Alors que le colonel Assimi Goïta a été décoré de la Grand-Croix de l'Ordre national du Mali lors de son investiture, l'économie malienne reste confrontée à des défis structurels. La suspension des vols d'Air France vers Bamako illustre les tensions diplomatiques persistantes. Entre reprise de la production aurifère et sanctions assouplies, quel équilibre pour le pays ?

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L'investiture du colonel Assimi Goïta, le 21 juin 2026, marque un tournant politique pour le Mali. La cérémonie, ponctuée par la remise de la Grand-Croix de l'Ordre national, symbolise la consolidation du pouvoir militaire après des années de transition chaotique. Mais sur le plan économique, les signaux sont contrastés. Le secteur minier, pilier des exportations, semble reprendre son souffle avec les mines de Fekola et Loulo qui maintiennent leur production. Pourtant, les flux d'investissements étrangers restent freinés par l'instabilité sécuritaire et les contentieux avec les partenaires traditionnels.

La décision d'Air France de maintenir la suspension de ses vols vers Bamako, trois ans après le début du bras de fer diplomatique entre les juntes sahéliennes et Paris, illustre la méfiance persistante des opérateurs économiques. Cette absence de liaison directe pénalise le commerce et le tourisme d'affaires, secteurs déjà sinistrés. Les compagnies aériennes africaines, notamment Ethiopian Airlines et Royal Air Maroc, ont partiellement comblé le vide, mais les coûts de transport restent élevés, renchérissant les importations.

Dans ce contexte, le Mali cherche à diversifier ses partenaires. La Russie, via le groupe Wagner, et la Chine sont devenues des acteurs incontournables, notamment dans le secteur minier. La mine d'or de Fekola, exploitée par la canadienne B2Gold, a vu sa production augmenter, mais les incertitudes juridiques sur le nouveau code minier adopté en 2023 pèsent sur les investissements futurs. Les compagnies étrangères réclament des garanties sur la stabilité des contrats et la fiscalité.

Sur le plan macroéconomique, le Mali bénéficie d'un répit grâce à la levée partielle des sanctions de la CEDEAO. La réintégration du pays dans les circuits financiers régionaux a permis de réduire les tensions sur les réserves de change. Cependant, la dette publique, estimée à près de 60 % du PIB, reste préoccupante. Le FMI et la Banque mondiale conditionnent leur appui à des réformes structurelles que les autorités peinent à mettre en œuvre.

L'inflation, bien que redescendue sous la barre des 5 % en 2026, continue de peser sur le pouvoir d'achat des ménages. Les prix des denrées alimentaires importées, notamment le riz et le blé, restent volatils en raison des perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales. La production agricole locale, elle, souffre des aléas climatiques et de l'insécurité dans les zones rurales.

La question de la réouverture de l'espace aérien avec la France et d'autres pays européens est devenue un enjeu diplomatique et économique. Une normalisation des relations pourrait débloquer des financements et des investissements, mais elle se heurte à la ligne dure des autorités maliennes, qui exigent des concessions politiques.

Paradoxalement, l'afflux d'or artisanal via le Niger et le Burkina Faso, favorisé par l'absence de contrôle rigoureux, constitue une fuite de devises pour l'État. Les autorités tentent de formaliser ce secteur, mais les réseaux parallèles restent puissants.

L'économie malienne se trouve à la croisée des chemins. La consolidation politique pourrait attirer des investissements, mais les tensions avec les partenaires traditionnels et la dépendance aux ressources extractives limitent les marges de manœuvre. À l'échelle régionale, le Mali illustre les contradictions des juntes sahéliennes : souveraineté affichée et nécessité de coopération économique. Les prochains mois diront si le pays parvient à concilier indépendance politique et développement durable.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 4.9% (FMI)