Vendredi, Macky Sall foulera le sol sénégalais pour la première fois depuis son départ du pouvoir en 2024. Cette visite intervient dans un contexte lourd : la Cour des comptes a révélé que son gouvernement avait dissimulé environ 7 milliards de dollars d'emprunts, un montant réévalué à 13 milliards par S&P Global Ratings, soit un quart du PIB sénégalais. L'ancien chef de l'État, candidat déclaré au poste de secrétaire général des Nations unies, doit rencontrer le président Bassirou Diomaye Faye avant de repartir aussitôt.

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Le retour d'un ancien président sous le poids des révélations

La visite de Macky Sall au Sénégal n'est pas une simple étape de campagne onusienne. Elle marque un face-à-face inédit avec les conséquences de son propre héritage économique. Depuis son départ, la transparence des finances publiques sénégalaises s'est imposée comme un enjeu majeur. La sous-évaluation systématique de la dette et du déficit, révélée par la Cour des comptes et confirmée par des agences comme S&P, a profondément ébranlé la crédibilité du pays auprès des investisseurs internationaux. Les 13 milliards de dollars de dettes non déclarées – un montant équivalent à 25 % du PIB – pèsent aujourd'hui sur la marge de manœuvre budgétaire du nouveau gouvernement.

Cette situation intervient alors que le Sénégal vient d'entrer dans une nouvelle ère énergétique. Le gisement de Sangomar, premier projet pétrolier offshore du pays, a démarré sa production en 2024, suivi par le gaz du Grand Tortue Ahmeyim. Ces ressources, longtemps présentées comme un levier de développement, doivent désormais composer avec un endettement colossal hérité de l'ère Sall. La gestion des futures recettes pétrolières et gazières sera scrutée de près, d'autant que les révélations sur la dette cachée ont réveillé les suspicions sur la gouvernance des ressources extractives.

Une candidature qui cristallise les tensions régionales

La candidature de Macky Sall à la succession d'Antonio Guterres ajoute une dimension géopolitique à ce retour. En lice pour devenir le troisième Africain secrétaire général de l'ONU, après Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan, il doit composer avec un bilan intérieur contesté. Sa tentative avortée de reporter l'élection présidentielle de 2024, qui avait provoqué des manifestations meurtrières, reste une tache dans son parcours. Le contraste entre ses ambitions internationales et les scandales financiers domestiques interroge sur la perception de l'Afrique dans les instances multilatérales.

Dans l'espace CEDEAO et UEMOA, cette situation n'est pas isolée. Plusieurs pays de la région connaissent des recompositions politiques post-électorales, tandis que les défis de transparence budgétaire et de gestion de la rente se posent avec acuité. Le Sénégal, longtemps perçu comme un havre de stabilité démocratique en Afrique de l'Ouest, voit son image écornée. La visite de Macky Sall, aussi brève soit-elle, relance le débat sur la responsabilité des anciens dirigeants et sur la capacité des institutions à garantir une alternance transparente.

Au-delà du cas personnel de Macky Sall, ce retour met en lumière une question plus large : comment concilier ambition internationale et redevabilité nationale ? Dans une région où les transitions politiques s'accélèrent, la gestion des héritages économiques – dettes cachées, ressources extractives – deviendra un test central pour la crédibilité des États ouest-africains sur la scène mondiale.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)