Le vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, s’est rendu à Korhogo le 11 juillet 2026 pour une mission d’évaluation du Projet de connectivité inclusive et d’infrastructures rurales (PCR-CR). Cette visite, loin d’être anodine, intervient alors que l’institution cherche à mesurer l’impact concret de ses investissements dans les zones vulnérables, après une séquence marquée par des réformes macroéconomiques et des initiatives régionales. Elle offre un éclairage sur les nouvelles approches de la Banque en matière de développement territorial en Afrique de l’Ouest.

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

La visite de Diagana dans le nord ivoirien s’inscrit dans une temporalité bien particulière. Depuis mai 2026, plusieurs signaux indiquent un repositionnement des bailleurs de fonds dans la région : la conclusion du programme FMI au Ghana, la feuille de route adoptée à Lagos pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, ou encore les annonces de financement en devise locale de la Banque mondiale pour l’UEMOA. Ces éléments dessinent un contexte où l’accent est mis sur la consolidation des acquis macroéconomiques et sur l’efficacité terrain des projets.

Le PCR-CR, ciblant les régions les plus vulnérables de Côte d’Ivoire, symbolise ce virage. Alors que les réformes macroéconomiques (resserrement monétaire, rationalisation des dépenses) ont permis une reprise de la croissance dans plusieurs pays de l’UEMOA, la question de la réduction des inégalités territoriales reste centrale. Korhogo, dans le nord du pays, est un laboratoire : améliorer la connectivité rurale, c’est favoriser l’accès aux marchés, aux services sociaux et aux opportunités économiques, tout en renforçant la résilience face aux chocs.

Une évaluation au plus près du terrain

Diagana n’a pas limité sa mission à des réunions techniques. Il est allé à la rencontre des bénéficiaires, échangeant avec eux sur les changements concrets apportés par le projet. Cette démarche participative reflète une évolution dans la méthode de la Banque mondiale : après des décennies d’approches verticales, l’institution privilégie désormais l’écoute des communautés pour ajuster ses programmes. C’est aussi un moyen de vérifier que les investissements massifs dans les infrastructures – comme les 4 000 kilomètres de lignes haute tension du WAPP – produisent des effets tangibles au niveau local.

Le choix du nord ivoirien n’est pas anodin. Cette région, frontalière du Mali et du Burkina Faso, subit les conséquences de l’insécurité régionale et des déplacements de populations. En y concentrant des projets de connectivité, la Banque mondiale cherche à atténuer les fragilités structurelles qui alimentent les crises. Le PCR-CR s’inscrit ainsi dans une logique de prévention, en offrant des alternatives économiques aux populations vulnérables.

Connexions avec les dynamiques régionales

Parallèlement, la visite de Diagana fait écho aux initiatives de financement en monnaie locale annoncées par la Banque pour l’UEMOA. En facilitant l’accès au crédit en CFA, l’institution entend soutenir le secteur privé et l’emploi, tout en réduisant la dépendance aux devises étrangères. Or, la connectivité rurale est un levier essentiel pour que ces financements profitent aux petites et moyennes entreprises des zones reculées. L’évaluation à Korhogo permettra de calibrer ces mécanismes.

Enfin, cette mission s’inscrit dans la continuité de la réunion de Lagos des 12 et 13 mai 2026, où dirigeants et partenaires ont élaboré une feuille de route pour l’intégration régionale. Le PCR-CR, en reliant des zones enclavées, contribue à cette vision. Mais il soulève aussi des questions sur la capacité des États à entretenir ces infrastructures et à les articuler avec les politiques nationales.

La visite de Diagana à Korhogo n’est pas seulement une étape de suivi de projet. Elle illustre la manière dont les institutions financières internationales adaptent leurs interventions aux réalités locales, dans un contexte de fragilité persistante. Alors que l’Afrique de l’Ouest cherche à consolider sa reprise économique et à relever ses défis sécuritaires, l’évaluation de l’impact des projets de connectivité rurale pourrait bien devenir un indicateur clé de la réussite des stratégies de développement.