Le 29 juin 2026, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a approuvé un financement de 40 milliards FCFA pour la deuxième phase du Programme d’appui à la mécanisation agricole et à l’irrigation (ProMAI) au Togo. Cette enveloppe s’ajoute aux 20 milliards FCFA déjà décaissés en octobre 2025, portant l’effort total de l’institution à 60 milliards FCFA en moins d’un an. L’opération illustre la priorité accordée à la modernisation agricole dans l’UEMOA, alors que la mécanisation reste l’un des principaux freins à la productivité en Afrique subsaharienne.
60 milliards FCFA en un an
La BOAD accélère la mécanisation agricole au Togo avec une deuxième phase du ProMAI.
Effort total de la BOAD en moins d’un an (2025-2026)
Chronologie du ProMAI
Afrique de l’Ouest — traction animale encore dominante
Contexte macroéconomique Togo
Accroître les rendements et soutenir les revenus des agriculteurs
Un pari sur la mécanisation
Au Togo, comme dans la majeure partie de l’Afrique de l’Ouest, le taux de mécanisation agricole plafonne à moins de 10 % des exploitations. La traction animale domine encore, limitant les surfaces cultivables et les rendements. Le ProMAI, lancé en 2023 avec la création des Centres régionaux de mécanisation agricole (CRMA) à Kara et Kpalimé, ambitionne d’inverser cette tendance. La première phase, dotée de 20 milliards FCFA, a permis l’acquisition de tracteurs, moissonneuses-batteuses et systèmes d’irrigation, ainsi que la formation des agriculteurs. Les CRMA offrent des services de location de matériel, de maintenance et de conseil, un modèle qui vise à mutualiser les coûts souvent prohibitifs pour les petits exploitants.
La deuxième phase, forte de 40 milliards FCFA, prévoit l’extension du réseau de CRMA à d’autres régions et un accent accru sur la maîtrise de l’eau. Selon la BOAD, l’objectif est d’« accroître les rendements et soutenir les revenus des exploitants » en intégrant l’irrigation de complément. Cette approche est cruciale dans un contexte de variabilité pluviométrique accrue due au changement climatique. Le programme s’inscrit dans la feuille de route gouvernementale « Togo 2025 », qui vise une croissance tirée par l’agriculture.
Un financement en deux temps
L’approbation de cette deuxième phase intervient huit mois seulement après la première, signe d’une accélération dans la mise en œuvre. En avril 2026, les manuels de procédures administratives, financières et de suivi-évaluation du ProMAI ont été validés, renforçant la gouvernance du programme. Ce déploiement rapide contraste avec le rythme souvent lent des grands projets agricoles en Afrique de l’Ouest. Il témoigne d’une volonté politique forte et d’une coordination étroite entre le ministère de l’Agriculture et la BOAD.
Par ailleurs, cette injection de fonds s’inscrit dans un contexte plus large de mobilisation financière de la BOAD. En mai 2026, l’institution a signé avec Proparco une opération de 200 millions d’euros (environ 131 milliards FCFA) destinée au financement du secteur privé dans l’UEMOA. Ce type de financement croisé, mêlant ressources souveraines et prêts concessionnels, permet à la BOAD d’augmenter sa capacité d’intervention sans grever ses ratios de prudence. Le ProMAI bénéficie directement de cette dynamique : sur les 60 milliards FCFA engagés, une partie provient de ces nouvelles lignes de crédit.
Des défis persistants
Malgré ces avancées, la mécanisation agricole au Togo se heurte à des obstacles structurels. Le coût d’entretien du matériel, la disponibilité des pièces détachées et la formation des opérateurs restent des points sensibles. Les CRMA, bien qu’efficaces, couvrent encore une superficie limitée. Par ailleurs, la fragmentation du foncier agricole – la taille moyenne des exploitations est inférieure à deux hectares – rend difficile l’utilisation optimale des machines. Le ProMAI devra composer avec ces réalités locales pour atteindre ses objectifs de productivité.
L’engagement cumulé de 60 milliards FCFA de la BOAD pour le ProMAI souligne une tendance régionale : les États ouest-africains, avec l’appui des banques de développement, investissent massivement dans la modernisation agricole. Mais au-delà des chiffres, c’est la capacité à transformer en profondeur les pratiques paysannes qui déterminera l’impact réel de ces programmes. Le Togo, par son approche centrée sur les CRMA, offre un modèle potentiellement reproductible dans d’autres pays de l’UEMOA confrontés aux mêmes défis.