Le 9 juillet 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a reçu Jaber Mazen, directeur général de COTRAPA, au Palais présidentiel. Cette entreprise, acteur majeur du BTP au Sénégal, a présenté de nouveaux projets privés. Au-delà de l’échange protocolaire, cette audience s’inscrit dans une stratégie de transformation économique qui mise sur le secteur privé pour accélérer les infrastructures. Un mois après la sortie du Ghana du programme FMI et les appels à l’investissement en Côte d’Ivoire, Dakar cherche à afficher sa propre feuille de route.

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La rencontre entre le chef de l’État et le dirigeant de COTRAPA n’est pas anodine. COTRAPA est l’un des plus grands groupes de construction au Sénégal, impliqué dans des projets routiers, portuaires ou énergétiques. En recevant son directeur général, Diomaye Faye envoie un message clair sur la place du privé dans sa vision de développement. Alors que son gouvernement met l’accent sur la souveraineté économique et la création d’emplois, l’infrastructure reste le levier le plus visible pour stimuler la croissance.

Ce rendez-vous intervient dans un contexte régional dynamique. En mai 2026, la Côte d’Ivoire multipliait les initiatives pour attirer les capitaux étrangers, avec l’Africa CEO Forum à Kigali et le salon des applications mobiles à Abidjan. Le Ghana, de son côté, officialisait sa sortie du programme de Facilité élargie de crédit du FMI, retrouvant une marge de manœuvre budgétaire. Dans ce paysage, le Sénégal cherche à se positionner comme une destination crédible pour les investisseurs, sans pour autant recourir à l’endettement public massif.

Le choix de COTRAPA comme interlocuteur est également stratégique. L’entreprise est un symbole de la capacité sénégalaise à réaliser de grands chantiers, mais elle est aussi perçue comme un partenaire fiable pour des montages en partenariat public-privé. En écoutant ses propositions, le président donne le signal d’une ouverture aux projets clés en main ou aux concessions. Cela répond à un besoin urgent : selon la Banque mondiale, le déficit d’infrastructures au Sénégal limite encore la compétitivité et l’accès aux services de base.

La transformation économique promise par Diomaye Faye nécessite des investissements colossaux. Les ressources publiques sont contraintes, et la fiscalité atteint ses limites. Le recours au privé permet non seulement de financer des projets, mais aussi d’apporter expertise et efficacité. COTRAPA, fort de plusieurs décennies d’expérience, peut réaliser des infrastructures à moindre coût et plus rapidement que l’administration seule. C’est un pari sur la performance.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques. Les partenariats public-privé exigent des cadres juridiques solides et une transparence dans l’attribution des marchés. Le gouvernement de Diomaye Faye doit veiller à ce que ces projets ne creusent pas encore les inégalités et ne deviennent pas une source de rente pour quelques acteurs. L’opposition et la société civile seront attentives à la gestion des contrats.

Au-delà du cas COTRAPA, cette rencontre illustre un tournant dans la méthode : le président s’implique directement dans la prospection des investissements, un rôle que ses prédécesseurs déléguaient souvent aux ministres. Cela reflète une volonté de pilotage stratégique de l’économie, mais aussi une certaine urgence à matérialiser les promesses de campagne avant les échéances électorales.

En mai dernier, l’accent était mis sur la promotion touristique et la digitalisation. Aujourd’hui, le virage est tangible : on passe des intentions aux projets. Si les annonces se concrétisent, le Sénégal pourrait bénéficier d’un coup d’accélérateur dans les infrastructures, notamment dans les régions intérieures, souvent négligées.

Cette audience avec COTRAPA s’inscrit dans une tendance régionale où les gouvernements de la CEDEAO cherchent à conjuguer ressources privées et ambitions publiques. Reste à savoir si le Sénégal parviendra à transformer ces initiatives en une dynamique inclusive, capable de réduire les disparités territoriales et de créer des emplois durables.