Le ministre ivoirien des Mines, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a appelé le 9 juin à Abidjan à des mécanismes de financement plus inclusifs pour le secteur minier, insistant sur le rôle de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Cet appel intervient alors que la capitalisation boursière de la BRVM dépasse 15 800 milliards de FCFA depuis mai 2026, signe d'une liquidité croissante qui pourrait être captée par les opérateurs locaux. L'événement, organisé avec la Chambre de commerce Canada–Côte d'Ivoire, s'inscrit dans une volonté de connecter les besoins du secteur extractif à l'épargne régionale.

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

Un appel à la mobilisation des capitaux locaux

Le panel « Financement du secteur minier en Côte d’Ivoire : enjeux, opportunités et perspectives d’investissement », tenu le 9 juin 2026 à Abidjan, a réuni des acteurs clés autour de la question cruciale de l'accès au financement. Mamadou Sangafowa-Coulibaly y a plaidé pour des solutions « plus inclusives et davantage ancrées dans l’économie nationale », soulignant que le développement durable du secteur minier ne peut se faire sans une participation accrue des investisseurs ivoiriens. Ce discours fait écho à une préoccupation récurrente dans l'UEMOA : la faible mobilisation de l'épargne locale vers des actifs productifs, malgré une capitalisation boursière en forte hausse.

Le contexte favorable de la BRVM

La BRVM affiche une santé insolente depuis le début de l'année. En mai 2026, sa capitalisation a franchi le cap des 15 800 milliards de FCFA, portée par une dynamique haussière et des annonces de partenariats stratégiques. Le 19 mai, l'indice BRVM Composite a progressé de 0,40 %, prolongeant une reprise amorcée plusieurs semaines auparavant. Ces performances créent un terreau propice pour des introductions en bourse ou des émissions obligataires dédiées au secteur minier, qui reste pourtant sous-représenté sur le marché régional. Le directeur général de la BRVM, Dr Edoh Kossi Amenounve, a réaffirmé lors du panel la volonté de l'institution d'élargir son champ d'action – un signal fort pour les opérateurs miniers.

Les enjeux du financement minier en Côte d'Ivoire

La Côte d'Ivoire est le premier producteur d'or de l'Afrique de l'Ouest francophone, avec une production qui a dépassé 50 tonnes en 2025. Pourtant, le secteur reste dominé par des majors étrangères, tandis que les PME locales peinent à accéder aux capitaux nécessaires pour l'exploration ou l'exploitation à petite échelle. Les contraintes de financement évoquées par Sangafowa-Coulibaly renvoient à un double défi : d'une part, le manque de garanties offertes par les opérateurs locaux, et d'autre part, la méconnaissance des instruments boursiers. Le ministre a insisté sur la nécessité de réformes pour améliorer la gouvernance et renforcer la confiance des investisseurs, un chantier entamé depuis plusieurs années.

Un partenariat Canada-Côte d'Ivoire comme catalyseur

La présence de la Chambre de commerce Canada–Côte d’Ivoire comme co-organisateur du panel n'est pas anecdotique. Le Canada est un acteur majeur de l'industrie minière africaine, avec des entreprises comme Barrick Gold ou Endeavour Mining présentes en Afrique de l'Ouest. Ce partenariat pourrait faciliter le transfert de compétences et l'accès à des financements internationaux, tout en associant la BRVM comme plateforme de levée de fonds. L'initiative s'inscrit aussi dans une tendance plus large de diversification des partenaires de la Côte d'Ivoire, au-delà des traditionnels bailleurs européens.

Vers une bourse plus inclusive

Le plaidoyer du ministre intervient dans un contexte où la BRVM cherche à élargir sa base d'émetteurs et d'investisseurs. Historiquement dominée par les banques et les télécommunications, la bourse régionale tente d'attirer des secteurs nouveaux comme l'agro-industrie, les infrastructures et les mines. La capitalisation record de mai 2026 offre une vitrine de liquidité, mais le défi reste de convaincre les PME et les sociétés minières de taille intermédiaire de recourir au marché financier. L'accent mis sur l'inclusion des investisseurs nationaux est une réponse à la critique récurrente selon laquelle la BRVM profite surtout aux grands groupes étrangers.

Une dynamique régionale à consolider

L'initiative ivoirienne n'est pas isolée. Dans l'ensemble de l'UEMOA, les bourses régionales (BRVM, BVMAC) cherchent à capter l'épargne locale pour financer les économies. Au Sénégal, des discussions similaires ont eu lieu sur le financement des énergies renouvelables via la BRVM. Le secteur minier, par ses besoins en capitaux élevés et sa capacité à générer des rendements, pourrait devenir un pilier de cette stratégie. La question est de savoir si les réformes de gouvernance et les instruments financiers proposés seront suffisamment attractifs pour transformer l'essai.

Au-delà de la seule Côte d'Ivoire, cette initiative pose la question plus large du rôle des bourses régionales dans le développement industriel africain. Alors que la BRVM atteint des records de capitalisation, sa capacité à financer des secteurs structurants comme les mines sera un test de sa pertinence économique. Le succès de cette démarche dépendra de la rapidité des réformes et de l'adhésion des acteurs locaux, dans un contexte où la concurrence des places financières internationales reste vive.