Une délégation de la Chambre de commerce et d'industrie du Burkina Faso (CCI-BF) a engagé des discussions à Lomé avec les autorités togolaises pour intensifier les échanges commerciaux et accroître la présence du secteur privé burkinabè sur la Plateforme industrielle d'Adétikopé (PIA). Cette mission de prospection, conduite par Fousséni Koné, directeur général adjoint chargé des Infrastructures de développement durable, traduit une volonté affirmée de Ouagadougou de tirer parti des infrastructures logistiques togolaises pour renforcer la compétitivité de son économie enclavée. Elle intervient dans un contexte régional marqué par la recomposition des alliances au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) et la poursuite du partenariat avec les institutions financières internationales.
La PIA d'Adétikopé, nouveau pivot logistique pour le Burkina Faso et l'AES
Chronologie stratégique
Acteurs clés et connexions
Corridor logistique sahélien
Points clés à retenir
La visite de la CCI-BF à Lomé ne se résume pas à une simple mission de prospection commerciale. Elle constitue un marqueur géopolitique : pour le Burkina Faso, pays sahélien sans accès direct à la mer, le port de Lomé est une artère vitale pour ses exportations d'or, de coton et ses importations de biens d'équipement. En cherchant à accroître la présence des entreprises burkinabè sur la PIA, Ouagadougou ne cherche pas seulement des débouchés industriels, mais entend sécuriser et diversifier ses chaînes logistiques dans un environnement régional qui bouge. La PIA, zone industrielle intégrée gérée par le groupe arabo-émirati ARISE, est devenue en quelques années un hub majeur en Afrique de l'Ouest, attirant des investisseurs de toute la sous-région et au-delà.
Le calendrier de cette délégation n'est pas anodin. Elle survient alors que le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l'AES, ont acté leur sortie de la CEDEAO et cherchent à redéfinir leurs partenariats économiques. Cette sortie, effective depuis janvier 2025, a contraint les trois pays à réinventer leurs routes commerciales, tout en conservant des accès aux ports des pays côtiers voisins. Le Togo, membre de la CEDEAO et de l'UEMOA, a su se positionner comme un corridor de confiance, neutre et fonctionnel. Le choix de Lomé par la CCI-BF s'inscrit dans cette pragmatique : les considérations politiques ne doivent pas entraver les flux essentiels, et le Togo apparaît comme un médiateur naturel.
La décision du tribunal de commerce de Ouagadougou, rendue en juin 2026, qui a annulé l'accord d'achat d'or entre Franco-Nevada et Riverstone Karma, illustre par ailleurs la volonté du Burkina de reprendre la main sur ses ressources extractives. Cette décision, qui oblige le géant canadien à verser 5,2 milliards de FCFA, s'inscrit dans une tendance plus large de renégociation des contrats miniers dans la région. Elle signale aux investisseurs étrangers que le cadre juridique burkinabè est devenu plus exigeant, mais aussi plus souverain. L'intérêt renouvelé pour la PIA peut être lu comme une tentative de diversifier l'économie nationale au-delà de l'extraction minière, en développant des capacités industrielles et de transformation qui créeraient de la valeur ajoutée localement.
Le contexte financier appuie cette lecture. En juin 2026, des responsables burkinabè ont rencontré une délégation de la Banque africaine de développement pour préparer le Document de stratégie pays 2027-2031. Ce cadre, qui définira les priorités de coopération de la BAD avec le Burkina pour les cinq prochaines années, devrait logiquement intégrer les infrastructures logistiques et l'appui au secteur privé comme axes majeurs. La démarche de la CCI-BF à Lomé pourrait ainsi être coordonnée avec cette dynamique plus large de mobilisation de financements internationaux, dans un contexte où le pays cherche à rassurer les bailleurs de fonds sur sa gouvernance et son potentiel de croissance.
Pour les pays de l'hinterland sahelien, l'accès à des infrastructures modernes comme la PIA est une question de compétitivité. En partageant les coûts et en mutualisant les services, le Burkina, le Mali et le Niger pourraient réduire les délais et les coûts de transit de leurs marchandises, un facteur clé pour leurs économies. Le Togo, de son côté, voit dans cette coopération une opportunité d'augmenter le trafic de son port, de dynamiser sa zone industrielle et de renforcer son rôle de carrefour logistique régional. Les discussions engagées à Lomé devraient donc aboutir à des accords concrets, peut-être sous la forme de mémorandums d'entente, qui formaliseraient la présence d'entreprises burkinabè au sein de la PIA.
Les défis de la coopération bilatérale
Malgré les intérêts convergents, cette coopération n'est pas sans défis. Le climat sécuritaire dans certaines zones du Burkina et la fragilité des corridors routiers restent des sujets de préoccupation pour les opérateurs économiques. Les autorités togolaises devront garantir la sécurité des convois et la fluidité des procédures douanières. Par ailleurs, la concurrence entre les ports de la région, notamment Abidjan, Tema et Lomé, incite chaque acteur à offrir des conditions attractives. Le Burkina, en multipliant les accords, pourrait tirer profit de cette concurrence pour négocier de meilleures conditions pour ses entreprises.
La dynamique enclenchée entre le Togo et le Burkina Faso s'inscrit dans une recomposition plus large des alliances économiques en Afrique de l'Ouest. Les pays de l'AES, tout en affirmant leur souveraineté politique, reconnaissent leur interdépendance économique avec les États côtiers. La PIA d'Adétikopé pourrait devenir un symbole de cette nouvelle géographie économique, où les frontières s'ouvrent aux échanges malgré les tensions institutionnelles. Le port de Lomé et sa zone industrielle offrent un modèle de développement intégré, où l'investissement privé et la coopération intergouvernementale se combinent pour créer des pôles de croissance bénéfiques à toute la sous-région.
Alors que les pays de l'AES redéfinissent leur place au sein des institutions régionales et que le Togo consolide son statut de hub logistique, la mission de la CCI-BF à Lomé illustre la persistance des interdépendances économiques en Afrique de l'Ouest. Au-delà des clivages politiques, les États du Sahel et les États côtiers restent liés par des flux commerciaux vitaux, dont l'optimisation passe par des infrastructures comme la PIA. Cette coopération pragmatique pourrait évoluer vers une intégration encore plus poussée, intégrant d'autres volets comme l'énergie ou le numérique, à mesure que chaque pays ajuste ses stratégies de développement.