Au Togo, l'industrialisation ne se limite pas aux grandes infrastructures. La coopérative Foodies 228, qui regroupe 17 femmes transformatrices, illustre la vigueur du secteur artisanal tandis que la Plateforme Industrielle d'Adétikopé (PIA) fête ses cinq ans avec des milliers d'emplois créés. Ces deux visages de l'industrie togolaise révèlent une stratégie à double détente : miser sur le local et l'international.

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À Lomé, dans l'enceinte du grand marché moderne de Cacaveli, une exposition-vente mensuelle rassemble des produits transformés localement : farines infantiles, liqueurs aux vertus thérapeutiques, jus naturels. Derrière ces étals, la coopérative Foodies 228, créée pour fédérer des femmes entrepreneures de l'agroalimentaire, de la cosmétique et de l'artisanat. Avec l'appui du Centre de Coopération Franco-Togolais (CCFCC), ces 17 femmes ont trouvé un cadre pour sensibiliser les consommateurs aux potentialités des produits locaux. L'initiative, bien que modeste, témoigne d'un mouvement de fond : la transformation artisanale gagne en structuration et en visibilité.

Foodies 228 ne se contente pas de vendre ; elle forme, elle éduque à la qualité. Ses membres visent à améliorer continuellement leurs recettes, à conquérir de nouveaux clients sur tout le territoire, et à s'ouvrir à l'export. Leur démarche s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la montée en puissance des coopératives de transformation, souvent portées par des femmes, qui cherchent à capter davantage de valeur ajoutée. C'est un premier étage de l'industrialisation, ancré dans les savoir-faire traditionnels et les circuits courts.

Cinq ans plus tôt, le 6 juin 2021, la Plateforme Industrielle d'Adétikopé (PIA) ouvrait ses portes à une trentaine de kilomètres de Lomé. Son ambition : faire du Togo un pays de transformation plutôt qu'un simple exportateur de matières premières. Aujourd'hui, le bilan est palpable. Des usines de textile, d'agroalimentaire, d'assemblage automobile et de matériaux de construction tournent à plein régime. La PIA a attiré des investisseurs locaux et internationaux, créant plusieurs milliers d'emplois directs et indirects. Des centres de formation adossés aux unités de production permettent aux travailleurs de monter en compétence, ancrant le savoir-faire dans la durée.

Ce succès industriel a changé la perception du Togo auprès des décideurs économiques. Le pays pèse désormais sur la carte des investissements en Afrique de l'Ouest, notamment dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF). La PIA, par sa taille et sa diversification, offre une plateforme logistique et productive pour conquérir les marchés régionaux. Elle représente le second étage de l'industrialisation, celui de la grande échelle et de la compétitivité internationale.

Ces deux dynamiques — artisanale et industrielle — ne sont pas opposées, mais complémentaires. D'un côté, les coopératives comme Foodies 228 assurent une base de production locale, créent des revenus pour les femmes, et valorisent les ressources nationales. De l'autre, la PIA structure l'offre à grande échelle, attire les capitaux étrangers et intègre le Togo dans les chaînes de valeur mondiales. Le défi est de faire circuler les compétences et les standards de qualité entre ces deux mondes.

Du côté des contraintes, l'industrialisation à plusieurs vitesses pose des questions d'homologation, de financement et d'accès au marché. Les coopératives peinent souvent à passer à l'échelle supérieure faute de capitaux et de certification. Réciproquement, la grande industrie doit composer avec une main-d'œuvre encore insuffisamment qualifiée, que les centres de formation de la PIA tentent de former. Les deux strates sont encore largement disjointes.

Sur le plan régional, le Togo mise sur l'ouverture. La suppression du visa pour les ressortissants africains, annoncée en mai 2026, et la position stratégique du port de Lomé renforcent son rôle de hub. Dans ce contexte, l'industrialisation à la fois par le bas et par le haut semble une réponse pragmatique à l'impératif de création d'emplois pour une jeunesse nombreuse. Mais la question de l'inclusivité reste entière : jusqu'où les femmes de Foodies 228 pourront-elles bénéficier des retombées de la PIA ?

L'industrialisation togolaise se construit donc sur deux jambes, l'une ancrée dans le tissu artisanal et l'autre branchée sur les chaînes de valeur internationales. La coexistence de ces deux modèles interroge la capacité du pays à les faire converger pour bâtir un socle industriel solide et équitable. Une interrogation qui traverse toute l'Afrique de l'Ouest, où les zones franches côtoient des micro-entreprises souvent informelles.