À onze jours de la Tabaski 2026, le ministre Mabouba Diagne a annoncé un record d’approvisionnement en moutons au foirail de Dahra, avec 47 322 têtes déjà convoyées. Cette progression de 68% par rapport à l’année précédente témoigne des efforts du gouvernement pour renforcer l’autosuffisance nationale. Pourtant, dans un contexte de hausse persistante des prix et de baisse du pouvoir d’achat, la question de l’accessibilité économique de la viande ovine reste entière.
🐏 47 322 moutons déjà convoyés
Le foirail de Dahra bat un record d’approvisionnement à 11 jours de la Tabaski. Le ministre Mabouba Diagne annonce une hausse de 68% par rapport à 2025, portée par la stratégie nationale d’autosuffisance en viande ovine.
Le foirail de Dahra, l’un des plus grands marchés à bétail d’Afrique de l’Ouest, a enregistré un flux sans précédent à l’approche de la Tabaski 2026. Le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, a annoncé ce dimanche 17 mai qu’un effectif de 47 322 moutons avait déjà été convoyé depuis ce pôle de la zone sylvopastorale pour approvisionner plusieurs localités du Sénégal ainsi que la Gambie. Ce chiffre marque une hausse de 68% par rapport à la même période en 2025, selon les données officielles. Le ministre a salué une performance qu’il attribue aux avancées de la politique d’autosuffisance en viande ovine portée par l’État.
Cette dynamique s’inscrit dans un objectif plus large : mobiliser près de 900 000 moutons issus de la production nationale pour compléter les deux millions de têtes nécessaires à la satisfaction de la demande durant la Tabaski. Le record de Dahra n’est donc pas un épiphénomène, mais le résultat d’une stratégie volontariste visant à réduire la dépendance aux importations et à valoriser le cheptel local. Le ministre a notamment insisté sur l’amélioration de la productivité et de la commercialisation, citant en exemple le rôle croissant des éleveurs de la zone sylvopastorale.
Pour consolider ces acquis, plusieurs mesures ont été annoncées. Un programme de 5 000 hectares de cultures fourragères doit être mis en œuvre afin de réduire le coût de l’alimentation animale, l’un des principaux obstacles à la rentabilité de l’élevage. Par ailleurs, une dérogation spéciale a été accordée aux éleveurs de Dahra pour faciliter leur accès au Fonds d’appui à la stabulation (FONSTAB), un mécanisme de crédit destiné à financer l’embouche. Le gouvernement promet également de renforcer la lutte contre le vol de bétail, fléau récurrent dans les zones pastorales, et de réaliser de nouveaux forages pour améliorer l’accès à l’eau.
Malgré ces avancées, l’inquiétude persiste chez les ménages. À une semaine de la fête, de nombreuses familles sénégalaises expriment leur crainte face à la hausse des prix des moutons et à l’érosion de leur pouvoir d’achat. La progression de l’offre ne garantit pas mécaniquement une baisse des prix, d’autant que les coûts de production – alimentation, transport, santé animale – restent élevés. Les associations de consommateurs présentes lors de la visite du ministre ont rappelé que l’accessibilité économique est tout aussi cruciale que la disponibilité physique.
La situation sénégalaise s’inscrit dans un contexte régional contrasté. Alors que le Sénégal mise sur l’autosuffisance, ses voisins sahéliens – Mali, Burkina Faso – font face à des défis sécuritaires qui perturbent les circuits d’approvisionnement et favorisent l’externalisation du djihadisme. La Gambie, importatrice nette de bétail, bénéficie directement des excédents sénégalais, renforçant l’interdépendance économique au sein de la CEDEAO. Cependant, la volatilité des cours mondiaux des céréales, qui entrent dans l’alimentation animale, pèse sur l’ensemble de la filière.
Le défi pour le Sénégal est désormais de maintenir cette dynamique au-delà de la Tabaski. La modernisation durable du secteur de l’élevage, évoquée par le ministre, nécessite des investissements structurants : amélioration des infrastructures pastorales, accès au crédit pour les petits éleveurs, formation aux techniques d’embouche. La réussite de cette transition conditionne non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la réduction des inégalités entre zones urbaines et rurales.
Le record d’approvisionnement de Dahra illustre la capacité du Sénégal à mobiliser ses ressources pastorales pour répondre à la demande intérieure. Mais l’équation entre offre abondante et pouvoir d’achat des ménages reste à résoudre, dans un contexte où la cherté de la vie pèse sur les célébrations. À plus long terme, la question est de savoir si les réformes annoncées suffiront à rendre l’élevage plus résilient face aux chocs climatiques et économiques.