Le 12 mai 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s'est entretenu avec Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, en marge des rencontres de Nairobi. Au cœur des échanges : la dette du Sénégal et la recherche de solutions adaptées. Cette rencontre intervient alors que les discussions entre Dakar et l'institution étaient au point mort depuis plusieurs semaines, sur fond de désaccord sur le chiffrage du déficit et les modalités de restructuration. Elle pourrait marquer un tournant dans un bras de fer qui menaçait la stabilité monétaire de l'UEMOA.

Une rencontre au sommet pour débloquer le dialogue

Le face-à-face entre Bassirou Diomaye Faye et Kristalina Georgieva à Nairobi n'a rien d'anodin. Alors que les négociations techniques s'enlisaient, le chef de l'État a choisi de prendre personnellement le dossier en main, « au plus haut niveau », selon les termes de la présidence sénégalaise. Ce geste traduit l'urgence d'une situation budgétaire que le FMI juge opaque : le Sénégal a révisé à la hausse son déficit pour 2025, passant de 4,9 % à 6,3 % du PIB, un écart que l'institution ne valide pas. En se déplaçant à Nairobi, Diomaye Faye envoie un signal de bonne volonté, tout en réaffirmant sa souveraineté dans la conduite des réformes.

Les enjeux budgétaires : un différend persistant

Le désaccord porte sur trois points nodaux : le chiffrage exact du déficit public, le rythme de la consolidation budgétaire et les conditions d'un éventuel rééchelonnement de la dette. Le Sénégal, dont le ratio dette/PIB avoisine 75 %, cherche à préserver ses marges de manœuvre pour financer le Plan Sénégal Émergent (PSE) version 2025-2035, tandis que le FMI exige des coupes claires dans les dépenses et une transparence accrue. La rencontre de Nairobi n'a pas produit d'accord concret, mais les deux parties ont convenu d'approfondir les discussions techniques dans les semaines à venir, selon une source proche du dossier.

La dimension régionale : le voisin ivoirien en toile de fond

L'entretien de Kristalina Georgieva avec le président ivoirien Alassane Ouattara, également à Nairobi, éclaire la dimension régionale de ces négociations. La Côte d'Ivoire, poids lourd de l'UEMOA, suit de près l'évolution du dossier sénégalais : un défaut ou un rééchelonnement non maîtrisé de Dakar pourrait affecter la confiance des investisseurs dans la zone et fragiliser le franc CFA. Georgieva a réaffirmé « l'appui indéfectible du FMI » à Abidjan, tout en insistant sur la nécessité de garder une ligne de conduite commune face aux risques globaux, notamment l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur les économies ouest-africaines. Ce double rendez-vous suggère que le FMI tente de coordonner ses approches avec les deux principaux partenaires de l'Union.

Vers une issue ? Les signaux de Nairobi

Si aucun communiqué conjoint n'a été publié à l'issue de l'entretien, le ton employé par les deux parties est plus conciliant que lors des échanges précédents. Diomaye Faye « explore les voies d'une solution », selon la formule utilisée par la présidence. Du côté du FMI, on se dit prêt à étudier des « modalités flexibles » de remboursement, à condition que le Sénégal présente un cadrage macroéconomique crédible. La prochaine échéance est la revue du programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), prévue en juin 2026, qui pourrait débloquer une tranche de 150 millions de dollars. La balle est donc dans le camp de Dakar, qui doit produire des comptes fiables.

La rencontre de Nairobi s'inscrit dans une série de tentatives de l'UEMOA de préserver la crédibilité de sa monnaie unique face aux tensions budgétaires nationales. Au-delà du cas sénégalais, c'est l'architecture de la gouvernance économique régionale qui est en jeu : les marges de manœuvre des États membres se réduisent tandis que les exigences de discipline budgétaire s'accentuent. L'issue des discussions entre Diomaye Faye et le FMI sera donc scrutée bien au-delà des frontières sénégalaises, comme un indicateur de la capacité de la zone à conjuguer souveraineté et orthodoxie financière.