La FAO recrute un spécialiste national pour analyser les conflits d’accès aux ressources dans les plaines de Kwahu Afram, au Ghana. Cette initiative, qui cible les dynamiques de transhumance transfrontalière, intervient dans un contexte de raréfaction des terres et de tensions agropastorales récurrentes en Afrique de l’Ouest. Elle reflète une prise de conscience régionale : la gestion des ressources naturelles est devenue un enjeu central de stabilité et de développement.
Plaines de Kwahu Afram : la FAO affine sa réponse aux tensions agropastorales
Corridor historique de transhumance sahélienne, les plaines de Kwahu Afram concentrent chaque année des milliers de bovins venus du Burkina Faso, du Mali ou du Niger. Face à la raréfaction des terres et à l’expansion agricole, la FAO recrute un spécialiste pour cartographier les routes migratoires et les points de tension.
Le poste de spécialiste national de la gestion des ressources sensibles aux conflits, publié par la FAO pour le Ghana, n’est pas une simple formalité administrative. Il traduit une évolution méthodologique dans l’approche des crises agropastorales qui secouent la région ouest-africaine. En confiant à un expert local la mission de cartographier les routes migratoires, les zones de pâturage et les points de tension autour de l’eau et des terres, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture cherche à passer d’une logique d’urgence à une logique de prévention structurelle.
La zone cible, les plaines de Kwahu Afram dans la région orientale du Ghana, est un corridor historique de transhumance entre le nord sahélien et la côte atlantique. Chaque année, des milliers de bovins venus du Burkina Faso, du Mali ou du Niger traversent ces territoires, suivant des itinéraires de plus en plus contraints par l’expansion agricole, les plantations de cacao et les aires protégées. Les affrontements entre éleveurs peuls et communautés sédentaires y sont fréquents, alimentés par la dégradation des pâturages et la diminution des points d’eau.
Ce recrutement s’inscrit dans un cadre plus large : l’appui de la FAO au Programme 2030 via son Cadre stratégique. Mais il coïncide aussi avec une période de fortes tensions dans la région. Au Ghana, le gouvernement a multiplié les initiatives de dialogue, sans parvenir à endiguer les violences. Selon l’International Crisis Group, les conflits liés au foncier et aux ressources naturelles ont causé plusieurs centaines de morts dans le centre et le nord du pays depuis 2020. Les élections générales de décembre 2024 ont encore ravivé les clivages, certains partis instrumentalisant les revendications pastorales.
Au-delà du cas ghanéen, cette mission révèle un basculement dans la perception des crises agropastorales en Afrique de l’Ouest. Longtemps traitée comme une question technique de gestion du cheptel ou de police rurale, la transhumance est désormais abordée sous l’angle de la sécurité humaine et de la résilience climatique. Les sécheresses récurrentes et l’avancée du désert poussent les éleveurs vers le sud, tandis que la démographie galopante réduit les espaces disponibles. Ce choc d’usages devient un multiplicateur de risques.
La FAO ne travaille pas en vase clos. L’initiative ghanéenne fait écho aux efforts de la CEDEAO pour harmoniser les réglementations sur la transhumance régionale. Un protocole adopté en 2020 prévoit la création de corridors pastoraux transfrontaliers, mais sa mise en œuvre reste lettre morte faute de volonté politique et de financements. Parallèlement, des programmes comme le Projet régional de gestion des ressources en eau du bassin de la Volta tentent de coordonner les usages entre pays riverains.
En recrutant un spécialiste local, la FAO mise sur la connaissance fine du terrain pour éviter les solutions standardisées. L’analyse complète des conflits qu’il devra réaliser inclut des dimensions socio-économiques, environnementales, institutionnelles et de gouvernance. Il s’agit in fine de produire une cartographie des risques et de proposer des mécanismes de résolution ancrés dans les réalités locales. Une approche qui contraste avec les interventions verticales souvent critiquées pour leur déconnexion.
Ce recrutement annonce peut-être un nouveau modèle d’intervention : celui d’une FAO plus politique, intégrant la sensibilité aux conflits dans tous ses projets agroalimentaires. Dans un Sahel ouest-africain marqué par l’insécurité et les déplacements forcés, la frontière entre développement rural et consolidation de la paix s’estompe. Le spécialiste de Kwahu Afram aura la lourde tâche d’éclairer cette zone grise.
En plaçant la gestion des ressources au cœur des dynamiques conflictuelles, la FAO ghanéenne ouvre une piste que d’autres organisations et États pourraient suivre. Reste à savoir si cette approche localisée pourra être mise à l’échelle dans un espace CEDEAO où les pressions foncières et climatiques ne cessent de croître. La question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment concilier les usages dans des territoires saturés.