Stellantis a inauguré à Casablanca un centre de démontage de véhicules en fin de vie, le premier du genre au Moyen‑Orient et en Afrique. Avec un investissement de 1,6 million d’euros, le groupe entend capter un marché estimé à 5 milliards de dirhams au Maroc d’ici 2030, tout en desservant l’Afrique de l’Ouest. Ce projet révèle une inflexion structurelle du secteur automobile vers l’économie circulaire, dans un contexte de raréfaction des matières premières.
Le centre de Casablanca, troisième du genre après Turin et São Paulo, traitera jusqu’à 10 000 véhicules par an. Il assure l’approvisionnement en véhicules hors d’usage, leur démontage, la vente de pièces d’occasion et la récupération de matériaux recyclables. Stellantis exploite ainsi un gisement de valeur dans un environnement marqué par la hausse des coûts des matières premières et les contraintes environnementales de leur extraction. L’entreprise souligne que la raréfaction des ressources pousse industriels et régulateurs à privilégier le réemploi.
Pour l’Afrique de l’Ouest, ce centre représente une opportunité d’approvisionnement en pièces détachées à moindre coût, alors que le parc automobile régional est largement constitué de véhicules d’occasion importés. Le marché ouest‑africain des pièces de rechange est dominé par des circuits informels, souvent coûteux et peu fiables. L’entrée d’un acteur industriel comme Stellantis pourrait structurer cette filière et réduire les coûts d’entretien pour les transporteurs et les particuliers.
Au‑delà de l’accès aux pièces, ce projet s’inscrit dans une tendance plus large de formalisation de l’économie circulaire en Afrique. Plusieurs pays de la région, comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, expérimentent des programmes de gestion des déchets électroniques et automobiles. Le recyclage automobile pourrait ainsi devenir un levier de création d’emplois et de valeur ajoutée locale, à condition que les cadres réglementaires suivent.
Stellantis anticipe une progression notable de ce segment au Maroc, où le parc automobile dépasse 4,7 millions de véhicules et où plus de 170 000 unités atteignent chaque année leur fin de vie. Le groupe n’exclut pas d’étendre le modèle à d’autres marchés d’Afrique de l’Ouest, si les conditions d’approvisionnement et de demande le permettent. Cela ouvrirait la voie à une intégration régionale des flux de pièces recyclées.
L’initiative de Stellantis illustre comment les contraintes sur les matières premières transforment les chaînes de valeur automobiles. Pour l’Afrique de l’Ouest, elle pose la question de la capacité des États à créer un environnement favorable à l’économie circulaire, tout en intégrant les acteurs informels. Le modèle marocain servira‑il de référence pour une intégration régionale du recyclage automobile ?