Le 28 juillet 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye effectue une visite de vingt-quatre heures à Bamako, dix jours après l'embuscade qui a coûté la vie à cinquante soldats maliens sur la route d’Anéfis. Ce déplacement intervient dans un contexte de rupture politique entre le Mali et la CEDEAO, mais révèle l’épaisseur des liens sécuritaires et économiques qui continuent de lier les deux pays. Il s’inscrit par ailleurs dans une dynamique régionale : la CEDEAO, réunie le 19 juillet à Lungi, a décidé d’approfondir le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel (AES) sur un mécanisme de coopération sécuritaire.

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Une embuscade qui ouvre une fenêtre diplomatique

L’attaque du 18 juillet 2026, attribuée à une coalition de groupes indépendantistes touaregs et jihadistes, a fait cinquante morts parmi les soldats maliens. Elle rappelle la persistance des foyers d’insécurité dans le nord du Mali, où la junte peinait déjà à contrôler le territoire avant le retrait de la force Barkhane et de la MINUSMA. La riposte diplomatique de Bassirou Diomaye Faye, qui s’est rendu à Bamako le 28 juillet, envoie un signal fort : le Sénégal maintient la coopération bilatérale en dépit du divorce entre Bamako et la CEDEAO. Le colonel Assimi Goïta a obtenu des assurances en matière de partage de renseignement et de lutte contre les trafics.

L’interdépendance sécuritaire au cœur de la visite

Au-delà du symbole, les discussions à Bamako ont porté sur la sécurisation des corridors, notamment l’axe routier Bamako-Dakar, artère vitale pour le Mali enclavé. Le Sénégal, en retour, considère la stabilité malienne comme une condition de sa propre sécurité, la porosité des frontières favorisant la circulation des groupes armés. Cette double dépendance illustre une réalité que les clivages institutionnels ne parviennent pas à effacer. Selon le Global Terrorism Index 2026, 76% des attentats commis en 2025 l’ont été à moins de 100 kilomètres d’une frontière internationale, et plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde sont concentrés au Sahel.

Le dialogue CEDEAO-AES, prolongement nécessaire

La visite de Faye intervient alors que la CEDEAO, réunie en session ordinaire à Lungi le 19 juillet, a décidé de renforcer le dialogue sécuritaire avec l’AES. Les trois États sahéliens (Mali, Burkina Faso, Niger) ont officialisé leur retrait de la CEDEAO en janvier 2025, mais l’organisation ouest-africaine choisit désormais de négocier avec eux comme un bloc, tout en évitant les accords séparés qui affaibliraient sa cohésion. Aucun calendrier précis n’a été arrêté, mais le communiqué final s’inscrit dans la continuité des discussions amorcées à Accra en janvier 2026, où un cadre permanent de partage du renseignement et de poursuites transfrontalières avait été évoqué.

Les limites d’une séparation politique

Le divorce politique entre l’AES et la CEDEAO n’a pas rompu les flux économiques. Le Mali continue d’importer par le port de Dakar une part essentielle de ses produits énergétiques et alimentaires, et le Sénégal tire profit de cette circulation. Les circuits terroristes empruntent eux aussi ces couloirs, s’approvisionnant en armes, motos, carburant ou drones au gré des marchés régionaux. La Force unifiée de l’AES et la Brigade antiterroriste de la CEDEAO restent pour l’heure déconnectées, créant des angles morts que les groupes armés exploitent. La visite de Faye à Bamako confirme que la coopération bilatérale peut contourner les blocages institutionnels, mais elle souligne aussi le besoin d’une coordination à l’échelle de l’espace CEDEAO-AES.

La visite de Bassirou Diomaye Faye à Bamako et les discussions à Lungi dessinent une géographie mouvante où les impératifs sécuritaires et économiques transcendent les fractures politiques. Reste à savoir si la construction d’un mécanisme de coopération CEDEAO-AES pourra s’affranchir des rivalités institutionnelles et répondre à l’urgence d’une menace terroriste qui, elle, ne connaît pas de frontières.