L’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (APIX) et la société AVENIR PHARMACYS ont signé le 12 mai 2026 un contrat de réservation pour implanter la première unité industrielle pharmaceutique dans la Zone économique spéciale intégrée de Diass (ZESID). Cet accord marque le début d’une stratégie visant à réduire la dépendance du Sénégal aux importations, qui représentent 95 % des médicaments et 99 % des vaccins consommés dans le pays. En 2025, cette situation a coûté 244 milliards de FCFA à la nation, un montant que le gouvernement entend diviser par deux d’ici 2035 en portant la production locale à 50 %.

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Contexte macroéconomique de la dépendance pharmaceutique

Le Sénégal importe l’écrasante majorité de ses médicaments et vaccins, une situation qui fragilise à la fois la balance commerciale et la sécurité sanitaire. Les 244 milliards de FCFA dépensés en 2025 pour ces importations représentent un poste de dépense considérable dans un contexte de pression sur les finances publiques. À l’échelle régionale, le marché pharmaceutique africain est projeté à 122 milliards de dollars d’ici 2032, offrant une opportunité de substitution aux importations et de développement d’une industrie locale. Le Sénégal, avec sa stratégie Sénégal 2050, cherche à capter une partie de cette valeur ajoutée, en commençant par les médicaments essentiels.

Le projet AVENIR PHARMACYS : une infrastructure stratégique

L’usine d’AVENIR PHARMACYS, qui s’étendra sur 4 hectares, représente un investissement initial de 9 milliards de FCFA, susceptible d’atteindre 40 milliards à terme. Elle se spécialisera dans les solutions glucosées, les solutés injectables (sérum salé, Ringer Lactate) et des antibiotiques critiques comme le Métronidazole ou la Ciprofloxacine. Au-delà de la production, le site intégrera une plateforme logistique d’envergure et une unité dédiée aux dispositifs médicaux. Cette diversification permet au Sénégal de cibler des produits à forte demande et à marge élevée, tout en répondant aux besoins immédiats de santé publique.

Enjeux de souveraineté et intégration régionale

L’ambition du Sénégal ne se limite pas à son marché intérieur. Le pays vise à assurer 20 % de la distribution pharmaceutique en Afrique de l’Ouest d’ici 2035, en s’appuyant sur la ZES de Diass comme hub logistique sous-régional. Cette stratégie s’inscrit dans une tendance plus large de diversification économique en Afrique de l’Ouest, où des pays comme le Nigeria et le Ghana cherchent également à réduire leur dépendance aux importations. Contrairement aux secteurs minier et pétrolier, souvent extravertis, l’industrie pharmaceutique offre un levier direct de souveraineté sanitaire et de création d’emplois qualifiés.

Défis de mise en œuvre

Si le projet est prometteur, sa réussite dépendra de plusieurs facteurs. La formation d’une main-d’œuvre qualifiée, l’accès à des financements à long terme, et la mise en place d’un cadre réglementaire favorable sont autant de conditions nécessaires. Par ailleurs, la concurrence régionale, notamment de la part du Ghana et de la Côte d’Ivoire qui développent aussi leurs capacités pharmaceutiques, obligera le Sénégal à soigner son positionnement. Le partenariat public-privé, incarné par l’APIX et AVENIR PHARMACYS, devra démontrer son efficacité pour attirer d’autres investisseurs.

La signature du contrat de réservation à Diass est un premier jalon dans un processus long et complexe de transformation industrielle. Au-delà du Sénégal, elle révèle une dynamique régionale où la souveraineté sanitaire devient un objectif stratégique partagé, dans un contexte post-Covid qui a mis en lumière les fragilités des chaînes d’approvisionnement mondiales. Reste à savoir si les autres pays de l’UEMOA et de la CEDEAO emprunteront des voies similaires, et comment ces initiatives s’articuleront avec les projets d’intégration pharmaceutique déjà en cours.