Depuis le 22 juin 2026, Lomé est le théâtre d’une rencontre régionale de cinq jours dédiée à la pêche artisanale. Organisée avec l’appui de la FAO, elle réunit les États membres du COPACE, du Comité des pêches du Centre-Ouest du golfe de Guinée et de la CEDEAO. L’objectif : évaluer les progrès dans l’aménagement des sites de débarquement, améliorer la collecte de données halieutiques et adopter un plan de travail 2026-2028. Cette initiative intervient dans un contexte où la pression sur les ressources marines et les effets du changement climatique exacerbent les tensions.

Infographie — Économie · Togo

Un secteur informel sous pression

Au Togo, la pêche est essentiellement artisanale et joue un rôle majeur dans l’économie nationale. Pourtant, le secteur souffre d’un déficit structurel de données et d’une informalité généralisée. Selon Konlani Dindiogue, représentant du ministre chargé de la Pêche, la coopération régionale est indispensable pour faire face à la pression croissante sur les ressources halieutiques, à la pêche illicite et aux conflits d’usage de l’espace maritime. Les participants à la rencontre de Lomé doivent ainsi planifier une étude sur l’industrie des aliments pour animaux à base de poisson et examiner les réponses politiques régionales.

Un contexte régional contrasté

Cette réunion s’inscrit dans un paysage régional marqué par des dynamiques contrastées. D’un côté, le Port de Lomé s’affirme comme un hub logistique avec plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises traitées en 2024, tandis que des investissements massifs dans l’énergie (barrage de Souapiti, centrales thermiques au Togo) témoignent d’une volonté de développement infrastructurel. De l’autre, la pêche artisanale, souvent négligée, révèle les fragilités de la gouvernance des ressources naturelles. L’émergence de ce dialogue régional sur la pêche, parallèlement aux initiatives comme le "Pacte d'avenir" de la CEDEAO, indique une prise de conscience : la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance côtiers ne peuvent plus être ignorés.

Des défis communs à la sous-région

Au-delà du Togo, l’ensemble de la zone COPACE fait face à une surexploitation des stocks de poissons, exacerbée par le changement climatique et la pêche illicite. La rencontre de Lomé vise à harmoniser les politiques nationales et à renforcer la collecte de statistiques, condition préalable à une gestion durable. L’adoption du plan de travail 2026-2028 du Groupe de travail sur les pêches artisanales (GTPA) constituera un jalon important pour structurer le secteur et attirer des financements.

Une réponse régionale nécessaire

La déclaration de Konlani Dindiogue souligne une réalité : face à des défis transfrontaliers (stocks de poissons, pollution, changement climatique), les solutions nationales sont insuffisantes. La coopération régionale, portée par la CEDEAO et les institutions spécialisées comme le COPACE, devient un levier essentiel. Les travaux de Lomé pourraient ainsi déboucher sur des mécanismes de surveillance partagée et des normes communes de débarquement.

Vers une meilleure intégration des politiques halieutiques

L’un des points saillants de la rencontre est l’examen des contributions des États membres et des partenaires techniques. Cela reflète une approche pragmatique, associant expertise locale et appui international (FAO). L’étude sur les aliments pour animaux à base de poisson, par exemple, vise à valoriser les déchets de la pêche et à réduire la pression sur les stocks, tout en créant des chaînes de valeur régionales.

Alors que l’Afrique de l’Ouest accélère son intégration économique via des projets comme le barrage de Souapiti ou le port de Lomé, la pêche artisanale reste un angle mort des politiques publiques. La rencontre de Lomé pourrait marquer un tournant si les engagements se traduisent en actions concrètes. Mais le chemin est long : sans données fiables ni coordination régionale, la surexploitation des ressources halieutiques continuera de menacer des millions de pêcheurs artisans et la sécurité alimentaire de la région.