Alors que la Zambie s'apprête à élire son président en août 2026, le scrutin s'annonce comme un référendum sur le bilan économique du président Hichilema. Malgré une reprise macroéconomique soutenue par la restructuration de la dette et des cours du cuivre favorables, le coût de la vie reste élevé pour des milliers de ménages. Ce décalage entre chiffres officiels et ressenti populaire offre une leçon pour le Sénégal, où la croissance reste peu inclusive.

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Le paradoxe zambien : reprise macro, misère micro

Le président zambien Hakainde Hichilema, donné favori pour un second mandat, a hérité en 2021 d’une économie en défaut de paiement. Deux ans plus tard, la restructuration de la dette et la fermeté des cours du cuivre ont permis un retour à la croissance et une inflation réduite à 6,5 % fin juin 2026, son plus bas niveau. Pourtant, l’opposition menée par Brian Mundubile exploite la galère quotidienne : des milliers de ménages restent plongés dans la pauvreté, étranglés par le renchérissement du coût de la vie. Ce contraste entre les indicateurs macroéconomiques et les réalités microéconomiques est au cœur du scrutin. Hichilema lui-même reconnaît que « beaucoup de nos familles ont encore besoin d’un soutien qui va au-delà de ce que nous leur apportons aujourd’hui ».

Quels enseignements pour le Sénégal ?

Le Sénégal n’est pas en situation de défaut, mais la question du partage des fruits de la croissance se pose avec acuité. Le pays affiche des taux de croissance soutenus depuis plusieurs années, portés par les infrastructures, l’agriculture et les services. Pourtant, le chômage des jeunes et la précarité persistent. L’inflation, bien que maîtrisée, pèse sur le pouvoir d’achat. Le gouvernement sénégalais a multiplié les filets sociaux et les subventions, mais le ressenti populaire peut diverger des statistiques officielles, comme en Zambie.

Une dynamique régionale contrastée

Dans la zone UEMOA, la Côte d’Ivoire mise sur l’attractivité des investissements et la révolution numérique, tandis que le Ghana vient de sortir d’un programme du FMI. Ces trajectoires montrent que la reprise post-covid et post-choc ukrainien n’a pas uniformément profité aux populations. Le Sénégal, qui aspire à devenir un hub régional, doit veiller à ce que sa croissance ne creuse pas les inégalités.

Le risque politique d’une croissance sans inclusion

L’exemple zambien rappelle que la performance macroéconomique ne garantit pas la stabilité politique. Si le ressenti populaire se dégrade, même avec des indicateurs flatteurs, les gouvernants peuvent être sanctionnés dans les urnes. Pour le Sénégal, où les élections locales et présidentielle sont scrutées, l’enjeu est d’autant plus crucial que la jeunesse, majoritaire, attend des emplois et des perspectives. Le gouvernement sénégalais a lancé des réformes structurelles (Plan Sénégal Émergent, réforme de la fiscalité, etc.), mais leur traduction concrète dans la vie quotidienne est encore incertaine.

Conclusion : une leçon pour la région

Au-delà du Sénégal, l’élection zambienne sert d’avertissement à toute l’Afrique de l’Ouest : les politiques économiques doivent être jugées non seulement à l’aune des agrégats, mais aussi à celle du bien-être des ménages. Alors que la CEDEAO cherche à harmoniser ses politiques macroéconomiques, le cas zambien souligne l’importance d’une croissance inclusive pour préserver la cohésion sociale et la légitimité des institutions.

L’élection zambienne rappelle que les performances macroéconomiques ne suffisent pas à garantir la satisfaction populaire. Pour le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est de construire une croissance qui réduit les inégalités et améliore concrètement les conditions de vie, faute de quoi le décalage entre chiffres et réalité pourrait nourrir des tensions politiques.