Le Caire affiche une croissance de 5,1 % pour l'exercice 2025/2026, portée par l'industrie manufacturière et les services. Cette reprise, qui tranche avec les difficultés récentes, offre un contrepoint utile aux économies ouest-africaines engagées dans leurs propres transitions. Elle met en lumière des dynamiques de diversification dont les leçons résonnent au sein de la CEDEAO.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

L'économie égyptienne a clos l'exercice 2025/2026 sur une croissance de 5,1 %, contre 4,4 % l'année précédente, selon des données publiées le 3 septembre. Ce chiffre, qui intervient après deux années marquées par des tensions géopolitiques et des difficultés de financement, signale un retour à une trajectoire plus soutenue. La reprise repose sur un socle relativement étroit : l'industrie manufacturière non pétrolière, le commerce et les télécommunications ont contribué à près de la moitié de la croissance totale. Une structure qui interpelle, tant elle diffère des moteurs traditionnels de la croissance dans la zone UEMOA, encore largement dépendante des matières premières et des flux extérieurs.

Une reprise tirée par la production locale

Le rebond égyptien doit beaucoup à l'industrie manufacturière non pétrolière, premier contributeur à la croissance, tant au quatrième trimestre que sur l'ensemble de l'exercice. Ce secteur a bénéficié d'une politique volontariste de substitution aux importations, que les autorités du Caire ont renforcée pour réduire la vulnérabilité du pays aux chocs externes. Le raffinage pétrolier a également progressé de 22,4 % au quatrième trimestre, tandis que le canal de Suez, après une contraction de 33,8 % l'année précédente, a vu son activité croître de 23,3 % sur l'exercice, signe d'une normalisation du trafic maritime.

Cette dynamique industrielle contraste avec la situation de nombreux pays ouest-africains, où la transformation locale reste embryonnaire. Au Sénégal, l'actualité économique de ce 4 septembre 2026 est dominée par les débuts de l'exploitation du champ de Sangomar, qui a extrait 17,9 millions de barils à la fin juin. Le pays espère que les revenus pétroliers financeront son Plan Sénégal émergent, mais l'exemple égyptien suggère que la seule rente ne suffit pas à bâtir une croissance durable. La Côte d'Ivoire, qui organise un groupe consultatif les 8 et 9 juillet pour financer son Plan national de développement, cherche également à diversifier son économie, encore dominée par le cacao et l'agro-industrie.

Les services numériques, un vecteur de croissance à ne pas négliger

Le secteur des télécommunications et des technologies de l'information a progressé de 24,3 % au quatrième trimestre en Égypte, confirmant le rôle croissant des services numériques dans l'économie. Cette expansion, portée par une demande intérieure dynamique et des investissements dans les infrastructures, offre un parallèle avec les ambitions affichées par plusieurs États ouest-africains. Le Sénégal a fait du numérique un axe de sa stratégie, et la Côte d'Ivoire développe des hubs technologiques à Abidjan. Pourtant, la part de ces secteurs dans le PIB régional demeure modeste, et leur contribution à l'emploi formel reste limitée.

La reprise égyptienne s'inscrit dans un contexte géopolitique particulier, marqué par les tensions en mer Rouge et leurs répercussions sur le canal de Suez. Le retour progressif du trafic maritime, qui a soutenu la croissance, illustre l'interconnexion entre sécurité régionale et performance économique. Les pays ouest-africains, confrontés à l'instabilité sahélienne et à la menace terroriste dans le golfe de Guinée, mesurent les risques que ces facteurs font peser sur leurs propres chaînes logistiques et leurs recettes portuaires.

Des enseignements pour l'intégration régionale

Au-delà des performances nationales, le cas égyptien éclaire les débats sur l'intégration économique au sein de la CEDEAO. La diversification égyptienne repose sur un marché intérieur de plus de 100 millions d'habitants, un avantage que ne possèdent pas la plupart des États ouest-africains. Pour ces derniers, l'intégration régionale apparaît comme un levier essentiel pour élargir les débouchés de leurs industries naissantes. Les discussions en cours sur la monnaie unique et la libre circulation des biens et des personnes prennent ici tout leur sens, même si leur mise en œuvre demeure lente.

L'économie ivoirienne, qui a affiché une croissance soutenue ces dernières années, pourrait s'inspirer de la capacité égyptienne à mobiliser des secteurs à forte valeur ajoutée. Le groupe consultatif d'Abidjan, qui vise à réunir des bailleurs de fonds pour financer le PND, témoigne de cette recherche de financements stables. Mais la croissance égyptienne, qui s'appuie sur une production locale renforcée, rappelle que les financements extérieurs ne valent que s'ils servent à bâtir des capacités productives endogènes.

La reprise égyptienne, bien que réelle, n'efface pas les fragilités structurelles du pays, notamment sa dépendance aux importations alimentaires et énergétiques. Les autorités du Caire en sont conscientes, qui entendent poursuivre leurs efforts de consolidation. Pour les observateurs ouest-africains, ce précédent offre une illustration concrète des bénéfices de la diversification, mais aussi des délais et des efforts qu'elle exige. Alors que le Sénégal et la Côte d'Ivoire alignent leurs stratégies nationales sur des horizons de moyen terme, la trajectoire égyptienne pourrait nourrir leur réflexion sur les conditions d'une croissance plus résiliente.

La reprise égyptienne, portée par l'industrie et les services, pose en creux la question des modèles de développement ouest-africains. Entre rente pétrolière naissante au Sénégal et ambitions de transformation en Côte d'Ivoire, les pays de la CEDEAO cherchent leur voie. L'expérience du Caire montre que la diversification est un processus long, exigeant des politiques cohérentes et une stabilité géopolitique. Alors que la région s'apprête à négocier de nouveaux financements et à approfondir son intégration, l'heure est peut-être venue de tirer les leçons de ces trajectoires comparées.