Interpellé sur l'existence d'une dette cachée, le ministre des Finances sénégalais Mamadou Faye a choisi de renvoyer les parlementaires au rapport de la Cour des comptes. Cette esquive intervient alors que le Sénégal, privé d'accès aux euro-obligations depuis la révision budgétaire de 2024, s'est recentré sur le marché régional de l'UEMOA. Elle révèle les fragilités d'une gestion budgétaire sous pression, entre impératifs de transparence et échéances électorales.
Dette cachée au Sénégal : le rapport de la Cour des comptes comme bouclier politique
Interpellé sur l'existence d'une dette cachée, le ministre des Finances Mamadou Faye renvoie les députés au rapport de la Cour des comptes. Une esquive qui révèle les fragilités d'une gestion budgétaire sous pression, entre impératifs de transparence et échéances électorales.
Selon les estimations parlementaires, près de 60 % des engagements hors bilan évoqués lors des révisions budgétaires de 2024 n'auraient pas été déclarés à la Cour des comptes. Le ministre des Finances n'a ni confirmé ni infirmé ce chiffre.
Révision budgétaire : premières révélations d'engagements non comptabilisés. Le Sénégal perd l'accès aux euro-obligations.
Le ministre Mamadou Faye renvoie les députés au rapport de la Cour des comptes. Aucun démenti sur la dette cachée.
Échéances électorales majeures. La transparence budgétaire devient un enjeu politique central.
Le ministre renvoie au rapport de la Cour des comptes sans confirmer ni infirmer l'existence d'une dette cachée.
Depuis 2024, le Sénégal n'a plus accès aux euro-obligations et se recentre sur le marché régional UEMOA.
La transparence budgétaire devient un enjeu politique majeur à l'approche des scrutins.
« Je renvoie les honorables députés au rapport de la Cour des comptes. »
Une réponse laconique qui, loin d'apaiser les doutes, confirme que le sujet reste un point névralgique de la politique budgétaire sénégalaise.
Le 18 juin 2026, lors d'une séance à l'Assemblée nationale, le ministre des Finances Mamadou Faye a été sommé de s'expliquer sur les accusations de dette cachée qui planent sur le Sénégal depuis la révélation des révisions budgétaires de 2024. Sa réponse, laconique, a consisté à renvoyer les députés au rapport de la Cour des comptes, sans apporter de démenti ni de clarification. Ce geste, loin d'apaiser les doutes, confirme que le sujet reste un point névralgique de la politique budgétaire sénégalaise.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte régional marqué par une pression accrue sur les finances publiques ouest-africaines. Le mois dernier, le Ghana annonçait la conclusion de son programme avec le FMI, signe d'une sortie de crise pour son voisin anglophone. Mais dans le même temps, le Congo-Brazzaville sollicitait un nouveau programme auprès de l'institution, illustrant la persistance des déséquilibres dans la zone franc. Le Sénégal, lui, oscille entre ces deux extrêmes.
Depuis la découverte des révisions budgétaires de 2024, qui avaient gonflé artificiellement les recettes, le Sénégal s'est vu fermer l'accès aux marchés internationaux de capitaux. Pour financer son déficit, il s'est rabattu sur le marché des titres publics de l'UEMOA, transformé en soupape de sécurité. Cette dépendance accrue au marché régional, certes moins coûteuse que les euro-obligations, expose le pays aux contraintes de liquidité de la zone et réduit sa marge de manœuvre.
Un débat qui dépasse la simple transparence
La notion de dette cachée ne se limite pas à un problème technique. Elle touche à la crédibilité même de l'État sénégalais. En renvoyant au rapport de la Cour des comptes – dont la publication est attendue mais non datée – Mamadou Faye prend le risque d'alimenter la suspicion. Dans un environnement où la confiance des investisseurs est déjà ébranlée, cette absence de réponse franche pourrait compromettre le retour du Sénégal sur les marchés internationaux.
Le spectre des élections de 2027
L'année 2026 est une année pré-électorale au Sénégal, et la dette devient un enjeu politique central. L'opposition pourrait instrumentaliser ces accusations pour fragiliser le gouvernement. Le ministre, en esquivant, cherche peut-être à éviter de fournir des munitions à ses adversaires. Mais cette stratégie comporte un risque : celui de voir la défiance s'installer durablement.
La comparaison avec d'autres pays de la zone UEMOA est instructive. La Côte d'Ivoire, dont la dette publique dépasse également les 60 % du PIB, parvient à maintenir un accès aux marchés grâce à une communication jugée plus transparente. Le Sénégal, lui, paie le prix d'une révision budgétaire qui a ébranlé les certitudes.
Un test pour la gouvernance économique régionale
Au-delà du cas sénégalais, cette affaire interroge la qualité de la surveillance budgétaire au sein de l'UEMOA. La Commission bancaire de l'UMOA et la BCEAO ont renforcé leurs contrôles, mais les écarts de reporting persistent. Le Sénégal n'est pas le seul pays à connaître des difficultés : le Mali et le Niger, sous sanctions, voient leur espace budgétaire se réduire. Mais la taille de l'économie sénégalaise en fait un baromètre pour toute la région.
Le renvoi au rapport de la Cour des comptes par Mamadou Faye n'est qu'un épisode de plus dans la saga de la dette sénégalaise. Il pose une question fondamentale : comment concilier la transparence exigée par les marchés et la prudence politique en période pré-électorale ? La réponse, quelle qu'elle soit, aura des répercussions au-delà des frontières sénégalaises, dans une UEMOA où la confiance est un bien aussi précieux que rare.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)