Le 25 mai 2026, à l’occasion du GITEX Africa, un mémorandum d’entente a été signé entre ENDAM SARL, opérateur sénégalais d’une plateforme d’orchestration agricole, et Smart Farm TN, fabricant tunisien de capteurs de sol connectés. Ce partenariat vise à introduire l’agriculture de précision dans les zones maraîchères stratégiques du Sénégal, les Niayes et la Vallée du Fleuve. Il illustre la montée en puissance des collaborations technologiques Sud-Sud dans un contexte où la sécurité alimentaire et l’adaptation au changement climatique deviennent des priorités régionales.

Infographie — Économie · Sénégal

Selon les termes de l’accord, Smart Farm TN fournira ses capteurs S.Sensor, capables de mesurer en temps réel l’humidité du sol et les paramètres climatiques, tandis qu’ENDAM SARL intégrera ces données dans sa plateforme agronomique ENDAM Agri. Ce flux d’informations permettra d’affiner les décisions d’irrigation, en les croisant avec l’historique cultural et le contexte agronomique de chaque parcelle. Les cultures retenues pour cette phase de validation terrain sont la tomate, l’oignon et la pomme de terre, trois filières maraîchères prioritaires dans l’économie agricole sénégalaise.

Le choix des Niayes et de la Vallée du Fleuve Sénégal n’est pas anodin. La première, zone côtière aux sols sablonneux, est un haut lieu du maraîchage mais subit une pression foncière croissante et des nappes phréatiques menacées. La seconde bénéficie de l’irrigation par le fleuve, mais l’efficience hydrique y est souvent faible. L’introduction de capteurs connectés vise à optimiser la consommation d’eau, un enjeu crucial alors que les épisodes de sécheresse s’intensifient au Sahel.

Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique plus large de digitalisation agricole en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO, via son « Pacte d’avenir » dévoilé en mai 2026, met l’accent sur la transformation numérique et la souveraineté alimentaire. Par ailleurs, des institutions comme la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) financent des projets d’irrigation et de technologie agricole, créant un environnement favorable à ce type d’initiative. La signature au GITEX Africa, salon technologique panafricain, souligne l’émergence d’un écosystème régional d’innovation.

La collaboration entre une start-up tunisienne et une société sénégalaise illustre la montée des échanges technologiques intra-africains. Smart Farm TN, pionnier tunisien des capteurs connectés, trouve au Sénégal un terrain d’expérimentation pour ses solutions, tandis qu’ENDAM SARL enrichit sa plateforme avec des données terrain précises. Cette synergie pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région, où le secteur agricole emploie une large part de la population mais reste peu outillé numériquement.

Au-delà de l’aspect technique, ce projet pose la question de l’appropriation par les petits producteurs. Les coopératives agricoles, qu’ENDAM SARL mobilise via son réseau, seront essentielles pour assurer l’adoption des outils. La formation et la maintenance des capteurs constituent des défis logistiques, mais le partenariat inclut un volet de renforcement des capacités. Si les résultats des parcelles pilotes sont concluants, le déploiement à plus grande échelle pourrait transformer les pratiques culturales dans les filières oignon, tomate et pomme de terre.

Ce mémorandum d’entente pourrait n’être que le début d’une vague d’innovations agricoles connectées en Afrique de l’Ouest. Reste à voir si les politiques publiques et les financements suivront pour passer de l’échelle pilote à une généralisation capable d’impacter significativement la productivité maraîchère sénégalaise et, au-delà, la résilience alimentaire de la région.