Le 6 juillet 2026, la Fondation BOAD a approuvé une enveloppe de 207,9 millions FCFA pour des projets sociaux au Bénin et au Togo, tandis que la banque mère consentait des prêts de 56,6 milliards FCFA pour l’agriculture irriguée et l’industrie cimentière. Cette double annonce, rendue publique à Lomé, illustre la volonté de l’institution de concilier investissements productifs et actions de solidarité. Elle intervient quelques semaines après la signature d’accords de financement croisé avec Proparco et la SFI, confirmant une stratégie de diversification des instruments financiers au service de l’UEMOA.

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Une philanthropie stratégique au service de la cohésion régionale

La décision du conseil d’administration de la Fondation BOAD, réuni le 6 juillet à Lomé, de consacrer 207,9 millions FCFA à des projets communautaires au Bénin et au Togo n’a rien d’anecdotique. Ce montant, certes modeste en regard des financements souverains, révèle une volonté de cibler des besoins non marchands souvent laissés pour compte par les prêts classiques. Créée pour compléter l’action de la banque, la fondation permet d’intervenir dans des domaines où le retour sur investissement immédiat est faible mais l’impact social élevé – santé, éducation, accès à l’eau. Les modalités précises de sélection des partenaires et le calendrier de décaissement restent à préciser, mais ce geste renforce l’ancrage de la BOAD dans les territoires, au-delà des circuits purement financiers.

Cette approche n’est pas isolée. En mai 2026, la BOAD et Proparco avaient annoncé un financement croisé de 200 millions d’euros pour le secteur privé, suivi d’un accord de 600 millions d’euros avec la SFI pour dynamiser le crédit en devise locale. Ces opérations visaient à réduire la dépendance au franc CFA et à faciliter l’accès aux financements pour les PME. La fondation, elle, agit sur un autre registre : celui de la cohésion sociale, nécessaire pour que la croissance bénéficie aux populations les plus vulnérables.

Des financements productifs comme moteur de transformation structurelle

Parallèlement à cette action sociale, la BOAD poursuit ses investissements lourds. Le même jour, son conseil d’administration a approuvé un prêt de 40 milliards FCFA pour la deuxième phase du Programme de mécanisation et d’irrigation agricoles (ProMAI) au Togo, et 16,6 milliards FCFA pour l’extension de la Société des Ciments du Bénin (SCB) à Sèmè‑Podji. Ces montants, totalisant 56,6 milliards FCFA, visent à renforcer deux secteurs clés : l’agriculture, pour réduire la dépendance alimentaire et améliorer la productivité ; et les matériaux de construction, pour soutenir l’urbanisation et les infrastructures régionales. Le ProMAI s’inscrit dans la stratégie togolaise de modernisation agricole, tandis que l’extension de SCB répond à la demande croissante de ciment dans le Golfe du Bénin.

Ces deux projets illustrent la complémentarité entre financements sociaux et productifs : tandis que les prêts soutiennent la croissance économique, la fondation travaille à en atténuer les effets d’exclusion. La BOAD articule ainsi deux temporalités – le long terme de l’investissement et l’urgence des besoins sociaux – dans une logique de développement intégré.

Une stratégie en évolution depuis mai 2026

Les décisions de juillet marquent un changement d’échelle dans l’action de la BOAD. Les accords de mai avec Proparco et la SFI avaient ouvert la voie à des financements croisés en euros et en francs CFA, permettant à la banque de diversifier ses sources de devises et de proposer des prêts en monnaie locale. Aujourd’hui, ces liquidités commencent à se concrétiser sur le terrain. Le choix du Bénin et du Togo n’est pas anodin : ces deux pays, qui partagent une frontière et des défis communs en matière d’infrastructures, bénéficient d’une attention particulière de la banque, qui y voit un laboratoire pour ses nouvelles approches. Le fait que la fondation intervienne dans les mêmes États que les prêts productifs suggère une recherche de synergie géographique, même si les mécanismes restent distincts.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large où les banques régionales de développement cherchent à conjuguer viabilité financière et impact social. La BOAD, après avoir longtemps privilégié les grands projets, semble vouloir combler le fossé entre investissements structurants et besoins de base. Reste à savoir si cette double approche pourra être dupliquée dans les six autres pays de l’UEMOA, où les défis sont tout aussi pressants.

La session de Lomé du 6 juillet 2026 pourrait marquer un tournant dans la façon dont la BOAD conçoit son rôle : non plus seulement banque de projets, mais institution de développement au sens large, intégrant dimensions économique et sociale. Alors que les instruments financiers se sophistiquent – prêts croisés, financements en monnaie locale –, la fondation rappelle que la croissance ne saurait se passer de solidarité. Dans une région où les inégalités persistent, ce modèle pourrait inspirer d’autres institutions sous-régionales.