À moins de deux semaines de la Tabaski 2026, les vendeurs de produits naturels du marché Castors à Dakar tirent la sonnette d'alarme. Entre taxes écrasantes, coûts de transport élevés et difficultés d'approvisionnement transfrontalier, les prix de produits essentiels comme le gingembre et le tamarin ont doublé. Cette situation contraste avec les performances macroéconomiques de la région, où les revenus miniers et pétroliers progressent, soulevant la question d'une croissance à deux vitesses.

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L'approvisionnement, un parcours semé d'embûches régionales

Au marché Castors, Hamza Guèye décrit un commerce qui repose sur des chaînes logistiques fragiles. Le maad vient de Casamance, le tamarin du Burkina Faso et du Nigeria, le gingembre de Guinée Conakry. Chaque frontière franchie ajoute des coûts et des risques. Les commerçants subissent les lenteurs administratives, les contrôles informels et l'absence d'harmonisation douanière au sein de la CEDEAO. Ce quotidien illustre le décalage entre les discours sur l'intégration régionale et la réalité du commerce informel qui fait vivre des milliers de familles.

Le poids des taxes sur les prix finaux

« Nous payons jusqu'à 100 000 FCFA par tonne de marchandises, sans compter les frais de transport », déplore Hamza. Cette charge se répercute directement sur les consommateurs : le gingembre, qui se vendait entre 1 200 et 1 500 FCFA le kilogramme, atteint désormais 3 500 à 4 000 FCFA, soit une hausse de plus de 150 %. Le tamarin connaît une flambée similaire. À l'approche de la Tabaski, fête où ces produits sont très demandés, la pression sur le pouvoir d'achat des ménages s'accentue.

Une croissance à deux vitesses

Ce microcosme du marché Castors contraste avec les indicateurs macroéconomiques récents. Les annonces d'Iamgold sur sa production d'or ouest-africaine confirment une dynamique positive pour les finances publiques de la région, tout comme la hausse de la production pétrolière nigériane, à son plus haut niveau depuis cinq ans. Ces secteurs extractifs, fortement capitalistiques et souvent contrôlés par des entreprises étrangères, génèrent des revenus pour les États mais créent peu d'emplois informels et n'allègent pas les contraintes logistiques du petit commerce.

Les défis persistants de l'intégration régionale

La difficulté d'approvisionnement en produits agricoles et naturels entre pays de la CEDEAO révèle les limites de l'intégration commerciale. Malgré la zone de libre-échange, les barrières non tarifaires, les taxes locales et l'absence d'infrastructures de transport efficaces freinent les échanges. Les commerçants du Castors dépendent de réseaux informels qui contournent ces obstacles, mais à un coût élevé. La situation actuelle pourrait encourager des réflexions sur la simplification des procédures et l'investissement dans les corridors logistiques régionaux.

Entre informalité et régulation, un équilibre à trouver

Les taxes imposées par les collectivités locales sur les marchandises entrant à Dakar sont perçues comme un fardeau par les vendeurs. Pourtant, elles constituent une source de revenus pour les finances municipales. Le défi est de concilier la nécessité de financer les services publics avec la préservation du pouvoir d'achat des consommateurs et de la compétitivité des petits commerçants. Sans réforme, la flambée saisonnière des prix risque de se répéter à chaque Tabaski, creusant les inégalités.

L'alarme lancée par les vendeurs du marché Castors est le symptôme d'une économie ouest-africaine où les succès macroéconomiques peinent à irriguer les circuits informels. La question dépasse le simple problème d'approvisionnement : elle interroge la capacité des politiques régionales à rendre la croissance inclusive, alors que des millions de personnes dépendent du commerce de détail pour leur survie.