En Afrique de l’Ouest, la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) représente jusqu’à 40 % des captures, pour un coût annuel estimé à plus de 2,3 milliards $. Alors que les ressources halieutiques s’amenuisent et que la sécurité alimentaire est menacée, les initiatives de coopération se multiplient. L’adoption de la Déclaration de Dakar en février 2026 et les opérations de surveillance maritime du premier semestre illustrent une prise de conscience régionale accrue, où s’entremêlent enjeux économiques, sociaux et environnementaux.

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Un fléau aux multiples facettes

Le chiffre donne le vertige : 2,3 milliards de dollars de pertes annuelles, soit l’équivalent du budget de plusieurs États ouest-africains réunis. Derrière cette estimation, c’est toute une économie informelle et des moyens de subsistance qui sont fragilisés. La pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) siphonne les ressources halieutiques, déjà sous pression du fait de la surexploitation et du changement climatique. En Afrique de l’Ouest, où le poisson constitue une source majeure de protéines animales (jusqu’à 60 % dans certains pays), la captation illicite des poissons compromet directement la sécurité alimentaire des populations côtières et intérieures.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur s’aggrave. Les navires industriels, souvent battant pavillon de complaisance, opèrent en toute impunité dans les zones économiques exclusives (ZEE) des pays de la région, faute de moyens de surveillance suffisants. Face à ce constat, les États ouest-africains tentent de mutualiser leurs efforts, conscients qu’aucun pays ne peut, seul, endiguer le fléau. Le premier semestre 2026 a ainsi été marqué par une intensification des opérations de contrôle conjointes et un partage accru de renseignements entre les marines nationales et les agences de pêche.

La Déclaration de Dakar : une impulsion sociale inédite

L’événement marquant de cette période reste l’adoption, le 13 février 2026, de la Déclaration de Dakar contre la pêche INN. Portée par des syndicats de travailleurs de la mer, des organisations de pêcheurs et des ONG, cette déclaration dépasse le cadre technique habituellement réservé à ce type de lutte. Elle intègre une dimension sociale forte, en exigeant que les communautés de pêche artisanale – souvent les premières victimes de l’INN – soient associées à la gouvernance du secteur. Ce n’est pas un simple texte de plus : c’est une tentative de rééquilibrer un rapport de forces où les intérêts industriels et les capitaux étrangers dominent.

La déclaration appelle également à l’application effective de l’Accord sur les mesures du ressort de l’État du port (PSMA) et de la Convention 188 de l’OIT sur le travail dans la pêche. En liant lutte contre l’INN et droits des travailleurs, les signataires ouvrent une brèche dans l’approche traditionnelle, centrée sur la seule répression. Ce faisant, ils placent la question de la justice sociale au cœur du débat sur la gestion des ressources marines.

Vers une coordination régionale renforcée

Au-delà de la déclaration, les opérations de surveillance maritime se sont multipliées. Plusieurs pays ont mené des patrouilles conjointes, échangé des données satellitaires et harmonisé leurs procédures de contrôle. La Commission sous-régionale des pêches (CSRP) et la CEDEAO ont accéléré leurs travaux sur un système régional de traçabilité des captures, outil clé pour dissuader les fraudeurs. Ces initiatives s’inscrivent dans une tendance plus large de coopération sécuritaire en Afrique de l’Ouest, où le maritime devient un enjeu stratégique.

Pour autant, les défis restent immenses. Le manque de moyens techniques et financiers, la corruption dans certaines administrations portuaires et la complexité juridique des pavillons de complaisance limitent l’efficacité des actions. La Déclaration de Dakar, si elle marque une avancée symbolique, n’a pas de force contraignante. Sa mise en œuvre dépendra de la volonté politique des États et de leur capacité à financer des mécanismes de contrôle pérennes.

La lutte contre la pêche illégale en Afrique de l’Ouest illustre une tendance plus large : celle d’une région qui cherche à reprendre le contrôle de ses ressources naturelles, qu’il s’agisse de l’or, du pétrole ou des poissons. Mais au-delà des discours, c’est la capacité à transformer des déclarations en actions concrètes – et à inclure les communautés locales dans cette transformation – qui déterminera si les eaux ouest-africaines peuvent redevenir un bien commun géré durablement.