la BCID-AES alimente les spéculations sur une future monnaie commune sahélienne. La création d'une banque confédérale est souvent le prélude à une union monétaire, comme en témoigne l'histoire de la BCEAO. Si les gouverneurs n'ont pas abordé directement ce sujet, les pas franchis – capital initial, recrutement, budget – sont autant de briques qui pourraient un jour soutenir une politique monétaire autonome.

Cependant, la route est semée d'obstacles. L'absence de convergence macroéconomique entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous trois confrontés à des crises sécuritaires et à des déficits budgétaires, rend hypothétique une coordination monétaire stricte. De plus, la sortie de la zone franc – si elle devait advenir – nécessiterait une réserve de change conséquente et une gestion rigoureuse pour éviter l'inflation. Les autorités de l'AES semblent conscientes de ces enjeux, et la priorité donnée à la banque d'investissement plutôt qu'à une banque centrale suggère une approche progressive.

La session de Bamako confirme que l'AES avance pas à pas dans la construction de son autonomie financière. Si la banque d'investissement est une première étape crédible, elle soulève des questions plus larges sur l'avenir des relations monétaires en Afrique de l'Ouest. Entre émancipation et pragmatisme, les États sahéliens devront trouver un équilibre pour ne pas remplacer une dépendance par une autre.