Le 7 mai 2026, SUCAF-CI a inauguré une distillerie de pointe sur le complexe de Ferké 2, dans le nord de la Côte d’Ivoire, pour 30 millions de dollars. L’unité transforme la mélasse, résidu de la canne à sucre, en alcool extra-neutre, ouvrant la voie à une valorisation inédite des coproduits agricoles dans la sous-région. Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification économique ouest-africaine, contrastant avec les récentes hausses de production dans les secteurs pétrolier et minier observées ailleurs.

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Une intégration verticale inédite dans la filière sucrière L’implantation de cette distillerie sur le site historique de Ferké 2 n’est pas un hasard. Le complexe dispose déjà de la logistique cannière, des infrastructures énergétiques et d’une main-d’œuvre qualifiée, réduisant les coûts de transport de la mélasse – un sous-produit pondéreux et peu rentable à déplacer. SUCAF-CI, filiale ivoirienne de Somdia (groupe Castel), capitalise ainsi sur une intégration verticale qui lui permet de capter une valeur ajoutée supplémentaire tout en sécurisant son approvisionnement. Le procédé retenu, la distillation de la mélasse en alcool à 96% de pureté, cible des marchés porteurs : spiritueux, cosmétique, pharmacie et parfumerie.

De la mélasse à l’alcool : un pas vers l’économie circulaire Ce qui était jusqu’ici un résidu faiblement valorisé devient une matière première stratégique. La logique d’économie circulaire revendiquée par l’opérateur s’inscrit dans une tendance mondiale où la rentabilité dépend autant de la transformation primaire que de la captation des flux secondaires. Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur de sucre de la CEDEAO, cette distillerie représente une diversification bienvenue de la filière, jusqu’alors concentrée sur le sucre brut et raffiné. Le projet pourrait également réduire les importations d’alcool industriel, actuellement significatives dans la région.

Un modèle qui s’inscrit dans les tendances régionales L’initiative de SUCAF-CI intervient dans un contexte ouest-africain marqué par des dynamiques contrastées. Depuis avril 2026, le Nigeria a porté sa production pétrolière à 1,71 million de barils par jour, son plus haut niveau en cinq ans, tandis que l’Algérie annonçait une hausse de 6 000 barils par jour en juin. Parallèlement, le secteur minier reste soutenu : Iamgold a confirmé une production solide pour 2026, renforçant les finances publiques des pays hôtes. Cette montée en puissance des extractives contraste avec l’approche ivoirienne, qui mise sur la transformation locale des ressources agricoles. L’inauguration de la distillerie révèle ainsi une bifurcation possible : plutôt que d’accroître les volumes bruts, certains États choisissent de densifier leurs chaînes de valeur. Ce mouvement, soutenu par les politiques d’industrialisation de l’UEMOA, pourrait à terme renforcer la résilience économique de la région face aux fluctuations des cours mondiaux.

Les défis d’une industrialisation durable Malgré son potentiel, le modèle de Ferké 2 n’est pas exempt de risques. La dépendance à la pluviométrie et les tensions sur le foncier agricole restent des fragilités structurelles pour la filière canne-sucre. L’approvisionnement régulier en mélasse suppose des campagnes sucrières stables, ce que ne garantit pas le changement climatique. Par ailleurs, le succès de cette distillerie dépendra de sa capacité à conquérir des parts de marché dans des secteurs concurrentiels, où les normes de qualité sont élevées. Enfin, la reproduction de ce modèle à plus grande échelle nécessitera des investissements conséquents et une coordination entre acteurs publics et privés.

La distillerie de Ferké 2 illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la recherche de valeur ajoutée au-delà de la production primaire. Alors que les secteurs pétrolier et minier continuent de croître, l’agro-industrie ivoirienne ouvre une voie complémentaire, fondée sur l’exploitation intelligente des résidus. Reste à savoir si cette approche pourra s’étendre à d’autres filières – comme le cacao, le coton ou l’huile de palme – où les coproduits restent largement sous-valorisés.