Le 24 juin 2026, les experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger sont réunis à Ouagadougou pour élaborer une position commune sur les relations avec la CEDEAO, la libre circulation et la sécurité. Le même jour, à Doha, les ambassadeurs des trois pays rencontrent la Qatar Chamber pour explorer des partenariats économiques. Ces deux événements simultanés traduisent une accélération de la stratégie d’autonomie de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en 2023, et sa volonté de diversifier ses alliances au-delà du cadre ouest-africain traditionnel.
Sahel : l’AES consolide son unité et cherche des partenaires économiques hors CEDEAO
Deux événements simultanés traduisent l’accélération de la stratégie d’autonomie de l’Alliance des États du Sahel.
Stratégie d’autonomie : nouveaux équilibres
En bref
Une double démarche pour asseoir la souveraineté
La réunion de Ouagadougou, qui s’achève le 25 juin, n’est pas une simple rencontre technique. Elle intervient alors que l’AES cherche à structurer ses institutions communes. Depuis le sommet de juillet 2024, la confédération a annoncé la création de sa propre banque de développement, dotée d’un capital initial de 500 milliards de FCFA. Ce projet, encore en gestation, vise à réduire la dépendance aux mécanismes financiers de la CEDEAO et aux bailleurs traditionnels. Parallèlement, les discussions à Doha montrent que les trois pays courtisent activement des partenaires extra-régionaux, en l’occurrence le Qatar, pour attirer des investissements dans des secteurs clés comme l’industrie et l’élevage.
La quête de nouveaux leviers économiques
Le choix du Qatar n’est pas anodin. L’émirat gazier dispose de capitaux abondants et affiche une stratégie de diversification de ses investissements en Afrique. Pour les pays de l’AES, l’enjeu est de sécuriser des financements sans les conditionnalités politiques qui accompagnent souvent les institutions de Bretton Woods ou les partenaires occidentaux. Les ambassadeurs ont insisté sur les « vastes opportunités d’investissement » dans leurs pays et sur leur volonté de créer un environnement favorable aux investisseurs qataris. Cette ouverture s’inscrit dans une tendance plus large : depuis le retrait de la CEDEAO annoncé en janvier 2024, le Mali, le Burkina et le Niger multiplient les contacts avec des acteurs du Golfe, de la Turquie ou de la Russie.
Une position commune face à la CEDEAO
La rencontre de Ouagadougou porte également sur la redéfinition des relations avec la CEDEAO. Alors que l’organisation régionale cherche à retenir les trois pays, l’AES semble vouloir poser ses propres conditions. La libre circulation des personnes et des biens, sujet sensible depuis la fermeture des frontières lors des sanctions de 2022-2023, est au cœur des discussions. Les experts tentent de concilier les impératifs de sécurité – notamment la lutte contre le jihadisme – avec les besoins économiques des populations frontalières. Une position commune permettrait de négocier en bloc avec la CEDEAO, renforçant le poids des trois États.
Une stratégie économique qui se précise
Les signaux économiques récents renforcent cette dynamique d’autonomie. Le 18 mai 2026, le FMI a projeté une croissance de 5,7 % pour le Mali en 2027, un chiffre qui contraste avec les difficultés structurelles du pays. Si cette croissance se matérialise, elle donnerait des arguments aux dirigeants de l’AES pour justifier leur rupture avec les anciens cadres d’intégration. Toutefois, cette projection dépend en partie de la stabilisation sécuritaire et de la capacité à attirer des investissements étrangers. Les discussions avec le Qatar pourraient donc être un test grandeur nature de la crédibilité économique de la nouvelle alliance.
Les implications pour l’intégration régionale
La simultanéité des deux événements – réunion interne à Ouagadougou et dialogue externe à Doha – illustre la double priorité de l’AES : consolider son unité interne et diversifier ses partenaires. À terme, cette stratégie pourrait redessiner les flux économiques en Afrique de l’Ouest, en créant des corridors d’échanges parallèles à ceux de la CEDEAO. Pour les populations, l’enjeu est concret : la libre circulation des biens et des personnes au sein de l’AES pourrait faciliter le commerce transfrontalier, tandis que les investissements qataris dans l’industrie et l’élevage promettent des retombées locales. Reste à savoir si ces ambitions se traduiront en projets tangibles, dans un contexte où la sécurité et la gouvernance demeurent des défis majeurs.
La double initiative du 24 juin 2026 révèle une AES qui ne se contente plus de contester l’ordre régional mais construit ses propres outils de souveraineté. En cherchant à la fois une position commune face à la CEDEAO et des partenaires économiques hors du continent, les trois pays du Sahel testent un modèle d’intégration alternatif. Son succès dépendra de leur capacité à transformer des intentions politiques en bénéfices économiques durables pour leurs populations.