La Côte d’Ivoire, première économie de l’UEMOA, cherche à stabiliser sa production halieutique, insuffisante face à une demande intérieure en hausse. Le 29 juin 2026, Abidjan a signé au Caire un protocole d’accord avec l’Autorité égyptienne de développement de la pêche (GAFRD) pour s’inspirer du modèle égyptien, leader africain avec 2 millions de tonnes produites en 2024. Ce partenariat intervient dans un contexte de pression sur les ressources marines et de dépendance aux importations, et révèle une volonté de transfert de compétences sud-sud.
🐟 Pêche & aquaculture : le pari ivoirien
Abidjan s'inspire du modèle égyptien pour combler son déficit halieutique. Un transfert sud-sud inédit.
Un secteur en quête de transformation
La Côte d’Ivoire fait face à un paradoxe : pays côtier bordé par l’océan Atlantique et doté de nombreuses lagunes, elle peine à satisfaire sa demande intérieure en poisson, principale source de protéines animales pour une large partie de sa population. Selon les données de la FAO, la production halieutique ivoirienne stagne autour de 100 000 tonnes par an, tandis que la consommation annuelle dépasse 400 000 tonnes, creusant un déficit comblé par des importations coûteuses. L’accord signé avec l’Égypte vise précisément à inverser cette tendance en capitalisant sur l’expérience d’un pays qui a réussi à multiplier sa production aquacole de 36 % entre 2015 et 2024.
Pourquoi l’Égypte ? Un modèle éprouvé
L’Égypte s’impose comme le premier producteur africain de produits halieutiques, avec 2 millions de tonnes en 2024, dont 83 % issues de l’aquaculture. Cette performance repose sur des investissements massifs dans les fermes piscicoles intensives, l’amélioration génétique des espèces et des infrastructures de transformation. Le modèle égyptien, soutenu par une politique publique volontariste et des partenariats privés, offre à Abidjan une feuille de route concrète pour développer une aquaculture compétitive. La signature du protocole au Caire, le 29 juin, officialise le transfert de technologies et de savoir-faire, avec un accent sur la pisciculture et la lutte contre la pêche illicite.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la simple augmentation de la production. Il s’agit de réduire une dépendance aux importations qui pèse sur la balance commerciale et expose le pays aux fluctuations des prix mondiaux. En 2025, les importations de poisson ont représenté près de 300 milliards de FCFA, soit environ 2 % du PIB. Le développement de l’aquaculture apparaît comme un levier stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire, dans un contexte où la croissance démographique et l’urbanisation accélèrent la demande. L’accord avec l’Égypte s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de diversification économique, visant à réduire la dépendance aux matières premières agricoles comme le cacao et l’anacarde.
Un partenariat sud-sud aux implications régionales
Ce rapprochement entre Abidjan et Le Caire s’inscrit dans une tendance plus large de coopération sud-sud en Afrique. L’Égypte, forte de son expérience dans l’aquaculture, multiplie les accords techniques avec des pays subsahariens, notamment au sein du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) et de l’Union africaine. Pour la Côte d’Ivoire, ce partenariat pourrait servir de modèle pour d’autres filières, et renforcer son rôle de hub économique au sein de l’UEMOA. Toutefois, la réussite de ce transfert dépendra de la capacité d’Abidjan à adapter les techniques égyptiennes à son écosystème local, marqué par des contraintes foncières et environnementales spécifiques.
Les défis de l’aquaculture ivoirienne
Malgré des atouts naturels – lagunes, cours d’eau et climat favorable – l’aquaculture ivoirienne reste embryonnaire. Elle représente moins de 10 % de la production halieutique nationale, contre plus de 80 % en Égypte. Les obstacles sont nombreux : accès limité aux intrants de qualité (alevins, aliments), manque d’infrastructures de conservation et de transformation, et faible organisation des producteurs. L’accord avec l’Égypte prévoit des missions d’expertise, des formations et un appui à la mise en place de fermes pilotes. Mais sans un cadre réglementaire stable et des incitations à l’investissement privé, le risque de voir ces initiatives rester confidentielles est réel.
Une perspective géopolitique : l’influence égyptienne en Afrique de l’Ouest
Au-delà de la technique, ce partenariat revêt une dimension géopolitique. L’Égypte, sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi, a intensifié sa présence en Afrique subsaharienne, notamment via l’Agence égyptienne de partenariat pour le développement (EAPD). En signant avec la Côte d’Ivoire, Le Caire étend son influence dans une région où des acteurs comme le Maroc et l’Afrique du Sud sont également actifs. Pour Abidjan, ce choix témoigne d’une volonté de diversifier ses partenaires stratégiques, au-delà des liens traditionnels avec l’Union européenne et la France. Toutefois, cette coopération devra composer avec les sensibilités locales et les impératifs de développement durable, alors que la pression sur les ressources marines s’accroît dans le golfe de Guinée.
L’accord entre la Côte d’Ivoire et l’Égypte illustre une nouvelle dynamique de coopération sud-sud dans le secteur halieutique, où les modèles de réussite africains deviennent des références. Si l’ambition est claire – combler le déficit de production et renforcer la souveraineté alimentaire –, sa concrétisation dépendra de la capacité d’Abidjan à créer un écosystème favorable à l’aquaculture. Ce partenariat ouvre une fenêtre d’opportunité, mais pose aussi la question de la soutenabilité des transferts de technologies dans des contextes institutionnels et écologiques différents.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)