Le groupe international IFRIA a lancé le 16 juillet 2026 la construction d’un entrepôt frigorifique de 11,5 milliards FCFA à Diamniadio, au Sénégal. Cette infrastructure, capable de stocker 10 000 palettes en froid positif et négatif, vise à limiter les pertes post-récolte dans les filières agricoles et halieutiques. L’investissement intervient dans un contexte où la région ouest-africaine cherche à renforcer sa résilience alimentaire, alors même que des pays traditionnellement exportateurs comme le Maroc basculent vers l’importation de produits de base.
IFRIA construit un entrepôt frigorifique de 11,5 milliards FCFA à Diamniadio
Capacité : 10 000 palettes · froid positif et négatif · alimenté par solaire photovoltaïque
Fruits et légumes gaspillés faute d’infrastructures de conservation adaptées (source : FAO).
Bénéficiaires de l’entrepôt frigorifique
La région cherche à renforcer sa souveraineté alimentaire, alors que des pays traditionnellement exportateurs comme le Maroc basculent vers l’importation de produits de base. Le stockage frigorifique devient un maillon stratégique.
⚡ EN BREF : L’entrepôt de Diamniadio illustre la montée en puissance des infrastructures de la chaîne du froid en Afrique de l’Ouest. Avec une capacité de 10 000 palettes et une alimentation solaire, il répond aux besoins des filières agricoles, halieutiques et pharmaceutiques, tout en réduisant les pertes post-récolte.
Un maillon frigorifique pour la sécurité alimentaire
Le projet d’IFRIA s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de la logistique agroalimentaire en Afrique de l’Ouest. Installé sur la plateforme industrielle de Diamniadio, l’entrepôt sera partiellement alimenté par une centrale solaire photovoltaïque, réduisant sa dépendance aux réseaux électriques souvent instables. Avec une capacité de 10 000 positions palettes, il pourra accueillir aussi bien des produits frais que congelés, répondant aux besoins des producteurs agricoles, des transformateurs, des pêcheurs, des laboratoires pharmaceutiques et de la grande distribution.
L’investissement de 11,5 milliards FCFA (environ 20 millions $) traduit une prise de conscience croissante des enjeux de la chaîne du froid en Afrique. Selon la FAO, les pertes post-récolte de fruits et légumes atteignent 30 à 50 % dans la région, faute d’infrastructures de conservation adaptées. En améliorant la conservation, le projet pourrait non seulement réduire le gaspillage, mais aussi stabiliser les prix et améliorer l’accès des consommateurs à des produits de qualité tout au long de l’année.
Le cas de l’oignon marocain : un avertissement pour l’Afrique de l’Ouest
Parallèlement, l’évolution du marché marocain de l’oignon illustre les fragilités qui menacent les systèmes alimentaires régionaux. Entre juillet 2025 et avril 2026, le Maroc a importé 21 600 tonnes d’oignons frais, soit une hausse de 700 % par rapport à la campagne précédente, pour une valeur de 9,4 millions de dollars. Ce volume record, multiplié par huit en un an, a été principalement fourni par les Pays-Bas, transformant le Royaume, jadis exportateur vers l’Afrique de l’Ouest, en importateur net.
Cette bascule résulte d’une conjonction de facteurs : sécheresses répétées, baisse des nappes phréatiques, réduction des superficies cultivées et faiblesse des capacités de stockage. Le Maroc n’est pas un cas isolé. En Afrique de l’Ouest, le changement climatique accentue l’irrégularité des précipitations et dégrade les sols, tandis que les infrastructures de stockage restent insuffisantes. Le Sénégal lui-même a connu des tensions sur le marché de l’oignon en 2025, avec des prix ayant bondi de plus de 40 % pendant la soudure.
Les investissements dans la chaîne du froid apparaissent dès lors comme une réponse structurelle à ces vulnérabilités. L’entrepôt de Diamniadio, attendu dans 18 mois, pourrait contribuer à lisser l’offre locale et à réduire la dépendance aux importations, même s’il ne résout pas à lui seul les défis de la production. Il s’inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs pays — Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria — multiplient les projets de logistique frigorifique, souvent soutenus par des partenaires internationaux comme la Banque mondiale dans le cadre du Programme de Résilience du Système Alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP).
Entre investissements dans le froid et retournements de marché, l’Afrique de l’Ouest cherche à consolider sa souveraineté alimentaire. Le projet d’IFRIA à Diamniadio est un pas dans cette direction, mais il soulève aussi la question de l’échelle : un entrepôt ne suffit pas à corriger des déséquilibres structurels qui appellent une transformation plus large des systèmes de production, de distribution et de gouvernance des filières agricoles. La région pourra-t-elle tirer les leçons des signaux envoyés par le Maroc ?
Données de référence : Inflation : 1.4% (FMI)