Le 8 juin 2026, deux actualités illustrent les chemins divergents de la souveraineté financière en Afrique de l'Ouest. Au Sénégal, le secteur privé dénonce un abandon des autorités, tandis qu'à Bamako, la Banque confédérale de l'AES tient son second conseil d'administration pour accélérer son opérationnalisation. Ces événements, rapprochés, révèlent des conceptions contrastées de l'indépendance économique.
Souveraineté financière : deux voies, une région
Au Sénégal, le secteur privé dénonce l'abandon des autorités. À Bamako, l'AES accélère sa Banque confédérale. Deux conceptions de l'indépendance économique.
▸ Le président de la CNES, Abd’El Kader Ndiaye, dénonce un « triple fardeau » : dette intérieure impayée, tensions sociales, absence de visibilité.
▸ Le discours sur la souveraineté contraste avec un appareil productif asphyxié et des débats politiques stériles.
▸ Second conseil d'administration à Bamako pour accélérer l'opérationnalisation de la Banque confédérale de l'AES.
▸ Projet de souveraineté monétaire et financière porté par le Mali, le Burkina Faso et la Guinée.
Le FMI projette une croissance de 5,7% pour le Mali en 2027. L'AES mise sur une intégration financière accélérée.
Chronologie des tensions
Entame durablement la confiance des investisseurs au Sénégal.
Le gouvernement tente de répondre aux critiques, mais le secteur privé reste sur sa faim.
Même semaine : le Sénégal s'enfonce dans la crise, l'AES construit son outil financier.
Selon le FMI, le Mali pourrait bénéficier de la dynamique de l'AES.
Paradoxe sénégalais
« Souveraineté et refondation » dans le discours, mais un secteur privé asphyxié et une dette à 130% du PIB.
Ambition AES
La Banque confédérale veut incarner une indépendance monétaire réelle, adossée à une croissance projetée à 5,7% pour le Mali.
La crise de confiance sénégalaise
Dans une tribune virulente, Abd’El Kader Ndiaye, président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), dresse un constat alarmant : le gouvernement snobe le secteur privé, pourtant moteur de la croissance. Les entreprises subissent un triple fardeau – dette intérieure impayée, tensions sociales liées au non-respect du Pacte de stabilité, absence de visibilité – dans un contexte de crises non résolues depuis la pandémie. L'auteur pointe un paradoxe : le discours sur la souveraineté et la refondation contraste avec la réalité d'un appareil productif asphyxié et d'un espace public saturé de débats politiques stériles.
Cette analyse fait écho à un climat d'incertitude amplifié par l'affaire de la « dette cachée », qui a durablement entamé la confiance des investisseurs. Alors que le FMI projetait pour le Mali une croissance de 5,7 % en 2027, le Sénégal, lui, semble s'enfoncer. Les concertations nationales de la Tabaski 2026 ont marginalisé les questions économiques, aggravant le sentiment d'un État sourd aux urgences du monde productif.
L'institutionnalisation au Sahel
À l'opposé de ce désenchantement, la Confédération des États du Sahel (AES) poursuit la construction de sa banque confédérale, la BCID-AES. La seconde session ordinaire de son conseil d'administration, tenue à Bamako le 8 juin, a permis d'avancer sur le plan d'actions prioritaire, les instruments de gouvernance et les politiques de rémunération. Le ministre malien de l'Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a salué les progrès malgré un contexte économique et sécuritaire difficile.
Cette institution incarne une volonté de souveraineté par le haut : créer un outil financier propre pour financer les investissements structurants, sans dépendre des bailleurs traditionnels. La démarche s'inscrit dans une rupture assumée avec l'ordre régional existant, notamment l'UEMOA et la BCEAO, que les pays de l'AES ont quittée en 2025. Les défis restent immenses : mobiliser des ressources, assurer une gestion transparente, et surtout attirer la confiance des opérateurs économiques – un enjeu que le Sénégal expérimente douloureusement.
Deux voies, une même ambivalence
Ces deux trajectoires posent une question centrale : la souveraineté financière se décrète-t-elle par la création d'institutions ou se construit-elle par la confiance et la santé du tissu productif ? Le Sénégal, membre de l'UEMOA, bénéficie d'une monnaie commune et d'institutions régionales, mais la crise politique et économique y sape les fondements de la souveraineté réelle : la capacité de l'État à honorer ses dettes et à offrir un cadre stable aux entreprises.
À l'inverse, l'AES mise sur des institutions nouvelles, mais devra prouver leur efficacité. Les sources historiques de mai 2026 mentionnaient la progression de la microfinance dans l'UEMOA (20 millions de bénéficiaires) et l'engagement de l'AFD (5,5 milliards d'euros en Afrique). Ces chiffres rappellent que les acteurs extérieurs et les dispositifs existants ne disparaîtront pas du jour au lendemain. La souveraineté, dans les deux cas, reste un processus, non un acquis.
La quête de souveraineté financière en Afrique de l'Ouest emprunte des voies multiples, reflétant les divergences politiques et économiques de la région. Entre la construction d'institutions ex nihilo et la réhabilitation d'un écosystème de confiance, c'est la capacité à concilier ambitions politiques et réalités du terrain qui déterminera la viabilité de ces projets.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)