Le 10 juillet 2026, Ousmane Diagana, vice-président régional de la Banque mondiale pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, effectuait une visite de terrain à Korhogo pour évaluer le Programme des Filets Sociaux Productifs (PFSP) en Côte d'Ivoire. Quelques jours plus tôt, l'Agence nationale de la statistique sénégalaise (ANSD) publiait des données montrant une baisse de 8,2% des exportations du pays en mai 2026 par rapport au mois précédent, principalement due à un effondrement des ventes d'or non monétaire. Ces deux actualités, bien que distinctes, illustrent les ajustements en cours dans les stratégies de développement soutenues par l'institution de Bretton Woods dans la région.

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Exportations sénégalaises : une volatilité persistante

En mai 2026, les exportations du Sénégal se sont établies à 502,8 milliards de FCFA, contre 547,7 milliards en avril, soit un repli de 8,2%. Ce recul est largement imputable à la chute des ventes d'or non monétaire, passées de 144,3 à 59,6 milliards de FCFA, une variation brutale qui rappelle la dépendance du pays aux matières premières. Les cigarettes (-7,9 milliards), le gaz naturel liquéfié (-6 milliards) et les légumes frais (-4 milliards) ont également contribué au recul. En revanche, les exportations de pétrole brut ont bondi de 138,5 à 208,8 milliards de FCFA, limitant l'impact négatif. En glissement annuel, les exportations de mai 2026 progressent de 7,1% par rapport à mai 2025, et le cumul des cinq premiers mois affiche une hausse de 13,1% (2 629,6 milliards contre 2 325,7 milliards). Cette volatilité mensuelle révèle la vulnérabilité de l'économie sénégalaise aux fluctuations des cours et des volumes, un défi structurel que les réformes macroéconomiques engagées dans l'UEMOA n'ont pas encore résorbé.

Filets sociaux ivoiriens : un investissement dans le capital humain

Dans le même temps, la Banque mondiale met en avant les résultats du PFSP en Côte d'Ivoire, un programme qui octroie 36 000 FCFA par trimestre pendant trois ans aux ménages les plus vulnérables, identifiés via le Registre Social Unique. À Korhogo, le vice-président Diagana a rencontré deux Associations de Valorisation de l'Entraide Communautaire (AVEC), Chigata et Bèhègnon, qui ont respectivement constitué une épargne de 3,5 et 4,5 millions de FCFA. Un ancien bénéficiaire a utilisé les transferts et les formations pour lancer un élevage de poulets parallèlement à une petite boutique. Ce modèle vise à autonomiser les bénéficiaires au-delà du simple transfert, en développant une culture d'épargne et d'investissement. Il s'inscrit dans une tendance plus large observée dans la région, où les institutions financières internationales privilégient les filets sociaux comme outil de résilience face aux chocs.

Ces deux actualités reflètent des priorités complémentaires mais potentiellement divergentes. D'un côté, le Sénégal mise sur ses ressources extractives pour soutenir sa croissance, comme en témoigne la hausse des exportations de pétrole brut, mais subit les aléas du marché. De l'autre, la Côte d'Ivoire investit dans le capital humain, un pari sur le long terme dont les premiers résultats sont jugés encourageants par la Banque mondiale. Cette dernière semble ainsi ajuster son approche régionale, en s'appuyant sur les réformes macroéconomiques saluées plus tôt dans l'année par le FMI et la Banque mondiale (resserrement monétaire, rationalisation budgétaire) tout en misant sur des programmes ciblés pour réduire la vulnérabilité. La visite de Diagana, couplée aux chiffres sénégalais, pose la question de l'équilibre entre croissance tirée par les exportations et développement inclusif dans un contexte de prix des matières premières instables.

Alors que l'Afrique de l'Ouest s'engage dans une phase de reconstruction productive, comme le soulignait le Caucus des gouverneurs africains en juillet 2026, ces deux exemples montrent que les stratégies nationales et les appuis extérieurs doivent conjuguer performance macroéconomique et protection sociale. La Banque mondiale, par son double signal – maintenir une pression sur les réformes structurelles tout en célébrant l'impact local des filets sociaux – semble reconnaître que la résilience ne se décrète pas, elle se construit à différentes échelles.