Le 31 août, le gouverneur de la Banque du Ghana, Johnson Pandit Asiama, a annoncé une nouvelle étape dans la structuration du marché de la banque sans intérêt, rapprochant le pays des pratiques déjà en place dans l'UEMOA. Cette décision intervient alors que l'Union économique et monétaire ouest-africaine affiche une croissance de 6,1 % au premier trimestre 2026, portée par une inflation maîtrisée. Au-delà des chiffres, c'est une convergence silencieuse des modèles financiers qui se dessine en Afrique de l'Ouest.

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Le discours du gouverneur de la Banque du Ghana marque un tournant. En rejoignant le cercle des économies ouest-africaines dotées d'une filière de finance participative structurée, Accra ne se contente pas d'élargir son arsenal financier : il aligne son cadre réglementaire sur une dynamique régionale déjà bien engagée. Depuis 2015, la BCEAO a multiplié les agréments dans l'UEMOA, faisant passer le nombre d'institutions financières islamiques de 2 à plus de 50 en une décennie. Ce mouvement, longtemps porté par le Sénégal et la Côte d'Ivoire, trouve désormais un écho au Ghana, dont la population musulmane représente environ 20 % du total.

Cette évolution ne relève pas seulement de la démographie religieuse. Elle traduit une recherche pragmatique de nouveaux leviers de financement face à des contraintes budgétaires persistantes. En 2025, le service de la dette a englouti près de 72 % des recettes publiques dans l'UEMOA, avec des écarts abyssaux entre pays. La finance islamique, avec ses mécanismes d'actifs sous-jacents et son interdiction de l'intérêt, offre une alternative qui séduit aussi bien les États que les investisseurs en quête de produits conformes à leurs convictions.

L'annonce ghanéenne intervient dans un contexte où l'intégration régionale est à la fois un objectif politique et une nécessité économique. La CEDEAO, qui ambitionne de renforcer la convergence de ses politiques macroéconomiques, voit dans la finance participative un vecteur potentiel d'harmonisation. Le Ghana, qui utilise le cedi et non le franc CFA, reste en marge de la zone monétaire unique de l'UEMOA, mais sa décision de structurer sa banque sans intérêt pourrait faciliter les échanges financiers transfrontaliers, notamment avec ses voisins francophones.

Les données macroéconomiques de l'UEMOA viennent éclairer ce rapprochement. Avec une croissance estimée à 6,1 % au premier trimestre 2026, après 6,5 % fin 2025, l'Union affiche une dynamique solide, portée par les investissements dans les infrastructures et les secteurs extractifs. L'inflation, contenue à des niveaux historiquement bas, offre une stabilité propice au développement de nouveaux instruments financiers. Dans ce paysage, la finance islamique, qui représente encore moins de 2 % des actifs bancaires de la région, dispose d'une marge de progression considérable.

Le Sénégal, premier émetteur de sukuk souverains de la zone, illustre cette trajectoire. L'économie sénégalaise, portée par le démarrage de la production pétrolière et gazière, affiche une croissance attendue autour de 7 % en 2026. La finance participative y est perçue comme un outil de mobilisation de l'épargne nationale, complémentaire aux financements extérieurs. La Côte d'Ivoire, de son côté, a vu plusieurs banques islamiques élargir leur réseau, attirant une clientèle jeune et urbaine, sensible à l'éthique financière qu'elles incarnent.

Cette convergence ghanéenne interroge toutefois les équilibres monétaires régionaux. Alors que les discussions sur la réforme du franc CFA restent sensibles, le Ghana choisit une voie pragmatique : plutôt que de remettre en cause son appartenance à la CEDEAO, il modernise son cadre financier pour se rapprocher des standards de ses partenaires. Cette stratégie, fondée sur des réformes internes plutôt que sur des négociations multilatérales, pourrait inspirer d'autres pays de la région.

La Banque du Ghana, sous la direction de Johnson Pandit Asiama, semble vouloir tirer les leçons des expériences voisines. Les succès et les écueils des banques islamiques de l'UEMOA, qui ont dû s'adapter à des cadres réglementaires conçus pour la finance conventionnelle, offrent un terrain d'apprentissage précieux. En structurant dès maintenant son marché, Accra espère éviter les erreurs de jeunesse et attirer des investisseurs du Golfe et d'Asie, traditionnellement actifs dans ce secteur.

Reste que la finance islamique ne saurait être un remède universel. Elle s'inscrit dans un écosystème plus large, où la mobilisation des ressources intérieures et la diversification des économies demeurent des défis majeurs. Les pays de la région, qu'ils appartiennent à l'UEMOA ou non, sont confrontés à la nécessité de financer leur industrialisation et leur transition énergétique. Dans ce contexte, la convergence des cadres financiers, qu'elle soit le fait de la BCEAO ou de la Banque du Ghana, apparaît comme une brique supplémentaire dans l'édifice de l'intégration régionale.

Au-delà des frontières monétaires, c'est une certaine idée de la souveraineté financière qui se dessine. En développant des instruments conformes à leurs réalités culturelles et religieuses, les États ouest-africains affirment leur capacité à innover, sans attendre les solutions venues d'ailleurs. Le Ghana, en emboîtant le pas à ses voisins, contribue à cette dynamique collective, dont les effets à long terme pourraient redessiner la carte bancaire de la région.

L'initiative ghanéenne et la performance de l'UEMOA révèlent une tendance plus profonde : la finance islamique devient un outil d'intégration régionale, non par la création d'institutions supranationales, mais par l'harmonisation progressive des pratiques nationales. Alors que les débats sur la souveraineté monétaire restent vifs, cette convergence silencieuse pourrait bien être le socle d'une coopération économique plus étroite en Afrique de l'Ouest. Reste à savoir si les autres pays de la CEDEAO, comme le Nigeria ou la Guinée, suivront cette voie, et si la finance participative saura répondre aux besoins massifs de financement des infrastructures et du développement humain.

Données de référence : Dette publique brute : 48.8% (FMI)