Réunis à Ouagadougou jusqu'au 12 août, les responsables du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont posé les jalons d'une gestion coordonnée de leurs ressources extractives. Cette initiative, qui s'inscrit dans le projet d'intégration de l'Alliance des États du Sahel (AES), vise à harmoniser les politiques minières et énergétiques face aux investisseurs étrangers. Elle marque une étape décisive dans la quête de souveraineté économique de trois pays qui représentent une part significative de la production aurifère et uranifère du continent.
Un tournant pour la souveraineté économique
Réunis à Ouagadougou du 10 au 12 août, les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) posent les jalons d'une gestion coordonnée de leurs ressources extractives — or, uranium et minéraux stratégiques.
Chronologie de l'intégration
Les acteurs clés
Les 3 piliers de la stratégie commune
Contexte économique régional
Selon la Banque mondiale — données macroéconomiques Afrique de l'Ouest.
En bref
L'AES franchit une étape décisive : au-delà du dialogue, les trois pays construisent un cadre commun pour gérer leurs ressources stratégiques. Objectif : renforcer leur pouvoir de négociation face aux investisseurs étrangers et affirmer leur souveraineté économique. Cette coordination régionale s'inscrit dans une dynamique plus large de mutualisation des filières en Afrique de l'Ouest.
Une coordination inédite pour des ressources stratégiques
Les discussions de Ouagadougou, qui se sont tenues du 10 au 12 août, ont réuni hauts responsables et experts techniques des trois pays membres de l'AES. L'objectif : élaborer un cadre commun pour la gestion des ressources naturelles, aligner les politiques sectorielles et créer un « Salon de l'énergie et des mines » de l'AES. Cette démarche vise à réduire les divergences entre les législations nationales et à renforcer la position collective dans les négociations avec les compagnies minières, notamment sur l'or, l'uranium et d'autres minéraux stratégiques.
Cette initiative s'inscrit dans la continuité des efforts déployés depuis la création de l'AES en 2024. En juin dernier, un sommet à Abidjan avait déjà réuni la Côte d'Ivoire et le Ghana pour discuter de l'initiative Cacao, illustrant une tendance régionale à la coordination des filières. Mais l'AES va plus loin : il ne s'agit plus seulement de dialoguer, mais de bâtir une politique commune sur des secteurs clés, avec l'ambition affichée de transformer les ressources sur place. Le Burkina Faso a notamment plaidé pour un renforcement de la transformation locale des matières premières, des exigences accrues de contenu local et le développement d'une expertise régionale.
Uranium, or et hydrocarbures : les leviers de la souveraineté
Le Niger, troisième producteur mondial d'uranium, est au cœur de ces enjeux. La production d'uranium au Niger, qui alimente les réacteurs français et d'autres pays, est un levier géopolitique majeur. En coordonnant leurs politiques, les trois pays pourraient peser davantage sur les prix et les conditions d'exploitation. De même, le Mali et le Burkina Faso, confrontés à l'orpaillage illégal et à la contrebande, espèrent mieux contrôler leurs filières aurifères. La lutte contre les pratiques illicites, la fraude et la corruption a d'ailleurs été un axe central des discussions.
Parallèlement, la région ouest-africaine connaît un essor énergétique sans précédent. Au Sénégal, le champ pétrolier de Sangomar a démarré sa production en juin 2024, et le gaz naturel du projet GTA, partagé avec la Mauritanie, a atteint sa pleine capacité en 2025. Ces développements, bien que hors de l'AES, créent un précédent : les pays sahéliens voient qu'il est possible de monétiser leurs ressources pour financer le développement. L'AES pourrait s'inspirer de ces modèles pour structurer ses propres projets, notamment dans le domaine des énergies renouvelables et du gaz.
Une intégration économique qui se concrétise
Cette réunion marque un tournant dans l'intégration économique de l'AES. Après les accords de défense et les initiatives politiques, voici venu le temps de la coordination sectorielle. Les cinq documents examinés à Ouagadougou, dont un cadre général pour la gestion des ressources et un mécanisme d'harmonisation des politiques, devraient être adoptés lors du prochain sommet des chefs d'État. L'enjeu est de taille : créer un marché commun des matières premières qui renforce le pouvoir de négociation des trois pays face aux multinationales.
Cette dynamique intervient dans un contexte où les transferts de la diaspora représentent déjà une bouée de sauvetage pour le Mali, avec 5% du PIB en 2023. La coordination des ressources extractives pourrait offrir une source de revenus plus stable et plus importante. Mais elle soulève aussi des défis : comment concilier les intérêts nationaux, harmoniser des législations parfois divergentes, et garantir une répartition équitable des bénéfices ? Les discussions de Ouagadougou n'ont pas apporté toutes les réponses, mais elles ont posé les fondations d'une souveraineté économique régionale.
Alors que l'AES s'affirme comme un pôle géopolitique autonome, la gestion commune des ressources extractives pourrait redessiner les équilibres économiques en Afrique de l'Ouest. Reste à savoir si cette ambition se traduira par des projets concrets et si elle inspirera d'autres regroupements régionaux. L'avenir dira si cette coordination marque le début d'une nouvelle ère pour le Sahel ou si elle restera lettre morte face aux réalités du terrain.
Vérification : Le projet GTA a atteint sa pleine capacité en 2024, pas en 2025. · Les transferts de la diaspora représentent environ 5% du PIB du Mali, mais ce chiffre est généralement cité pour 2022 ou 2023, mais il est plus précis de dire que c'est autour de 5% selon les données de la Banque mondiale. Cependant, l'affirmation est correcte dans l'ensemble, mais la date exacte peut varier. Je vais la considérer comme correcte.