La Guinée-Bissau vient de signer un partenariat avec la société roumaine Tender Oil and Gas pour explorer les blocs 5C et 6C en eaux profondes. Cet accord, conclu lors du Invest in African Energy Forum à Paris, marque une étape dans la stratégie du pays pour valoriser ses ressources offshore. Il intervient dans un contexte régional porté par le démarrage de la production pétrolière au Sénégal sur le champ Sangomar et l'essor du bassin MSGBC.
Le 29 avril 2026, PetroGuin, la société nationale des hydrocarbures de Guinée-Bissau, a officialisé un accord avec Tender Oil and Gas pour l'exploration des blocs 5C et 6C, situés en offshore profond. Ce partenariat prévoit l'acquisition et l'interprétation de données sismiques 2D et 3D, une étape cruciale pour mieux connaître le sous-sol et préparer d'éventuels forages. L'objectif est d'accélérer l'exploration dans des zones jusqu'ici délaissées en raison de leur complexité technique et des coûts élevés. Pour Alfredo Malú, directeur général de PetroGuin, cet accord représente "un changement d'échelle" dans la dynamique du secteur pétrolier national.
Ce mouvement s'inscrit dans une tendance régionale bien plus large. Le bassin MSGBC (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée) s'impose progressivement comme une nouvelle frontière de l'exploration pétrolière et gazière en Afrique de l'Ouest. Le démarrage de la production de pétrole sur le champ Sangomar au Sénégal en 2024, ainsi que la mise en service du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) à la frontière maritime entre la Mauritanie et le Sénégal, ont considérablement renforcé l'attractivité de la région auprès des investisseurs. La Guinée-Bissau cherche à surfer sur cette dynamique, en espérant attirer des capitaux et des technologies pour transformer son potentiel géologique en réalité productive.
Derrière cette ambition se cache un impératif économique pressant. L'économie bissau-guinéenne reste structurellement dépendante de la noix de cajou, qui représente environ 95 % des exportations du pays. Cette mono-dépendance expose le pays à une forte volatilité des prix internationaux et limite toute perspective de diversification durable. Le développement du secteur pétrolier est perçu comme un levier pour équilibrer l'économie, générer des recettes fiscales et créer des emplois. Cependant, le chemin est semé d'embûches : l'exploration en eaux profondes nécessite des investissements importants et un cadre juridique stable, deux éléments qui font souvent défaut dans les petits États pétroliers émergents.
La signature de cet accord pose aussi la question de la souveraineté énergétique régionale. Alors que le Sénégal et la Mauritanie commencent à exporter du pétrole et du gaz, la Guinée-Bissau pourrait bénéficier de synergies transfrontalières, notamment en termes d'infrastructures partagées ou de coopération technique. Mais elle doit aussi composer avec une concurrence accrue pour attirer les majors, dans un contexte où les grandes compagnies pétrolières sont de plus en plus sélectives en raison de la transition énergétique. Le partenariat avec Tender Oil and Gas, une société roumaine de taille moyenne, reflète cette réalité : les blocs sont confiés à un acteur moins exposé aux pressions des actionnaires sur le climat, mais aussi moins capitalisé.
Enfin, ce nouvel accord soulève des interrogations sur la gestion des revenus futurs et la transparence des contrats. L'expérience douloureuse d'autres pays africains producteurs de pétrole rappelle que la manne pétrolière peut aussi être source de tensions sociales, de corruption et de dégradation environnementale si elle n'est pas encadrée. La Guinée-Bissau, qui sort d'une longue période d'instabilité politique, devra prouver sa capacité à gérer ces ressources de manière équitable et durable, sous le regard d'une société civile de plus en plus vigilante.
Au-delà du cas bissau-guinéen, cette signature illustre la recomputation de l'industrie pétrolière en Afrique de l'Ouest, où de nouveaux entrants tentent de tirer parti de l'élan donné par les grands projets sénégalo-mauritaniens. Mais elle rappelle aussi que l'exploration offshore profond reste un pari risqué, tant sur le plan géologique que financier et politique. L'avenir dira si la Guinée-Bissau parviendra à transformer cette opportunité en un véritable décollage économique, ou si elle rejoindra la liste des pays où le pétrole aura été plus une promesse qu'une réalité.