La deuxième édition de BuildExpo s’est ouverte mardi 9 juin 2026 au Parc des expositions d’Abidjan, autour d’un thème qui en dit long sur les priorités du gouvernement ivoirien : « La politique d’industrialisation des matériaux de construction et la construction massive de logements en Côte d’Ivoire ». Le conseiller technique Kouadio Pokou Marius, représentant le ministre de l’Urbanisme, a résumé l’enjeu par une formule sans détour : il ne peut y avoir de construction massive et durable sans une industrie nationale forte des matériaux. Cette déclaration intervient dans un contexte où le déficit de logements se chiffre à plusieurs centaines de milliers d’unités et où la dépendance aux importations pèse sur les coûts et les délais.
Logement : l’industrie des matériaux au cœur du pari
« Il ne peut y avoir de construction massive et durable sans une industrie nationale forte des matériaux. » — Kouadio Pokou Marius, conseiller technique
« La politique d’industrialisation des matériaux de construction et la construction massive de logements »
Thème officiel de BuildExpo 2026 — Parc des expositions d’Abidjan
du prix d’un logement standard
provient des matériaux importés (ciment, acier, toiture, équipements sanitaires)
Population urbaine
+3 %croissance annuelle
pression immobilière croissante
Déficit de logements
~600 000unités estimées
source : ministère de l’Urbanisme
Levier structurel : industrialisation
EN BREF
Plusieurs unités industrielles existent déjà (cimenteries, tuileries, menuiseries métalliques) mais leur capacité reste insuffisante face à la demande. Le gouvernement mise sur l’industrialisation pour stabiliser les coûts et accélérer la construction massive de logements.
Le défi du logement, une équation à plusieurs inconnues
Avec une population urbaine qui croît de plus de 3 % par an, la Côte d’Ivoire est confrontée à une pression immobilière croissante. Le gouvernement a multiplié les programmes de logements sociaux et économiques, mais bute sur un obstacle récurrent : le coût élevé des matériaux de construction, majoritairement importés. Le ciment, l’acier, la toiture, les équipements sanitaires représentent près de 60 % du prix d’un logement standard. Or, les variations des cours mondiaux et les difficultés logistiques renchérissent encore ces intrants, rendant les logements inaccessibles pour une grande partie de la population.
L’industrialisation comme levier structurel
Kouadio Marius insiste sur un point : la solution ne viendra pas d’une simple augmentation des importations, mais d’une montée en puissance de la production locale. Plusieurs unités industrielles existent déjà — cimenteries, tuileries, menuiseries métalliques — mais leur capacité reste insuffisante pour couvrir la demande. Le gouvernement ivoirien a inscrit la filière des matériaux de construction dans son Plan national de développement (PND) 2021-2025 et prévoit la création de zones industrielles dédiées. BuildExpo, organisé par Atlm Expo, vise justement à mettre en relation les industriels, les promoteurs et les autorités pour accélérer ces investissements.
Un rendez-vous dans un contexte régional en mouvement
Cette deuxième édition de BuildExpo se tient quelques semaines après des événements majeurs dans la sous-région. Le Ghana a officialisé la conclusion de son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, ce qui pourrait libérer des marges de manœuvre budgétaires pour des projets d’infrastructures, mais aussi attirer des investisseurs privés dans le logement. La Côte d’Ivoire, de son côté, a multiplié les efforts diplomatiques pour se positionner comme destination privilégiée des investissements, comme en témoigne l’Africa CEO Forum à Kigali où le Premier ministre Beugré Mambé a invité les opérateurs économiques à miser sur le pays. Dans ce cadre, la question des matériaux de construction devient stratégique : produire localement permet non seulement de réduire les coûts, mais aussi de créer des emplois et de limiter la vulnérabilité aux chocs extérieurs.
Industrialisation et qualité : un équilibre à trouver
Le conseiller technique a également souligné l’importance de la « construction durable ». L’industrialisation ne doit pas se faire au détriment de la qualité et de la résilience climatique. Les matériaux locaux doivent répondre aux normes parasismiques et thermiques, un enjeu d’autant plus crucial que les épisodes de chaleur extrême se multiplient en Afrique de l’Ouest. Plusieurs entreprises ivoiriennes travaillent sur des briques en terre cuite améliorées, des blocs de ciment allégés ou des toitures isolantes, mais leur diffusion reste limitée faute de standards et de certification.
Le rôle des salons professionnels dans la dynamique sectorielle
BuildExpo n’est pas un simple salon commercial : il sert de plateforme de plaidoyer pour faire évoluer les politiques publiques. En réunissant constructeurs, industriels, banquiers et décideurs, il permet de confronter les visions et de lever les blocages. La présence d’un représentant du ministère montre que l’État entend accompagner cette mutation. Reste à savoir si les annonces se traduiront par des investissements concrets dans des usines, des centres de formation et des lignes de crédit adaptées aux PME du secteur.
La conviction exprimée par Kouadio Marius lors de BuildExpo 2026 — pas de logement massif sans industrie locale des matériaux — reflète une prise de conscience qui dépasse les frontières ivoiriennes. Dans une région ouest-africaine où la croissance démographique et l’urbanisation galopante posent la question du modèle de développement urbain, la capacité des États à bâtir une filière intégrée de la construction déterminera en grande partie leur capacité à loger leur population. L’enjeu n’est pas seulement économique : il est aussi social, environnemental et même politique, tant le logement conditionne la stabilité et l’inclusion. La Côte d’Ivoire, avec BuildExpo, montre qu’elle a identifié le problème. Reste à savoir si elle parviendra à transformer l’essai.
Données de référence : Inflation : 0.1% (FMI)