Le 17 juin 2026, le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah a inauguré ODHAV PHARMA, troisième usine pharmaceutique en trois mois dans le pays. Cette accélération s’inscrit dans une stratégie de souveraineté sanitaire portée par le président Mamadi Doumbouya, en lien avec le programme Simandou 2040. Elle traduit une ambition plus large de réduction de la dépendance aux importations, dans un contexte ouest-africain marqué par des tensions sanitaires et géopolitiques.

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L’inauguration d’ODHAV PHARMA dans la sous-préfecture de Wassou, à Dubréka, confirme une dynamique industrielle inédite en Guinée. Avec une capacité de 6 000 flacons injectables, 15 000 comprimés et 5 000 flacons de sirop par heure, cette unité se positionne parmi les plus performantes de la sous-région. Elle fait suite à MEDNEX-AFRICA et DB Pharmaceutical, inaugurées respectivement en avril et mai 2026. Soit trois usines en quatre-vingt-dix jours. Un rythme que peu de pays d’Afrique de l’Ouest ont connu, à l’exception récente du Sénégal et du Ghana.

Cette effervescence industrielle n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à une vision politique claire, formulée dès le discours de refondation du général Doumbouya le 5 septembre 2021. Le plan Simandou 2040, qui devait initialement structurer l’exploitation minière et les infrastructures, intègre désormais un volet sanitaire et industriel. La ministre de la Santé, Khaïté Sall, a rappelé que cette initiative s’inscrit dans ce cadre, suggérant une articulation entre les ressources du sous-sol et la production de biens de santé. Une manière de diversifier l’économie avant même que Simandou ne produise ses premiers revenus.

Une réponse aux vulnérabilités structurelles

La Guinée importe encore près de 90 % de ses médicaments, selon les données de la Banque mondiale. La pandémie de Covid-19 avait exposé cette dépendance, tout comme la flambée des prix post-2022. En accélérant la production locale, Conakry cherche à sécuriser l’accès aux produits essentiels et à réduire la facture sanitaire. ODHAV PHARMA devrait couvrir une part significative des besoins nationaux en antipaludéens, antibiotiques et antalgiques. Mais au-delà de l’aspect quantitatif, c’est la qualité qui est en jeu : les normes de fabrication adoptées visent à répondre aux standards de l’OMS, ouvrant la voie à une éventuelle exportation vers les pays voisins.

Une dynamique régionale contrastée

L’accélération guinéenne intervient dans un contexte ouest-africain où la souveraineté sanitaire est devenue un thème récurrent, mais inégalement traduit. Le Mali, malgré ses ressources minières, reste confronté à une insécurité persistante – les frappes aériennes sur Kidal et les accidents de mines témoignent des fragilités. Le Burkina Faso est englué dans une crise sécuritaire qui freine tout investissement industriel. Pendant ce temps, la Guinée mise sur une stabilité politique relative – certes sous régime militaire – pour attirer les capitaux. L’appel du Premier ministre aux investisseurs internationaux lors de l’inauguration n’est pas anodin : il s’agit de crédibiliser le pays comme hub industriel, en s’appuyant sur le projet Simandou comme vitrine.

Un tournant dans la stratégie minière ?

Le lien avec Simandou est double. D’une part, le programme 2040 justifie une vision globale de développement qui dépasse le secteur extractif. D’autre part, les recettes futures du fer pourraient financer l’expansion pharmaceutique. Mais l’inverse est aussi vrai : en produisant localement des médicaments, la Guinée réduit sa dépendance aux devises pour les importations, ce qui améliore sa balance commerciale et sa capacité à négocier avec les partenaires étrangers. C’est un cercle vertueux que peu de pays miniers ont réussi à enclencher.

Les défis à venir

Reste à consolider l’approvisionnement en matières premières, la formation des personnels et le contrôle qualité. ODHAV PHARMA et ses prédécesseures dépendront encore d’intrants importés, notamment les principes actifs. La création d’une filière locale de production pharmaceutique est encore embryonnaire. Mais le signal politique est fort : dans une région où les souverainetés industrielle et sanitaire sont souvent proclamées, la Guinée commence à poser des actes concrets.

Cette ruée vers la production pharmaceutique pose une question plus large : le modèle de développement fondé sur les ressources extractives peut-il servir de tremplin à une industrialisation véritable ? En liant Simandou et santé, la Guinée teste une approche intégrée. Si elle réussit, elle pourrait offrir un schéma alternatif aux économies minières de la CEDEAO, prises entre dépendance aux exportations et nécessité de résilience sanitaire. Mais le chemin est long, et les prochains mois diront si la cadence industrielle peut se maintenir au-delà des inaugurations.