Avec le démarrage de la production du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) et du pétrole de Sangomar, le bassin MSGBC s’affirme comme un pôle énergétique majeur en Afrique de l’Ouest. Mais derrière l’enthousiasme, les députés mauritaniens questionnent la répartition des revenus, rappelant que la manne énergétique exige des institutions solides. L’évolution récente, marquée par l’entrée d’Eni en Gambie et les annonces de production, cède désormais la place à des préoccupations de gouvernance.
MSGBC : la fièvre gazière
Entre promesses de production et questions de gouvernance, le bassin MSGBC devient un pôle énergétique majeur.
Eni sécurise 15 blocs offshore en Guinée et une licence en Gambie. Le bassin s’élargit.
Démarrage du gaz GTA (Mauritanie/Sénégal) et du pétrole Sangomar. Production historique.
L’Assemblée mauritanienne interroge sur la transparence et le partage des revenus.
de m³ de gaz (réserves estimées)
de barils de pétrole (Sangomar)
Ressences combinées qui placent la région parmi les nouveaux pôles énergétiques mondiaux.
“Les députés mauritaniens questionnent la répartition des revenus. La manne énergétique exige des institutions solides.”
6,3 %
du PIB (Banque mondiale)
1,5 %
(Banque mondiale)
Un démarrage historique pour le bassin MSGBC
Les premières molécules de gaz du projet GTA, partagé entre la Mauritanie et le Sénégal, ainsi que les premiers barils du champ pétrolier Sangomar au Sénégal, marquent un tournant pour le bassin MSGBC (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée). Ces productions concrétisent des années d’investissements et placent la région sur la carte mondiale des hydrocarbures. L’intérêt des majors, comme Eni qui a sécurisé quinze blocs offshore en Guinée et pris une licence en Gambie en juin 2026, confirme une dynamique régionale. Pourtant, le passage de l’exploration à la production pose avec acuité la question du partage des richesses.
Les questions des députés mauritaniens : transparence et équité
Le 23 juillet 2026, l’Assemblée nationale mauritanienne a consacré une séance plénière à deux questions orales sur les hydrocarbures. Le député El Mourtada Ould Tfeil a demandé des précisions sur la part revenant à la Mauritanie dans le projet GTA, tandis que la députée Mouna Mint Dey s’est inquiétée de la hausse des prix des carburants. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Ould Khaled, a rappelé le cadre juridique assurant une gestion « efficace, équitable et transparente », et cité l’exemple du champ de Frigg en mer du Nord comme modèle de coopération bilatérale. Cette séance révèle une pression citoyenne croissante pour que les ressources profitent à l’économie nationale, dans un contexte où la flambée des prix pèse sur le pouvoir d’achat.
Financement et infrastructures : le défi des 375 milliards
Le rapport du média spécialisé MSGBC Oil, Gas & Power souligne que l’avenir de la région dépendra de sa capacité à mobiliser les financements nécessaires. La Société des ingénieurs pétroliers (SPE) estime à 375 milliards de dollars les investissements requis sur dix à douze ans pour développer le gaz africain. En Mauritanie, la Société financière internationale (IFC) affiche déjà des engagements de 120 millions de dollars en février 2026. Mais ces montants restent modestes au regard des besoins. La multiplication des projets – GTA, Sangomar, mais aussi les blocs en Gambie et Guinée – nécessite une coordination régionale et une stabilité politique pour attirer les capitaux.
Gouvernance : éviter le syndrome hollandais
L’arrivée des revenus pétroliers et gaziers expose la région à un risque classique de « malédiction des ressources ». La transparence dans la gestion des recettes et la diversification économique deviennent des impératifs. Le modèle de coopération Sénégal-Mauritanie pour GTA, inspiré du précédent norvégien-britannique, offre un cadre, mais sa mise en œuvre concrète reste à surveiller. La hausse des carburants en Mauritanie illustre la difficulté de concilier revenus énergétiques et protection des consommateurs, un dilemme que d’autres pays producteurs africains connaissent bien.
Vers une intégration énergétique régionale ?
Le bassin MSGBC ne se limite pas aux hydrocarbures. La Mauritanie développe parallèlement des projets d’hydrogène vert, tandis que le Sénégal mise sur le gaz pour électrifier son économie. L’entrée d’Eni en Gambie et les explorations en Guinée-Bissau dessinent une intégration croissante des marchés énergétiques. Mais la fragmentation politique et les capacités institutionnelles inégales pourraient freiner cette dynamique. La Banque mondiale et les institutions financières internationales jouent un rôle de catalyseur, mais la gouvernance locale reste le maillon faible.
Le bassin MSGBC est à un carrefour historique. Ses ressources peuvent transformer l’économie régionale, mais la clé réside dans une gestion inclusive et transparente. Alors que les premières recettes commencent à affluer, les regards se tournent vers les gouvernements pour que cette nouvelle ruée énergétique ne reproduise pas les schémas d’extraction sans développement. L’histoire retiendra si la région saura faire de ses hydrocarbures un levier de prospérité partagée.