Le 1er juillet, Conakry a accueilli une conférence de haut niveau sur l’investissement industriel, marquée par la présentation du premier Baromètre africain de l’investissement industriel (AfIIB). Alors que le programme Simandou 2040 promet de transformer l’économie guinéenne, l’enjeu n’est plus seulement de mobiliser des capitaux, mais de les orienter vers des secteurs à forte valeur ajoutée. L’événement, organisé par WITBA INVEST SA et l’ONUDI Guinée, a réuni ministres, institutions internationales et experts, soulignant l’ambition de Conakry de s’affranchir du simple rôle d’exportateur de matières premières.

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La conférence du 1er juillet à Conakry a donné lieu à la présentation officielle du Baromètre africain de l’investissement industriel (AfIIB), un outil développé par WITBA INVEST SA. Ce baromètre se veut un instrument de mesure des dynamiques d’investissement dans le secteur industriel en Afrique, offrant aux décideurs publics et privés une base de données pour éclairer leurs choix stratégiques. La rencontre a été présidée par Fatima Camara, ministre guinéenne de l’Industrie et du Commerce, et parrainée par Ismaël Nabé, ministre du Plan et de la Coopération internationale, avec la présence du Chef de Cabinet de la Primature – un signe de l’importance accordée au niveau le plus élevé de l’État.

L’événement s’inscrit dans le prolongement du programme Simandou 2040, méga-projet d’exploitation de fer qui devrait faire de la Guinée l’un des premiers exportateurs mondiaux de minerai de fer. Mais Conakry ne veut pas se limiter à l’exportation brute. L’ambition affichée est de créer une chaîne de valeur locale : sidérurgie, infrastructures ferroviaires et portuaires, énergie, et transformation industrielle. Le baromètre AfIIB arrive donc à point nommé pour aider à identifier les secteurs prioritaires et éviter les erreurs d’allocation de capitaux qui ont souvent caractérisé les booms miniers en Afrique de l’Ouest.

Ce besoin de pilotage stratégique s’inscrit dans un contexte régional contrasté. D’un côté, des signaux positifs : mi-mai 2026, S&P Global Ratings a relevé la note souveraine du Nigeria de « B- » à « B » avec perspective stable, saluant les réformes du président Tinubu. De l’autre, les défis demeurent immenses : l’inflation en Afrique de l’Ouest atteignait 15,7% en avril 2026, et le déficit d’infrastructures régional est estimé à 118 milliards de dollars, selon l’Infrastructure Consortium for Africa. Dans ce tableau, la Guinée cherche à se positionner comme un hub industriel émergent, mais elle doit composer avec la fragilité de son environnement macroéconomique et la concurrence des autres économies de la zone.

Le baromètre AfIIB pourrait devenir un outil de référence pour l’ensemble de la sous-région. En fournissant des données comparables sur l’attractivité industrielle des pays, il permettrait aux investisseurs de mieux évaluer les risques et aux gouvernements de cibler leurs politiques de promotion des investissements. Toutefois, son efficacité dépendra de la qualité des données collectées et de l’adhésion des acteurs privés. L’initiative est portée par WITBA INVEST SA, une société de conseil, ce qui pose la question de l’indépendance et de la pérennité de l’outil sans un soutien public fort.

Par ailleurs, la conférence a mis en lumière un paradoxe : alors que les discours officiels insistent sur la nécessité d’une industrialisation inclusive, le secteur privé guinéen reste marginal dans les grandes transactions minières. Le « volontarisme d’État » évoqué dans les rapports récents peine à se traduire en partenariats effectifs avec les PME locales. Le baromètre pourrait contribuer à corriger ce déséquilibre en identifiant les segments où les entreprises nationales ont un avantage compétitif.

Au-delà de la Guinée, l’AfIIB ambitionne de devenir un outil panafricain. Mais son succès dépendra de sa capacité à intégrer les spécificités des économies ouest-africaines, marquées par une faible diversification et une forte dépendance aux matières premières. La CEDEAO et l’UEMOA, qui travaillent à l’harmonisation des politiques industrielles, pourraient s’en saisir pour affiner leurs stratégies régionales.

Enfin, la tenue de cette conférence à Conakry à un moment où la région connaît des évolutions géopolitiques notables – départ des troupes françaises du Sahel, montée des discours souverainistes – donne une dimension supplémentaire à l’événement. La Guinée, sous la présidence de Mamadi Doumbouya, cherche à se positionner comme un interlocuteur crédible pour les investisseurs internationaux tout en affirmant sa souveraineté économique. Le baromètre industriel pourrait être le symbole de cette nouvelle approche.

Le lancement du baromètre AfIIB à Conakry illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la quête d’outils de pilotage pour une industrialisation maîtrisée. Dans un environnement où les flux de capitaux restent volatils et les besoins immenses, la capacité des États à orienter l’investissement vers des secteurs créateurs d’emplois et de valeur ajoutée sera déterminante. L’expérience guinéenne, adossée au mégaprojet Simandou, servira sans doute de test grandeur nature pour ce type d’initiative.

Données de référence : Solde budgétaire : -7.0% (FMI)