Le 18 mai 2026, à l'occasion du Forum Biashara Africa à Lomé, le Togo a annoncé l'exemption de visa pour tous les citoyens africains munis d'un passeport en cours de validité. Cette mesure, saluée par le secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), Wamkele Mene, s'inscrit dans une dynamique régionale visant à lever les obstacles à la mobilité, frein majeur au commerce intra-africain. Alors que la CEDEAO multiplie les initiatives d'intégration, ce geste unilatéral togolais pourrait faire tâche d'huile.

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La décision togolaise marque une rupture avec le statu quo. Désormais, tout ressortissant africain peut entrer sur le territoire togolais avec son seul passeport et obtenir un visa à l'arrivée. Cette mesure, effective immédiatement, a été annoncée devant plus de 1 500 décideurs économiques réunis à Lomé pour la troisième édition du Forum Biashara Africa. Wamkele Mene, présent à l'événement, n'a pas caché son enthousiasme, qualifiant l'initiative de « courageuse » et de « pas décisif » pour l'intégration continentale.

Une mesure attendue pour lever un frein majeur La mobilité des personnes reste l'un des principaux obstacles aux échanges intra-africains. Comme l'a rappelé M. Mene, il est aujourd'hui plus difficile pour un Africain de voyager en Afrique que pour un Européen ou un Américain. Alors que la ZLECAf ambitionne de créer un marché unique de 1,4 milliard de consommateurs, les barrières administratives aux déplacements handicapent le commerce des services, le tourisme d'affaires et les investissements. En supprimant le visa, le Togo se positionne comme un hub d'accès facilité pour les investisseurs et les entrepreneurs du continent.

Cette annonce intervient dans un contexte régional marqué par plusieurs avancées intégrationnistes. En mai 2026, la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a signé un accord de prêt avec Afriland First Bank Côte d'Ivoire, tandis que le « Pacte d'avenir » de la CEDEAO, articulé autour de six piliers, a été dévoilé pour consolider l'intégration. Par ailleurs, le lancement d'un programme de formation d'ingénieurs au barrage de Souapiti, en Guinée, illustre les efforts régionaux pour développer les compétences partagées. La décision togolaise s'inscrit donc dans cette tendance lourde, mais avec une portée immédiate et symbolique forte.

Un signal fort dans une région en quête d'intégration En optant pour une mesure unilatérale, le Togo prend un risque calculé : celui d'ouvrir ses frontières sans garantie de réciprocité. Mais ce geste pourrait faire école. Plusieurs pays africains, comme le Rwanda ou le Ghana, ont déjà assoupli leurs régimes de visas, mais peu ont supprimé l'obligation pour l'ensemble des ressortissants du continent. En Afrique de l'Ouest, seule une poignée de pays autorise l'entrée sans visa pour certains ressortissants de la CEDEAO, et encore souvent avec des restrictions. La mesure togolaise va donc bien au-delà des engagements communautaires existants.

Les retombées économiques potentielles sont significatives. Le Togo, déjà très actif dans le commerce régional via son port de Lomé, pourrait voir affluer les hommes d'affaires, les consultants et les touristes africains. Le secteur des services – hôtellerie, transports, services financiers – devrait en bénéficier directement. De plus, cette mesure simplifie la vie des diasporas africaines qui souhaitent investir ou se rendre au Togo pour des raisons professionnelles.

Cependant, des défis subsistent. La sécurité aux frontières, la gestion des flux migratoires et la coordination avec les autres pays pour éviter des tensions diplomatiques sont autant de points à surveiller. Mais le secrétaire général de la ZLECAf a exprimé l'espoir que cette initiative serve de modèle, appelant le secteur privé à se mobiliser pour accompagner la dynamique. Le Forum Biashara Africa, qui réunit chaque année des acteurs économiques de tout le continent, est un lieu privilégié pour catalyser ces changements.

L'exemption de visa décidée par le Togo ne résoudra pas à elle seule les entraves à l'intégration africaine, mais elle envoie un signal politique fort. À l'heure où la ZLECAf cherche à accélérer la mise en œuvre de ses ambitions, des actes concrets comme celui-ci peuvent créer un cercle vertueux de confiance et de coopération. La question reste posée : combien de pays emboîteront le pas ?