Lors d'une rencontre stratégique le 20 juin 2026, le président Mamadi Doumbouya a décrété la fin de l'exportation d'or brut en Guinée, avec effet immédiat. Cette décision, liée au programme Simandou 2040, vise à transformer le pays en puissance industrielle via la valorisation locale des ressources. Elle s'inscrit dans un mouvement de reprise en main qui se concrétise parallèlement dans le fer et l'or, alors que le projet Simandou avance.

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Le 20 juin, au palais Mohammed V, le chef de l'État a réuni les acteurs des secteurs aurifères – industriel, semi-industriel et artisanal – ainsi que les responsables des comptoirs d'achat. Son message était sans équivoque : « L'exportation de l'or brut appartient désormais au passé. » La direction de la communication présidentielle a précisé que toute l'extraction d'or devra désormais être transformée sur le territoire, notamment à la Nimba Gold Refinery, située à Gbessia Cité de l'Air.

Cette raffinerie, présentée comme « ultramoderne », dispose d'une capacité de traitement de 2 000 kilogrammes d'or par jour, extensible à 4 000 kg en continu. Sa capacité mensuelle est estimée à 520 tonnes. L'infrastructure ambitionne de positionner la Guinée parmi les principaux centres mondiaux de raffinage. Pour le gouvernement, il s'agit d'une rupture nette avec le modèle historique de simple extraction.

Une stratégie cohérente avec Simandou 2040

L'annonce s'inscrit explicitement dans le programme Simandou 2040, qui vise à faire de la Guinée une « puissance industrielle émergente » par la transformation locale des minerais. Le projet Simandou, dans le fer, constitue le pilier central de cette vision. Les récents développements – le forum organisé par Rio Tinto SimFer le 14 mai 2026 et la signature d'un protocole d'accord avec l'Agence Guinéenne d'Électrification Rurale le 11 mai – montrent que l'écosystème industriel se met en place. La décision sur l'or ajoute donc une brique supplémentaire à cette architecture.

Souveraineté et valeur ajoutée

En imposant le raffinage local, la Guinée cherche à capter une plus grande part de la chaîne de valeur. Jusqu'ici, l'or brut partait principalement vers les raffineries suisses, émiraties ou sud-africaines. En internalisant cette étape, le pays espère multiplier les retombées fiscales et créer des emplois qualifiés. Toutefois, le défi de la compétitivité se pose : la raffinerie devra obtenir les accréditations internationales (comme la certification London Bullion Market Association) pour que son or soit acceptable sur les marchés mondiaux. La question énergétique est également cruciale : l'usine de Gbessia nécessitera une alimentation électrique stable, que le protocole avec l'AGER sur l'électrification rurale pourrait à terme soutenir.

Implications régionales et géopolitiques

Cette décision place la Guinée en tête d'un mouvement qui pourrait gagner l'Afrique de l'Ouest. Le Mali, le Burkina Faso ou la Côte d'Ivoire, grands producteurs d'or, exportent encore majoritairement brut. Si Conakry réussit, ces pays pourraient être tentés d'imiter le modèle. Sur le plan géopolitique, le choix du raffinage local réduit la dépendance vis-à-vis des intermédiaires étrangers et renforce le pouvoir de négociation de l'État face aux multinationales. La présence de la Chine (via Chinalco dans Simandou) et de Rio Tinto (anglo-australien) dans le paysage minier guinéen donne à cette décision une dimension stratégique supplémentaire : elle témoigne d'une volonté de rééquilibrer les relations avec les acteurs étrangers.

Les défis de la mise en œuvre

Si l'ambition est claire, sa concrétisation suppose de surmonter plusieurs obstacles. Le secteur artisanal, qui produit une part significative de l'or guinéen, est souvent informel et difficile à contrôler. L'État devra renforcer les capacités de traçabilité et de lutte contre la contrebande. Par ailleurs, la capacité de la raffinerie – 2 000 kg par jour – dépasse largement la production nationale actuelle (estimée à environ 50 tonnes par an, soit ~137 kg/jour). L'usine pourrait donc traiter de l'or importé d'autres pays, faisant de Conakry un hub régional. Mais cela nécessitera une confiance dans les normes guinéennes et une absence de fraude.

La décision du 20 juin 2026 n'est pas un acte isolé : elle s'inscrit dans un mouvement plus large de réaffirmation de la souveraineté sur les ressources extractives en Afrique de l'Ouest. Alors que le projet Simandou avance et que le raffinage de l'or se localise, la Guinée teste un modèle que d'autres États observent de près. La question centrale reste de savoir si les infrastructures et la gouvernée accompagneront cette ambition industrielle, et si le pays parviendra à concilier attentes des investisseurs et impératifs de développement.