La filière mangue du Sénégal a interrompu ses expéditions vers l'Europe fin juillet 2026 pour contenir la mouche des fruits, une décision sanitaire qui préserve les accès commerciaux mais révèle la fragilité des filières d'exportation ouest-africaines. À des milliers de kilomètres, Madagascar, troisième producteur africain de riz, ouvre une enquête en sauvegarde douanière après un triplement de ses importations de riz en un an. Deux épisodes qui, bien que distincts, éclairent les tensions entre production locale, normes internationales et dépendances alimentaires dans la région.

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Des filières sous pression : entre protection sanitaire et flambée des importations

La décision de la Direction de la protection des végétaux (DPV) du Sénégal de clôturer la campagne mangue 2026 fin juillet, au lieu de la prolonger jusqu'à l'automne, marque un tournant dans la gestion des risques phytosanitaires. En stoppant les expéditions avant la pleine saison des mouches, les autorités ont choisi de préserver la réputation du fruit sénégalais sur le marché européen, qui absorbe l'essentiel des volumes certifiés. Cette mesure, bien que coûteuse à court terme, traduit une prise de conscience : une seule interception à l'arrivée peut entraîner des sanctions commerciales disproportionnées pour un secteur qui emploie des milliers de producteurs dans la région des Niayes et du Sine-Saloum.

Les professionnels du secteur affichent un satisfecit relatif pour cette campagne, marquée par une biosécurité renforcée. Après plusieurs saisons perturbées par des non-conformités répétées, la filière semble avoir restauré la confiance des importateurs européens. Mais ce succès est fragile : il repose sur une veille constante et des investissements lourds en piégeage et en traitements, que les petits producteurs peinent à assumer. La question de la mutualisation des coûts et du partage des responsabilités entre l'État et les opérateurs reste entière.

À l'autre bout du continent, la filière rizicole malgache subit une tout autre pression. Les importations de riz ont bondi de 262 002 tonnes en 2024 à 800 812 tonnes en 2025, soit un triplement qui a fait chuter la production locale de 25,6 % et le taux d'utilisation des capacités de 35 % à 24 %. Face à cette hémorragie, le gouvernement a ouvert une enquête en sauvegarde douanière, notifiée à l'OMC le 2 septembre, afin de déterminer si ces importations massives constituent une menace pour l'économie locale et justifient des droits compensateurs.

Cette situation rappelle que la souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit. Si le Sénégal a su protéger son accès aux marchés d'exportation en renforçant ses normes sanitaires, Madagascar cherche à protéger son marché intérieur contre des importations jugées déloyales. Deux stratégies, deux défis : l'une tournée vers l'extérieur, l'autre vers l'intérieur, mais toutes deux confrontées à la réalité de la concurrence mondiale et aux règles du commerce international.

Un équilibre précaire entre ouverture et protection

Ces deux exemples illustrent une tension croissante dans les économies agricoles africaines : comment concilier l'ouverture aux marchés internationaux, source de devises et de débouchés, avec la nécessité de protéger des filières locales stratégiques pour l'emploi et la sécurité alimentaire ? La CEDEAO, en tant qu'espace d'intégration régionale, est directement concernée par ces arbitrages. Les pays membres doivent harmoniser leurs politiques sanitaires et commerciales pour éviter que des mesures nationales ne créent des distorsions de concurrence ou ne fragilisent des filières régionales intégrées.

Au-delà des cas particuliers, ces événements s'inscrivent dans une tendance plus large de résilience des filières agricoles ouest-africaines face aux chocs exogènes, qu'ils soient sanitaires (parasites, épizooties) ou commerciaux (volatilité des prix, pratiques protectionnistes). Les producteurs s'adaptent, les États réagissent, mais les solutions restent souvent conjoncturelles. La question de fond demeure : comment structurer des filières capables de résister durablement à ces chocs, sans pour autant se replier sur elles-mêmes ?

L'expérience sénégalaise de la mangue montre qu'une gestion proactive des risques sanitaires peut préserver l'accès aux marchés lucratifs, mais elle suppose une coordination étroite entre les autorités de régulation, les exportateurs et les producteurs. À Madagascar, l'enquête en sauvegarde pourrait déboucher sur des mesures correctives, mais elle ne résoudra pas le problème structurel de compétitivité de la riziculture locale face aux importations asiatiques subventionnées.

Ces deux cas appellent à une réflexion plus large sur les politiques agricoles en Afrique de l'Ouest. Faut-il privilégier l'exportation de produits à haute valeur ajoutée comme la mangue, ou renforcer les filières vivrières comme le riz ? Les choix ne sont pas exclusifs, mais ils exigent des investissements ciblés et une vision à long terme. L'économie Sénégal croissance 4 septembre 2026, l'économie Côte d'Ivoire croissance 4 septembre 2026, la CEDEAO économie intégration régionale, et l'économie Sénégal actualité 4 septembre 2026 sont autant de prismes qui montrent que la réponse se trouve dans une meilleure coordination régionale et une montée en gamme des filières.

Les données consolidées sur les volumes de mangue exportés cette année ne sont pas encore publiées, mais elles seront cruciales pour évaluer l'impact réel de cette campagne écourtée. De même, l'issue de l'enquête malgache sera scrutée par les pays de la région confrontés à des défis similaires. Ces dossiers, suivis de près par les opérateurs économiques, pourraient inspirer des politiques communes au sein de la CEDEAO, où la question de la souveraineté alimentaire est devenue un enjeu central des discussions.

En attendant, les filières locales continuent de s'adapter, avec plus ou moins de bonheur, aux contraintes d'un environnement mondialisé. La mangue sénégalaise joue sa crédibilité sur le marché européen, le riz malgache tente de reconquérir son marché intérieur. Dans les deux cas, c'est la capacité des acteurs à innover, à coopérer et à anticiper qui fera la différence.

Ces épisodes, bien que géographiquement éloignés, révèlent une dynamique commune : les filières agricoles africaines sont de plus en plus confrontées à des chocs multiples, qu'ils soient sanitaires, commerciaux ou climatiques. La réponse ne peut être uniquement nationale ; elle exige une coopération régionale renforcée, des investissements dans la recherche et l'innovation, et une réflexion approfondie sur la place de l'agriculture dans les stratégies de développement. L'Afrique de l'Ouest, avec la CEDEAO, dispose d'un cadre pour avancer, mais les décisions concrètes restent à prendre.