Lors du sommet Africa Forward à Nairobi, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a multiplié les entretiens pour tenter d'éviter un défaut de paiement. Alors que les négociations avec le FMI piétinent depuis dix-huit mois, Dakar explore des mécanismes d'échange de dette et sollicite le marché régional de l'UEMOA. Un défaut du Sénégal, dont la dette est détenue à 40 % par des banques ivoiriennes, provoquerait une onde de choc dans une région qui affiche pourtant des signes de reprise macroéconomique.
Dette sénégalaise : les coulisses d'une négociation à haut risque
Sommet Africa Forward, Nairobi — Bassirou Diomaye Faye tente d'éviter un défaut. 40 % de la dette détenue par des banques ivoiriennes.
Les acteurs clés de la négociation
En bref : les lignes de défense de Dakar
Chiffres clés du Sénégal
Chronologie des négociations
Début des discussions entre Dakar et le FMI pour un programme d'aide.
Sommet Africa Forward à Nairobi : Faye rencontre Georgieva, propose des mécanismes d'échange de dette.
Le FMI attend des documents supplémentaires. Engagement personnel du président pour débloquer le dossier.
Le chef de l'État sénégalais s'est d'abord entretenu avec Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, pour lui présenter des mécanismes d'échange de dette. L'idée est de permettre au Sénégal de continuer à se financer sur le marché régional, notamment via les émissions d'obligations souveraines des États de l'UEMOA. Dans ce dispositif, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) investirait une partie de sa trésorerie dans ces titres publics, dans le cadre de sa gestion des liquidités. Une solution qui viserait à stabiliser les emprunts sénégalais sans recourir à un rééchelonnement classique.
Les lignes de défense de Dakar Pourtant, le dossier est loin d'être réglé. Selon des informations publiées par Jeune Afrique, le FMI attend encore plusieurs documents pour bâtir un programme d'aide. Bassirou Diomaye Faye se serait engagé personnellement auprès de Kristalina Georgieva à suivre ce point. Les discussions entre Dakar et l'institution de Bretton Woods durent depuis près d'un an et demi sans déboucher sur un accord. Cette lenteur contraste avec d'autres pays de la région : le Ghana vient de conclure la dernière revue de son programme de Facilité élargie de crédit, marquant la fin du plan de sauvetage de 3 milliards USD accordé en 2023. La performance économique de certains États de l'UEMOA, portée par des réformes macroéconomiques, un resserrement monétaire et une rationalisation des dépenses publiques, a été saluée par le FMI. Le Sénégal, lui, semble en décalage.
À Nairobi, la mobilisation a dépassé le seul cadre du FMI. Emmanuel Macron a eu un échange direct avec le président sénégalais et, d'après une source proche des négociations citée par Jeune Afrique, il a assuré que la France ne laisserait pas tomber le Sénégal. Un appui politique important, mais qui ne résout pas les équilibres budgétaires. Parallèlement, des diplomates évoquent l'impact des hostilités au Moyen-Orient sur les engagements d'Abou Dhabi et du Koweït, qui avaient promis des soutiens après des visites de Bassirou Diomaye Faye. Ces financements se font désormais attendre, compliquant encore la recherche d'une issue.
Un risque de contagion sous-régionale Au-delà du cas sénégalais, c'est toute la stabilité financière de l'UEMOA qui est en jeu. La Côte d'Ivoire suit la situation avec inquiétude : ses banques détiendraient environ 40 % de la dette sénégalaise. Un défaut de Dakar pourrait provoquer une onde de choc dans le secteur bancaire ivoirien et, par ricochet, dans l'ensemble de la zone. La Banque africaine de développement (BAD) est aussi concernée, le Sénégal figurant parmi ses principaux emprunteurs. Ce risque de contagion régionale intervient alors que la Banque mondiale renforce le financement en devise locale au sein de l'UEMOA pour soutenir la croissance du secteur privé et l'emploi. La construction de 4 000 kilomètres de lignes à haute tension par le WAPP illustre aussi les efforts d'intégration régionale. Autant d'avancées qui pourraient être compromises par une déstabilisation du marché obligataire régional.
La situation sénégalaise met en lumière la fragilité de l'architecture financière ouest-africaine. Alors que la région multiplie les initiatives d'intégration et de résilience, la question de la soutenabilité de la dette souveraine reste centrale. Le cas du Sénégal rappelle que les progrès macroéconomiques ne sont pas uniformes et que les canaux de contagion sont réels. Dans un contexte où plusieurs pays de la zone cherchent à élargir leur espace budgétaire, l'issue des négociations entre Dakar et ses créanciers sera scrutée de près par l'ensemble des acteurs régionaux.
Données de référence : Dette publique brute : 130.2% (FMI) · Dette publique brute : 130.2% (FMI)