Vingt-cinq ans après l'adoption de la Résolution 1325 des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, une étude du Gorée Institute dresse un bilan contrasté des progrès en Afrique de l'Ouest et au Sahel. Ce constat intervient dans un contexte où la stabilité sécuritaire et l'inclusion sociale sont devenues des critères clés pour les investisseurs et les institutions financières. Au-delà de l'aspect politique, cette évaluation pose la question du coût économique d'une participation insuffisante des femmes aux processus de paix et de développement.
Résolution 1325 : le coût économique de l’exclusion des femmes
Moins de 30 % des postes de négociation dans les processus de paix régionaux sont occupés par des femmes — un ratio stable depuis cinq ans. L’étude du Gorée Institute (2026) montre que cette stagnation pèse sur la stabilité et l’attractivité économique de la région.
occupés par des femmes dans les processus de paix en Afrique de l’Ouest et au Sahel — un plafond qui n’a pas bougé depuis 2021.
Stable depuis 5 ans — malgré la création de points focaux genre et l’adoption de plans d’action nationaux.
Corridor commercial sous tension
L’exclusion des femmes des processus de paix alimente l’instabilité le long de ce corridor clé pour le commerce régional.
⚡ Conséquences économiques d’une paix incomplète
La stabilité sociale et l’inclusion sont devenues des prérequis pour les financements internationaux et régionaux.
Premier fonds de la région à conditionner ses investissements à des indicateurs de participation féminine.
Les pays avec un faible score d’inclusion pourraient voir leur notation souveraine dégradée par les agences.
736,4 Md USD
1 411 USD
2,4 % du PIB
3,6 %
Selon la Banque mondiale. L’instabilité et la faible inclusion des femmes freinent l’attractivité de la région auprès des investisseurs.
L'étude du Gorée Institute, rendue publique ce 19 juin 2026, dresse un état des lieux nuancé de la mise en œuvre de la Résolution 1325 dans la région. Si des avancées sont notables – création de points focaux genre dans les ministères, adoption de plans d'action nationaux –, leur application effective reste limitée. Le rapport souligne que moins de 30 % des postes de négociation dans les processus de paix régionaux sont occupés par des femmes, une proportion stable depuis cinq ans.
Les conséquences économiques d'une paix incomplète
Cette stagnation a des répercussions directes sur l'écosystème économique ouest-africain. L'insécurité persistante, notamment le long du corridor Dakar-Bamako – un axe vital pour le commerce –, est alimentée par l'exclusion de franges entières de la population, dont les femmes. Les investisseurs, qu'ils soient internationaux ou régionaux, intègrent désormais les critères de stabilité sociale et de genre dans leurs décisions. Le fonds souverain minier burkinabè, récemment annoncé, devra par exemple composer avec un environnement où la résilience des communautés dépend aussi de l'inclusion féminine dans la gouvernance locale.
Un lien entre sécurité et développement financier
Les réunions du Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment en Afrique de l'Ouest (GIABA) à Abidjan en mai 2026 ont rappelé que l'instabilité et l'exclusion sont des terreaux pour les flux financiers illicites. L'étude du Gorée Institute apporte un éclairage supplémentaire : les régions où les femmes participent peu aux instances de sécurité locale enregistrent un taux de criminalité économique plus élevé. Ce lien, longtemps sous-estimé, devient un argument pour les bailleurs de fonds qui conditionnent leurs aides à des progrès mesurables en matière de genre.
Une évolution lente face aux urgences macroéconomiques
Le contexte régional est marqué par une pression démographique forte et une demande croissante d'emplois. Les femmes représentent plus de la moitié de la population active potentielle, mais leur contribution reste entravée par des barrières structurelles – accès au crédit, à la terre, à l'éducation. Le rapport note que les pays ayant intégré des quotas de genre dans les institutions de sécurité – comme le Sénégal ou le Ghana – affichent de meilleurs indicateurs de développement humain et une croissance plus inclusive. À l'inverse, les zones de conflit comme le Sahel central enregistrent un recul des indicateurs d'autonomisation féminine, créant un cercle vicieux entre insécurité et sous-développement.
Le rôle des institutions régionales
La CEDEAO et l'UEMOA ont multiplié les déclarations en faveur de l'égalité des genres, mais leur mise en œuvre reste inégale. L'étude souligne que le financement des plans d'action nationaux pour la Résolution 1325 ne dépasse pas en moyenne 15 % des budgets alloués. Or, chaque dollar investi dans l'autonomisation des femmes générerait, selon la Banque mondiale, un retour de 3 à 5 dollars en croissance économique. Ce décalage entre discours et ressources révèle une faiblesse structurelle qui pèse sur la crédibilité des engagements régionaux auprès des investisseurs internationaux.
Alors que la région fait face à des défis sécuritaires et économiques majeurs – inflation, endettement, insécurité alimentaire –, le bilan de la Résolution 1325 interroge la capacité des États à construire une paix durable et inclusive. L'étude du Gorée Institute, en liant explicitement la participation des femmes à la stabilité macroéconomique, pourrait influencer les priorités des institutions financières internationales et des fonds souverains qui cherchent à investir dans la région. La question n'est plus seulement politique, mais économique : l'Afrique de l'Ouest peut-elle se permettre de laisser de côté la moitié de sa population dans la construction de son avenir ?