Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) depuis 2012, a été reconduit pour un second mandat de trois ans au Nasdaq Exchange Review Council, où il siège jusqu'en 2027. Cette distinction, unique pour un Africain depuis la création du conseil en 1971, intervient alors que la BRVM affiche des performances record – capitalisation dépassant 15 800 milliards de FCFA en mai 2026 – et poursuit ses réformes structurelles. Elle révèle une transformation profonde du marché financier ouest-africain, portée par un dirigeant qui conjugue expertise locale et reconnaissance internationale.

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Un parcours forgé entre Lomé et les institutions globales

Né au Togo en 1967, Edoh Amenounve a bâti sa carrière sur une double culture : formé à l'Université de Lomé, puis au Canada (MBA à Laval, doctorat en administration et finance), il a occupé des postes clés au sein de la société de gestion SGI-Togo et du CREPMF (devenu l'Autorité des Marchés Financiers de l'UMOA) avant de prendre la tête de la BRVM en 2012. Cette trajectoire illustre la circulation des compétences entre les institutions régionales et les standards internationaux, un atout dans un contexte où la crédibilité des marchés émergents dépend de leur capacité à adopter les meilleures pratiques.

Des réformes qui transforment la bourse régionale

Sous sa direction, la BRVM a connu des changements majeurs : le passage du système de fixage à la cotation en continu, l'augmentation du nombre d'émetteurs – 29 nouvelles obligations en 2024 – et une progression de 26,5 % de la capitalisation boursière, à plus de 10 000 milliards de FCFA. En mai 2026, ce chiffre atteint 15 800 milliards, porté par une dynamique soutenue et de nouvelles introductions. L'indice BRVM Composite a gagné 28,89 % en 2024, se classant septième meilleure performance d'Afrique. Ces résultats ne sont pas anodins : ils témoignent d'une confiance accrue des investisseurs dans un marché qui a longtemps souffert d'une liquidité limitée et d'une faible diversification.

Une reconnaissance internationale qui dépasse le symbole

La reconduction d'Amenounve au Nasdaq Exchange Review Council – instance consultative qui examine les politiques de cotation et de gouvernance – est plus qu'une distinction honorifique. Elle place la BRVM dans le cercle restreint des bourses qui influencent les normes mondiales. Seul Africain à y siéger, il y apporte une perspective régionale essentielle alors que les bourses du continent cherchent à attirer les capitaux internationaux. Parallèlement, sa présidence d'AfricaFinLab et son rôle à la tête du comité exécutif de l'Association des Bourses Africaines (ASEA) renforcent son poids dans les réseaux continentaux.

Dynamiques régionales et enjeux de souveraineté financière

La trajectoire de la BRVM s'inscrit dans une ambition plus large : celle de faire de l'UEMOA un pôle financier capable de financer le développement régional sans dépendre exclusivement des marchés extérieurs. La capitalisation boursière a bondi de 10 000 milliards à plus de 15 800 milliards entre 2024 et 2026, soit une progression d'environ 58 % en deux ans. Ce bond reflète à la fois l'effet des réformes et un appétit croissant pour les titres en Franc CFA, malgré les débats sur la monnaie unique. La reconnaissance d'Amenounve par Nasdaq renforce la crédibilité de cette place financière, mais pose aussi la question de la gouvernance : comment concilier des standards internationaux avec les spécificités d'un marché fragmenté en huit États membres ?

Un leadership qui dépasse les frontières

Au-delà des chiffres, Amenounve incarne une génération de cadres africains formés à l'international, capables de mettre leur expertise au service d'institutions régionales. Sa longévité à la tête de la BRVM – quatorze ans en 2026 – est rare dans un environnement où les mandats sont souvent courts. Elle garantit une continuité dans la stratégie, notamment dans le développement de nouveaux produits (marché obligataire, titres de dette souveraine) et l'extension du réseau de souscripteurs. Mais elle pose aussi la question de la succession et du renouvellement des élites financières ouest-africaines.

Perspectives : un carrefour entre ambition locale et standards globaux

Alors que la BRVM affiche des indicateurs flatteurs et que son dirigeant gagne en visibilité internationale, le vrai défi reste la transformation du tissu économique régional. L'augmentation de la capitalisation boursière ne profite pas encore suffisamment aux PME, et la part des investisseurs institutionnels locaux dans les échanges demeure faible. Le partenariat stratégique évoqué dans la presse en mai 2026 – avec une grande institution financière – pourrait accélérer la modernisation des infrastructures de marché. Dans ce contexte, le second mandat d'Amenounve au Nasdaq est un signal : la BRVM n'est plus une bourse périphérique, mais un acteur dont l'évolution intéresse les grandes places financières. Reste à savoir si cette dynamique pourra être maintenue dans un environnement géopolitique et monétaire incertain.

La réélection d'Edoh Amenounve au Nasdaq Exchange Review Council est le reflet d'une bourse régionale qui s'affirme comme un hub financier en Afrique de l'Ouest. Mais le chemin vers une bourse inclusive et résiliente reste long : la BRVM devra continuer à innover pour attirer les émetteurs privés, notamment les PME, et approfondir sa liquidité. Dans un contexte de réformes monétaires et de tensions géopolitiques, son succès dépendra de sa capacité à rester un instrument de financement du développement régional, tout en répondant aux exigences des investisseurs internationaux.