Un an après le sommet de juillet 2024, l'Alliance des États du Sahel (AES) réaffirme sa volonté de créer sa propre banque de développement. La Banque confédérale pour l'investissement et le développement (BCID-AES), avec un capital initial de 500 milliards FCFA, incarne l'ambition d'une souveraineté financière. Mais ce projet, né dans un contexte de sanctions et de raréfaction des financements internationaux, devra surmonter des obstacles structurels pour ne pas rester un simple symbole.
BCID-AES : 500 milliards FCFA pour une souveraineté financière sahélienne
Un an après le sommet de juillet 2024, l'Alliance des États du Sahel (AES) réaffirme sa volonté de créer sa propre banque de développement. La Banque confédérale pour l'investissement et le développement (BCID-AES), avec un capital initial de 500 milliards FCFA, incarne l'ambition d'une souveraineté financière.
Un montant colossal pour les standards régionaux, mais modeste face aux besoins sahélien (infrastructures, énergie, agriculture).
Chronologie du projet
Les trois piliers de l'AES
Contexte : Les trois pays, soumis à des sanctions de la CEDEAO et à une raréfaction des financements internationaux, cherchent à s'émanciper du système financier ouest-africain.
Obstacles à surmonter
Ce capital initial de 500 milliards FCFA, colossal pour les standards régionaux, vise à financer des projets structurants dans les infrastructures, l'énergie et l'agriculture.
Depuis la déclaration de juillet 2024, le chantier de la BCID-AES avance lentement mais surement. Le 30 mai 2026, les autorités de transition du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont réaffirmé leur engagement à doter l'AES d'une institution financière propre. Ce capital initial de 500 milliards FCFA, colossal pour les standards régionaux, vise à financer des projets structurants dans les infrastructures, l'énergie et l'agriculture. Dans un Sahel où les besoins en investissement se chiffrent en milliers de milliards, cette somme reste modeste, mais elle porte une charge politique forte.
Ce projet émerge dans un contexte de rupture avec les mécanismes traditionnels de financement. Les trois pays, soumis à des sanctions de la part de la CEDEAO et de certains partenaires internationaux, voient leurs accès aux marchés financiers se réduire. Par ailleurs, la remise en cause des conventions fiscales avec la France et la volonté de s'émanciper du système financier ouest-africain poussent l'AES à chercher des solutions endogènes. La BCID-AES se présente ainsi comme une alternative aux institutions comme la Banque mondiale ou la BOAD, souvent perçues comme imposant des conditionnalités politiques.
**Une ambition économique, un défi de crédibilité**
La réussite de cette banque repose sur sa capacité à mobiliser des ressources suffisantes et à les allouer efficacement. Or, les trois pays membres souffrent d'une faible notation financière et d'une instabilité sécuritaire qui rebutent les investisseurs privés. Le capital initial, bien que conséquent, pourrait être rapidement insuffisant si les besoins de financement des projets sont plus élevés que prévu. De plus, la gouvernance de l'institution devra garantir une gestion transparente pour éviter les dérives clientélistes.
En parallèle, l'AES cherche à tisser de nouvelles alliances économiques, notamment avec des pays comme la Russie, la Turquie ou les Émirats arabes unis. La BCID-AES pourrait servir de véhicule pour canaliser ces financements non traditionnels, mais cela implique de négocier des conditions qui ne compromettent pas la souveraineté tant recherchée.
L'initiative s'inscrit dans une dynamique plus large de redéfinition des relations économiques en Afrique de l'Ouest. La création de la BCID-AES est un signal fort adressé à la CEDEAO et à l'UEMOA, dont les institutions monétaires et financières sont contestées. Si elle réussit, elle pourrait inspirer d'autres regroupements sous-régionaux à développer leurs propres outils financiers. En cas d'échec, elle risquerait de saper la crédibilité de l'AES et de renforcer les arguments des critiques qui voient dans cette alliance une aventure risquée.
La BCID-AES est bien plus qu'une banque : elle est le symbole d'une quête d'autonomie économique dans un Sahel en pleine recomposition. Son destin dépendra de la capacité de ses promoteurs à transformer une ambition politique en une institution viable. Dans un espace régional où les initiatives de souveraineté se multiplient, cet essai sera observé avec attention, tant par les partenaires que par les détracteurs de l'AES.