Le 17 août 2026, deux réalisateurs français de l'émission « Les routes de l'impossible » et leur collaborateur togolais ont été inculpés pour « fausses déclarations » et placés en détention à Lomé. Cette affaire, qui débute par une arrestation pour « espionnage » le 27 juillet à Kara, cristallise les tensions entre le Togo et la France. Elle s'inscrit dans un contexte régional de durcissement souverainiste et soulève des questions sur la prévisibilité de l'environnement des affaires au Togo.
Une affaire aux implications multiples
L'arrestation de Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, employés par Tony Comiti Productions, le 27 juillet à Kara, pour des faits qualifiés d'« espionnage », a rapidement pris une dimension diplomatique. Les intéressés tournaient un épisode de l'émission « Les Routes de l'Impossible » pour France 5. Leur employeur affirme qu'ils disposaient d'une autorisation de tournage et avaient déclaré leur matériel en douane. Le régulateur togolais des médias, la HAC, dément formellement avoir délivré une accréditation, ajoutant une couche de complexité à une affaire déjà sensible. Le 17 août, l'inculpation pour « fausses déclarations » plutôt que pour « espionnage » suggère un ajustement juridique, mais la détention se poursuit, maintenant la pression sur Paris.
Un différend procédural aux relents politiques
Ce différend procédural cache un enjeu plus profond : la définition de ce qui relève de l'espionnage dans un contexte où les États ouest-africains sont de plus en plus méfiants vis-à-vis des ingérences étrangères. Le Togo, longtemps considéré comme un allié stable de la France dans la région, semble adopter une posture plus ferme. Cette affaire intervient alors que la CEDEAO, dont le Togo est membre, traverse une crise de confiance avec certains de ses partenaires traditionnels, et que des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont rapprochés de la Russie. Le choix du Togo de maintenir la détention malgré les appels de la France peut être lu comme un signal de souveraineté, mais aussi comme un test de la capacité du pays à garantir un environnement prévisible pour les acteurs étrangers.
Un contexte régional de durcissement
L'affaire togolaise ne peut être lue isolément. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de réaffirmation souverainiste en Afrique de l'Ouest. En Guinée, le président Mamady Doumbouya a récemment convoqué les acteurs du secteur aurifère pour imposer de nouvelles règles, illustrant une tendance où les États affirment leur autorité face aux intérêts étrangers. Au Sahel, les juntes au pouvoir ont expulsé les forces françaises et se sont tournées vers d'autres partenaires, redéfinissant les équilibres régionaux. Dans ce contexte, le Togo, qui cherche à se positionner comme une plateforme logistique et financière, doit naviguer entre affirmation souveraine et nécessité de préserver son attractivité.
Un test pour l'attractivité économique togolaise
Au-delà de l'aspect sécuritaire, cette affaire pose la question de la stabilité institutionnelle et de l'État de droit, des critères essentiels pour les investisseurs. Le Togo, qui s'est positionné comme une plateforme logistique et financière dans la sous-région, ne peut ignorer l'impact de telles procédures sur sa réputation. Les observateurs notent que l'économie togolaise, portée par le port de Lomé et les réformes de l'environnement des affaires, pourrait pâtir d'une image de risque accru. Cependant, certains analystes estiment que cette affaire, bien que médiatisée, reste un incident isolé et que les fondamentaux économiques du pays demeurent solides. La détention de ressortissants français, même pour des motifs qui semblent disproportionnés, peut être lue comme un signal adressé à Paris, mais elle envoie également un message aux opérateurs économiques sur la prévisibilité du cadre légal.
Des versions officielles contradictoires
Le face-à-face entre deux versions officielles, celle de la production qui affirme détenir les autorisations nécessaires et celle du régulateur togolais qui dément toute accréditation, révèle un climat de défiance. Ce flou juridique est préoccupant pour les entreprises et les médias étrangers qui opèrent dans la région. Il souligne la nécessité pour les États de clarifier leurs procédures et de garantir une application transparente de la loi. Dans un environnement où les accusations d'espionnage peuvent être utilisées à des fins politiques, la prévisibilité devient un enjeu majeur pour la crédibilité des institutions.
Cette affaire togolaise, au-delà de son issue judiciaire, pourrait servir de test pour mesurer l'évolution des relations entre les pays de la CEDEAO et leurs partenaires traditionnels. Elle interroge la capacité des États ouest-africains à concilier affirmation souveraine et nécessité d'un environnement stable pour les acteurs économiques. Alors que la région connaît des recompositions géopolitiques majeures, la manière dont le Togo résoudra ce différend enverra un signal fort sur sa vision à long terme et sur la place qu'il entend occuper dans un espace ouest-africain en pleine mutation.