Alors que le Ghana vient de boucler son programme FMI de 3 milliards USD, d'autres pays d'Afrique de l'Ouest comme le Sénégal voient leur endettement public s'alourdir rapidement. La multiplication des besoins de financement, les contraintes budgétaires et les négociations difficiles avec les créanciers rappellent les défauts de paiement récents de la Zambie et du Congo-Brazzaville. Cette dynamique interroge la soutenabilité des dettes souveraines dans la région et le rôle des programmes d'assistance du Fonds monétaire international.
Dette publique en Afrique de l'Ouest : le temps des restructurations ?
Alors que le Ghana boucle son programme FMI de 3 milliards USD, d'autres pays voient leur endettement s'alourdir. La multiplication des besoins de financement et les négociations difficiles avec les créanciers rappellent les défauts récents de la Zambie et du Congo-Brazzaville.
Le Ghana vient de boucler son programme d'assistance du Fonds monétaire international. Un montant record qui illustre l'ampleur des déséquilibres budgétaires dans la région.
Covid-19
programme FMI
Sénégal : l'endettement s'accélère
Selon le FMI et la Banque mondiale.
Pays sous pression : corridor des restructurations
EN BREF : La multiplication des besoins de financement, la faiblesse des recettes fiscales et la volatilité des prix des matières premières fragilisent les capacités de remboursement. Le FMI reste un acteur clé, mais ses programmes suscitent des débats sur la soutenabilité à long terme.
Un endettement qui s'accélère partout
Depuis plusieurs années, l'endettement public s'aggrave dans de nombreux pays africains. En Afrique de l'Ouest, le Sénégal, longtemps présenté comme un modèle de stabilité économique, connaît une hausse rapide de sa dette et fait face à des interrogations croissantes sur la soutenabilité de ses finances publiques. Le Gabon, la République du Congo et la Zambie sont également confrontés à une augmentation de leurs besoins de financement, à des contraintes budgétaires croissantes et à des négociations difficiles avec leurs créanciers. La pandémie de Covid-19, la faiblesse des recettes fiscales et la volatilité des prix des matières premières ont fragilisé leurs capacités de remboursement.
Le FMI : remède ou piège ?
Dans ce contexte, la restructuration de la dette apparaît souvent comme un remède indispensable pour prévenir l'insolvabilité. Les programmes d'assistance du FMI visent à rétablir la stabilité macroéconomique. Pourtant, l'expérience de plusieurs pays montre qu'ils peuvent aussi engendrer un cycle de dépendance financière. En 2020, la Zambie est devenue le premier pays africain à faire défaut sur sa dette souveraine dans le contexte de la pandémie. Le Congo-Brazzaville, fortement dépendant du pétrole, a traversé plusieurs phases de restructuration, compliquées par une dette dissimulée contractée auprès de la Chine. Le Ghana, quant à lui, vient de conclure la dernière revue de son programme FMI de 3 milliards USD, marquant la fin du plan de sauvetage, mais l'issue reste incertaine.
Le cas du Sénégal et de l'UEMOA
Le Sénégal, autrefois vitrine de la discipline budgétaire en Afrique de l'Ouest, est désormais sous pression. La hausse de son endettement, couplée à des interrogations sur la transparence des comptes, alimente les inquiétudes des investisseurs et des institutions régionales. Au sein de l'UEMOA, les critères de convergence macroéconomique — notamment un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB et une dette publique inférieure à 70 % — sont de plus en plus difficiles à respecter. Plusieurs pays membres s'en éloignent, ce qui affaiblit la crédibilité de la zone monétaire.
Des infrastructures nécessaires mais coûteuses
Parallèlement, les besoins d'investissement dans les infrastructures restent immenses. Le programme WAPP (West African Power Pool) a permis de construire plus de 4 000 km de lignes à haute tension pour interconnecter 15 pays, mais ces projets nécessitent un financement qui pèse sur les budgets nationaux. La Banque mondiale cherche à renforcer le financement en devise locale de l'UEMOA pour soutenir le secteur privé, mais cela ne résout pas la question de la soutenabilité de la dette publique.
Une dépendance aux matières premières persistante
La vulnérabilité des économies ouest-africaines aux chocs extérieurs reste un facteur clé. Les pays dont les recettes dépendent fortement du pétrole (Congo-Brazzaville, Gabon) ou des matières premières minières (Zambie) sont les plus exposés. La volatilité des cours rend la planification budgétaire aléatoire et accroît le risque de défaut. Même des économies plus diversifiées comme le Sénégal subissent les contrecoups des crises globales et de la montée des taux d'intérêt internationaux.
La nécessité d'une approche régionale
Face à ces défis, une coordination accrue au sein de la CEDEAO et de l'UEMOA semble indispensable. Les réunions de mai 2026 à Lagos entre dirigeants ouest-africains et centrafricains ont produit une feuille de route pour renforcer la résilience économique, mais les mesures concrètes tardent. Sans une meilleure harmonisation des politiques budgétaires et un mécanisme régional de gestion des crises de dette, chaque pays risque de négocier seul avec ses créanciers dans un rapport de force défavorable.
La question de la dette publique en Afrique de l'Ouest dépasse le simple cadre budgétaire : elle touche à la souveraineté économique, à la crédibilité des institutions régionales et à la capacité des États à financer leur développement sans tomber dans un cycle de dépendance. Alors que les programmes du FMI se multiplient, la région doit inventer des solutions collectives pour concilier investissement et soutenabilité, sous peine de voir se multiplier les restructurations douloureuses.