Au cœur de la région de Fatick, le centre d’incubation de Kaydara accueille des femmes venues du nord agropastoral du Sénégal pour une formation à l’agroécologie. Initiée par la FAO, cette formation de six mois vise à renforcer leur résilience face aux chocs climatiques tout en augmentant leurs revenus. L’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de transition agricole en Afrique de l’Ouest, où la sécurité alimentaire est menacée par la dégradation des terres.
Femmes & agroécologie : l’adaptation climatique en marche
Dans le nord agropastoral du Sénégal, la FAO forme des femmes aux pratiques agroécologiques pour restaurer les sols, sécuriser les revenus et faire face aux sécheresses répétées.
Les femmes bénéficiaires, membres de groupements d’intérêt économique, sont sélectionnées dans plusieurs communes de la zone agropastorale septentrionale. Elles apprennent des méthodes de production respectueuses de l’environnement : ensemencement, gestion de l’eau, compostage. La formation a lieu à Kaydara, une ferme agroécologique qui sert de centre d’incubation pour les jeunes et les femmes depuis plusieurs années.
Le contexte climatique donne une urgence particulière à cette initiative. La zone agropastorale du nord du Sénégal est régulièrement frappée par des sécheresses et une avancée du désert. Les sols se dégradent, les rendements chutent, et les communautés rurales voient leurs moyens de subsistance menacés. L’agroécologie apparaît comme une réponse concrète : elle améliore la fertilité des terres, diversifie les productions et réduit la dépendance aux intrants chimiques.
Les femmes sont au cœur de cette transformation. Souvent premières victimes du changement climatique – car responsables des tâches agricoles et de l’approvisionnement en eau – elles sont aussi des agentes de changement lorsqu’elles disposent des bonnes techniques. La FAO mise sur leur capacité à diffuser les pratiques apprises : « Nous espérons qu’elles pourront former d’autres femmes », a déclaré Binta Stephen Tchicaya, coordonnatrice sous-régionale pour l’Afrique de l’Ouest.
Le partenariat entre la FAO et le centre de Kaydara illustre une approche de capitalisation sur l’expertise locale. Kaydara, reconnue comme un « partenaire stratégique », a déjà formé des centaines de personnes. Les femmes formées repartiront avec des compétences pratiques, mais aussi des semences et des outils pour démarrer leurs propres parcelles agroécologiques.
Cette formation s’inscrit dans deux projets plus larges : Ripostes (résilience et reforestation) et PVA (valorisation des potentialités agricoles et écosystémiques). Ces projets, financés par la FAO, visent à restaurer les écosystèmes et à sécuriser les moyens d’existence dans les zones vulnérables. Ils combinent reforestation, gestion durable des terres et formation.
À l’échelle régionale, la demande alimentaire ne cesse de croître en Afrique de l’Ouest, comme le soulignait récemment un économiste de l’OCDE. La ZLECAf, en favorisant les échanges, pourrait amplifier les besoins de production locale. Dans ce contexte, l’agroécologie offre une voie pour concilier sécurité alimentaire et durabilité environnementale.
Reste la question de la réplicabilité. Former 30 femmes est un premier pas, mais leur donner les moyens de former d’autres, puis d’accéder aux marchés, nécessite un appui continu. Les politiques nationales et les financements climatiques seront déterminants pour passer de l’incubation à l’échelle.
L’initiative de Kaydara s’inscrit dans un mouvement plus vaste de transition agroécologique en Afrique de l’Ouest. Elle révèle comment des partenariats localisés peuvent répondre aux défis globaux du climat et de la sécurité alimentaire. Mais son impact dépendra de la capacité à reproduire ce modèle dans d’autres pays, alors que les discussions sur la ZLECAf et les engagements climatiques se poursuivent.