La flambée du cours de l'or pousse les gouvernements ouest-africains à réclamer une part plus large de la rente minière. Au Ghana, le non-renouvellement automatique du bail de Gold Fields sur la mine de Tarkwa illustre un revirement stratégique. Si les gisements restent prometteurs, la montée des exigences fiscales et des incertitudes réglementaires fragilise la compétitivité de la région.

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Le Ghana, premier producteur d'or d'Afrique de l'Ouest, était longtemps perçu comme un sanctuaire de stabilité minière. Mais depuis la crise économique de 2023-2024, le président John Mahama a multiplié les annonces visant à augmenter la capture de valeur locale. En mai 2026, son gouvernement a confirmé qu'il ne renouvellerait pas automatiquement le bail de Gold Fields sur la mine de Tarkwa, l'une des plus grandes du pays. Une décision qui s'ajoute à une directive controversée sur la relocalisation des ressources, exigeant que les entreprises transforment une partie de la production sur place. Ces mesures, si elles répondent à une aspiration légitime de souveraineté, envoient des signaux contradictoires aux investisseurs internationaux.

Cette tendance dépasse le cadre ghanéen. En Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Mali, les gouvernements renégocient les conventions minières, imposent des taxes sur les superprofits ou exigent des participations gratuites dans les projets. La flambée du cours de l'or (au-dessus de 2 400 dollars l'once en 2025-2026) a attisé les appétits. Pourtant, ce nouvel activisme étatique coïncide avec une dégradation du climat des affaires. Selon l'indice Fraser Institute 2025, l'Afrique du Sud même a reculé au 10e rang africain, mais plusieurs pays ouest-africains ont perdu des places, pénalisés par l'instabilité réglementaire et les risques sécuritaires.

Dans ce contexte, les compagnies minières adoptent des stratégies contrastées. Certaines, comme Asante Gold, accélèrent leurs investissements : la société a annoncé viser 500 000 onces cumulées de ses mines ghanéennes Chirano et Bibiani d'ici 2028. D'autres, comme Gold Fields, choisissent de résister ou de se retirer. Le cas sud-africain est instructif : le pays n'a toujours pas finalisé son nouveau cadastre minier, pourtant promis pour juin 2025 et repoussé à mars 2027. Ce retard, dû à des difficultés techniques et à la lourdeur administrative, illustre les freins que peut rencontrer la modernisation d'un secteur.

Paradoxalement, la demande mondiale d'or reste forte, portée par les banques centrales (notamment la Banque Populaire de Chine) et l'incertitude géopolitique. L'Afrique de l'Ouest, avec ses gisements à haute teneur, pourrait bénéficier de cet appétit. Mais les investisseurs exigent désormais une visibilité juridique et fiscale que les États peinent à offrir. La décision du Ghana sur Tarkwa intervient alors que le pays cherche à restaurer sa crédibilité auprès du FMI. Un équilibre délicat.

Les signaux sont d'autant plus flous que le discours officiel varie. D'un côté, Accra veut attirer les capitaux pour redynamiser son économie – le PIB ghanéen devrait dépasser celui de la Côte d'Ivoire en 2026. De l'autre, il resserre l'étau sur les opérateurs historiques. Cette dualité risque d'encourager une approche attentiste chez les majors, tandis que des juniors plus agiles tentent de prendre le relais.

Au-delà de l'or, la région mise aussi sur les minerais critiques – lithium, terres rares – pour diversifier son attractivité. Mais le même dilemme se pose : comment concilier la captation d'une rente jugée légitime et le maintien d'un environnement stable pour les investissements ? L'échec de la modernisation du cadastre sud-africain rappelle que la technologie n'est qu'un outil : sans volonté politique et administrative, les réformes restent lettre morte.

La fièvre de l'or ouest-africain révèle une équation plus large : celle de la gouvernance des ressources naturelles dans des économies en quête de souveraineté mais dépendantes des capitaux étrangers. Entre nationalisme et pragmatisme, les États devront trouver un point d'équilibre sous peine de voir les investisseurs se tourner vers des juridictions plus prévisibles, comme le Canada ou l'Australie. Le déploiement effectif du cadastre sud-africain en 2027 servira de test grandeur nature.