Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s'est rendu à Bamako le 28 juillet 2026, une première pour un chef d'État de la CEDEAO depuis le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l'organisation régionale. Cette visite, qui intervient neuf jours après sa prise de fonction à la tête de la CEDEAO, vise à amorcer une normalisation des relations tout en adressant les défis sécuritaires et économiques qui fracturent l'Afrique de l'Ouest.
Visite Diomaye Faye à Bamako : la CEDEAO à l'épreuve de la normalisation avec l’AES
Le président sénégalais, nouveau président de la CEDEAO, se rend au Mali pour amorcer un dialogue inédit depuis le retrait des trois pays sahéliens.
Chronologie du divorce et de la normalisation
L’AES dote son institution financière d’un capital équivalent à près de 762 millions d’euros, marquant sa détermination à bâtir une architecture économique autonome.
Les forces en présence
Contexte économique du Sénégal (données vérifiées)
Ces indicateurs pèsent sur la marge de manœuvre du président Faye dans ses négociations régionales.
Les 3 défis de la normalisation
Sécurité régionale
Recrudescence des menaces djihadistes et coordination des opérations militaires entre CEDEAO et AES.
Intégration économique
Banque confédérale AES (500 milliards FCFA) et passeports AES : des institutions parallèles qui concurrencent la CEDEAO.
Souveraineté monétaire
Le franc CFA et la BCEAO au cœur des tensions : l’AES pourrait accélérer la création d’une monnaie commune.
Un geste diplomatique inédit
En se rendant au palais de Koulouba pour rencontrer le général Assimi Goïta, Bassirou Diomaye Faye brise un tabou. Depuis l'annonce du retrait des trois pays sahéliens en janvier 2024, aucun dirigeant de la CEDEAO n'avait effectué de visite officielle dans l'un des États membres de l'Alliance des États du Sahel (AES). Cette rencontre symbolise une volonté de renouer le dialogue, mais elle intervient dans un contexte où les positions se sont durcies. L'AES a multiplié les initiatives d'intégration parallèle : la Banque confédérale pour l'investissement et le développement, dotée d'un capital initial de 500 milliards FCFA, a été officiellement lancée en mai 2026, tandis que les passeports AES circulent depuis janvier 2025. Ces réalisations concrètes témoignent de la détermination des trois États à construire une alternative crédible à la CEDEAO.
Les enjeux sécuritaires au premier plan
La visite de Faye a été motivée en partie par une recrudescence des attaques terroristes au Mali. Le président sénégalais a exprimé la solidarité de Dakar, un geste qui tranche avec les accusations récurrentes de la junte malienne envers ses voisins. Cependant, la question des partenaires étrangers reste épineuse. Le Burkina Faso a récemment finalisé un accord de 81 millions de dollars avec le FMI, un signe que les pays de l'AES continuent de recourir aux institutions financières internationales malgré leur discours de souveraineté. Parallèlement, le Maroc émerge comme un acteur clé pour l'AES, formant chaque année plus de 20 000 étudiants africains, ce qui pourrait redessiner les alliances éducatives et économiques. La normalisation des relations avec la CEDEAO devra composer avec ces partenariats multiples.
Le dossier commercial et la libre circulation
Économiquement, la scission pose un défi majeur. Les échanges entre le Sénégal et le Mali, estimés à plusieurs centaines de milliards de FCFA par an, sont perturbés par les fermetures de frontières et les tensions politiques. La CEDEAO avait imposé des sanctions économiques sévères après les coups d'État, partiellement levées depuis. Mais l'AES a instauré ses propres mécanismes de coopération douanière, rendant la réintégration complexe. La visite de Faye ouvre la perspective d'un corridor commercial sécurisé, mais aucune feuille de route concrète n'a été annoncée. Les discussions ont également porté sur les défis humanitaires, alors que la région fait face à une inflation alimentaire et à des déplacements massifs de populations.
Les limites d'une normalisation rapide
Malgré les gestes d'apaisement, des obstacles structurels demeurent. La CEDEAO insiste sur le respect de ses principes démocratiques et de ses traités, tandis que l'AES revendique une souveraineté intransigeante. Le projet de monnaie commune évoqué par certains dirigeants de l'AES, bien que non encore concrétisé, heurte de front l'engagement de la CEDEAO envers le Franc CFA. Par ailleurs, la visite de Faye, bien qu'historique, reste une initiative individuelle du Sénégal ; elle ne lie pas les quatorze autres États membres de la CEDEAO. Le Nigeria, poids lourd de l'organisation, n'a pas encore manifesté d'ouverture similaire. La normalisation sera donc un processus long et incertain.
Au-delà des symboles, la visite de Bassirou Diomaye Faye à Bamako reflète une recomposition plus large des équilibres régionaux. Alors que l'AES consolide ses propres institutions et que la CEDEAO cherche à préserver son unité, l'avenir de la coopération ouest-africaine dépendra de la capacité des deux blocs à concilier souveraineté et intégration. Un dialogue technique sur les infrastructures, la monnaie et la libre circulation pourrait ouvrir la voie, mais les divergences fondamentales sur les modèles politiques et les alliances internationales restent des points de friction majeurs.