Depuis cinq ans, le président Assimi Goïta dirige la transition malienne dans un climat sécuritaire tendu. Pourtant, des observateurs locaux jugent son bilan économique satisfaisant, notamment grâce à la réforme du secteur minier. Ce constat interroge la capacité des régimes de transition à concilier stabilité et développement dans un pays enclavé d'Afrique de l'Ouest.

Infographie — Économie · Mali

Alors que la transition entamée en 2021 devait être brève, le Mali vient de franchir un cap de cinq années de pouvoir pour Assimi Goïta. Durant cette période, de nombreuses voix, y compris au sein de la communauté internationale, prédisaient un effondrement rapide du régime. Pourtant, comme le souligne l'analyste politique Nouhoum Keïta, « depuis cinq ans on nous prédit d’être à genou », et force est de constater que le pays tient bon, malgré une pression djihadiste persistante sur une grande partie de son territoire.

Le cœur de la stratégie économique de la transition repose sur la refonte du code minier. Adopté en 2023, ce nouveau cadre juridique a relevé la part de l’État dans l’exploitation des ressources : la taxe sur les mines est passée de 15 % à 35 %. Selon Hamadi Dicko, leader d’opinion, cette mesure a permis de « gagner une taxe de 35 % », augmentant significativement les recettes publiques. Dans un pays où l’or représente plus de 70 % des exportations, cette réforme est un levier majeur pour financer les infrastructures et les services de base.

Cette hausse des recettes s’accompagne d’une volonté de redistribution territoriale. Tout récemment, plus de huit milliards de francs CFA ont été alloués aux collectivités dans le cadre de la justice territoriale, un montant destiné à soutenir le développement local. Cette démarche vise à corriger les déséquilibres historiques entre Bamako et l’intérieur du pays, tout en renforçant la légitimité de l’État auprès des populations rurales, souvent les premières touchées par l’insécurité.

La réforme minière au cœur du bilan

La nouvelle politique minière malienne s’inscrit dans une tendance régionale de renégociation des contrats avec les multinationales. Au Burkina Faso et au Niger, des réflexions similaires sont en cours, tandis que la Guinée voisine a lancé un programme de formation d’ingénieurs autour du barrage de Souapiti pour mieux valoriser ses ressources. Le Mali, bien qu’enclavé, cherche à capter une plus grande part de valeur ajoutée de son sous-sol, un enjeu de souveraineté économique partagé par plusieurs États de la CEDEAO.

Cependant, les défis sécuritaires restent prégnants. Les zones aurifères du nord et de l’est du pays sont régulièrement la cible d’attaques, perturbant l’activité minière industrielle et artisanale. La résilience mise en avant par les analystes locaux ne doit pas masquer la fragilité du modèle : sans une stabilisation durable, les recettes issues des mines pourraient stagner, voire décliner. De plus, la diversification économique, souvent évoquée, tarde à se concrétiser au-delà du secteur extractif.

La période de transition a aussi été marquée par des tensions avec les partenaires traditionnels, notamment la France et la CEDEAO. Les sanctions économiques de 2022 ont fragilisé l’économie malienne, mais le pays a su trouver de nouveaux appuis, notamment auprès de la Russie et de la Turquie. Ce réalignement géopolitique a permis de maintenir un flux d’investissements dans les infrastructures et la défense, mais il expose également le Mali à une dépendance accrue vis-à-vis de puissances non occidentales.

Perspectives régionales et questions ouvertes

Le bilan d’Assimi Goïta, tel que présenté par ses partisans, met en avant une augmentation des ressources publiques et une meilleure justice territoriale. Mais au-delà des chiffres, c’est la pérennité de ces acquis qui interroge. La transition n’a toujours pas abouti à des élections, et l’horizon politique reste flou. Dans un contexte ouest-africain où plusieurs pays connaissent des transitions prolongées (Burkina Faso, Niger), le Mali fait figure de laboratoire pour un modèle de développement fondé sur la souveraineté minière et le rejet des conditionnalités extérieures.

La réussite économique de cette transition dépendra de sa capacité à surmonter l’insécurité et à diversifier son économie au-delà de l’or. Alors que la CEDEAO cherche à renforcer l’intégration régionale, le cas malien montre que la souveraineté économique peut être un moteur de légitimité politique, même dans des périodes mouvementées.