Lors d'une rencontre stratégique le 20 juin 2026, le président Mamadi Doumbouya a décrété la fin de l'exportation d'or brut en Guinée, avec effet immédiat. Cette décision, liée au programme Simandou 2040, vise à transformer le pays en puissance industrielle via la valorisation locale des ressources. Elle s'inscrit dans un mouvement de reprise en main qui se concrétise parallèlement dans le fer et l'or, alors que le projet Simandou avance.
Or brut : la Guinée impose le raffinage local
Le président Doumbouya décrète la fin de l'exportation d'or brut. Une rupture industrielle portée par le programme Simandou 2040.
« L'exportation de l'or brut appartient désormais au passé. »
— Mamadi Doumbouya, président de la Guinée, palais Mohammed V, 20 juin 2026
Impact direct
100 %
de l'or extrait doit désormais être raffiné sur le territoire
Capacité mensuelle de la Nimba Gold Refinery (Gbessia Cité de l'Air). L'infrastructure peut traiter jusqu'à 2 000 kg d'or par jour, extensible à 4 000 kg en continu.
Les 4 piliers de la réforme
Fin de l'exportation d'or brut
Toute extraction (industrielle, semi-industrielle, artisanale) doit être transformée en Guinée.
Nimba Gold Refinery, outil central
Raffinerie « ultramoderne » à Gbessia Cité de l'Air, capable de traiter 520 tonnes/mois.
Ancré dans Simandou 2040
La décision s'inscrit dans le programme de transformation industrielle du pays, qui concerne aussi le fer.
Objectif : hub mondial du raffinage
La Guinée veut devenir un centre de référence pour le raffinage aurifère en Afrique de l'Ouest.
Calendrier stratégique Simandou 2040
Fin de l'exportation d'or brut
Décret présidentiel du 20 juin 2026. Toute l'extraction doit être raffinée localement.
Nimba Gold Refinery en service
Capacité de 520 t/mois. La Guinée entre dans le cercle des raffineurs mondiaux.
Vision Simandou 2040
Programme de transformation industrielle : fer, or, infrastructures. Objectif : puissance industrielle régionale.
Contexte économique guinéen
Solde courant
-1,6 %
du PIB (Banque mondiale)
Investissements directs étrangers
5,6 %
du PIB (Banque mondiale)
Solde budgétaire
-7,0 %
du PIB (FMI)
Dette publique brute
48,1 %
du PIB (FMI)
Exportations totales
10,4 milliards USD
(Banque mondiale)
Infographie Cauris — Données vérifiées Banque mondiale & FMI — 20 juin 2026
Le 20 juin, au palais Mohammed V, le chef de l'État a réuni les acteurs des secteurs aurifères – industriel, semi-industriel et artisanal – ainsi que les responsables des comptoirs d'achat. Son message était sans équivoque : « L'exportation de l'or brut appartient désormais au passé. » La direction de la communication présidentielle a précisé que toute l'extraction d'or devra désormais être transformée sur le territoire, notamment à la Nimba Gold Refinery, située à Gbessia Cité de l'Air.
Cette raffinerie, présentée comme « ultramoderne », dispose d'une capacité de traitement de 2 000 kilogrammes d'or par jour, extensible à 4 000 kg en continu. Sa capacité mensuelle est estimée à 520 tonnes. L'infrastructure ambitionne de positionner la Guinée parmi les principaux centres mondiaux de raffinage. Pour le gouvernement, il s'agit d'une rupture nette avec le modèle historique de simple extraction.
Une stratégie cohérente avec Simandou 2040
L'annonce s'inscrit explicitement dans le programme Simandou 2040, qui vise à faire de la Guinée une « puissance industrielle émergente » par la transformation locale des minerais. Le projet Simandou, dans le fer, constitue le pilier central de cette vision. Les récents développements – le forum organisé par Rio Tinto SimFer le 14 mai 2026 et la signature d'un protocole d'accord avec l'Agence Guinéenne d'Électrification Rurale le 11 mai – montrent que l'écosystème industriel se met en place. La décision sur l'or ajoute donc une brique supplémentaire à cette architecture.
Souveraineté et valeur ajoutée
En imposant le raffinage local, la Guinée cherche à capter une plus grande part de la chaîne de valeur. Jusqu'ici, l'or brut partait principalement vers les raffineries suisses, émiraties ou sud-africaines. En internalisant cette étape, le pays espère multiplier les retombées fiscales et créer des emplois qualifiés. Toutefois, le défi de la compétitivité se pose : la raffinerie devra obtenir les accréditations internationales (comme la certification London Bullion Market Association) pour que son or soit acceptable sur les marchés mondiaux. La question énergétique est également cruciale : l'usine de Gbessia nécessitera une alimentation électrique stable, que le protocole avec l'AGER sur l'électrification rurale pourrait à terme soutenir.
Implications régionales et géopolitiques
Cette décision place la Guinée en tête d'un mouvement qui pourrait gagner l'Afrique de l'Ouest. Le Mali, le Burkina Faso ou la Côte d'Ivoire, grands producteurs d'or, exportent encore majoritairement brut. Si Conakry réussit, ces pays pourraient être tentés d'imiter le modèle. Sur le plan géopolitique, le choix du raffinage local réduit la dépendance vis-à-vis des intermédiaires étrangers et renforce le pouvoir de négociation de l'État face aux multinationales. La présence de la Chine (via Chinalco dans Simandou) et de Rio Tinto (anglo-australien) dans le paysage minier guinéen donne à cette décision une dimension stratégique supplémentaire : elle témoigne d'une volonté de rééquilibrer les relations avec les acteurs étrangers.
Les défis de la mise en œuvre
Si l'ambition est claire, sa concrétisation suppose de surmonter plusieurs obstacles. Le secteur artisanal, qui produit une part significative de l'or guinéen, est souvent informel et difficile à contrôler. L'État devra renforcer les capacités de traçabilité et de lutte contre la contrebande. Par ailleurs, la capacité de la raffinerie – 2 000 kg par jour – dépasse largement la production nationale actuelle (estimée à environ 50 tonnes par an, soit ~137 kg/jour). L'usine pourrait donc traiter de l'or importé d'autres pays, faisant de Conakry un hub régional. Mais cela nécessitera une confiance dans les normes guinéennes et une absence de fraude.
La décision du 20 juin 2026 n'est pas un acte isolé : elle s'inscrit dans un mouvement plus large de réaffirmation de la souveraineté sur les ressources extractives en Afrique de l'Ouest. Alors que le projet Simandou avance et que le raffinage de l'or se localise, la Guinée teste un modèle que d'autres États observent de près. La question centrale reste de savoir si les infrastructures et la gouvernée accompagneront cette ambition industrielle, et si le pays parviendra à concilier attentes des investisseurs et impératifs de développement.